Les CCAS, nouveau baromètre de la crise
Publié le vendredi 18 septembre 2009 à 06h00
Les centres communaux d'action sociale (CCAS) sont confrontés à une forte hausse des demandes d'aide en raison de la crise. Des demandes qui viennent de nouveaux publics : très jeunes gens, salariés pauvres, retraités ou locataires qui n'arrivent plus à boucler les fins de mois.
« Les pouvoirs publics doivent entendre ce cri d'alarme. » C'est ce que souhaite Patrick Kanner, adjoint à la maire de Lille en charge du centre communal d'action sociale et président de l'Union nationale des CCAS qui a présenté une enquête devant le congrès national du mouvement qui s'est achevé hier à Paris. Ainsi, 75 % des 667 CCAS interrogés font état d'une augmentation de ces demandes, 19 % des nouveaux demandeurs étant jusqu'alors inconnus de leurs services et 19 % en situation d'emploi.
« Ces chiffres nous permettent de transformer un sentiment en réalité objective. Sept CCAS sur 10 ont dû augmenter leurs crédits sociaux pour pouvoir faire face à cette nouvelle demande », affirme Patrick Kanner. Baromètres de la crise sociale, les quelque 3 800 CCAS « sont le premier interlocuteur des familles en difficulté et ont donc un rôle déterminant », rappelle pour sa part François Fondard, président de l'Unaf (Union nationale des associations familiales).
« Bombe à retardement »
Dans 55 % des CCAS, le profil des demandeurs d'aide a par ailleurs changé depuis le dernier trimestre de 2008.
Deux publics nouveaux frappent en effet aux portes des centres : les retraités pauvres et les 18-25 ans, classe d'âge complètement « en dehors du coup », détaille Patrick Kanner qui parle d'une « bombe à retardement ». L'élu lillois pense qu'il « faudra vite réfléchir à la question d'un revenu minimum d'existence pour les jeunes : c'est ce qui manque aujourd'hui dans la palette sociale française ».
La mise en place du Revenu de solidarité active (RSA) le 1er juin semble d'ailleurs freinée par les craintes de ceux qui peuvent y prétendre, parfois rebutés par « la complexité des questionnaires pour toucher quelques euros » selon un témoignage rapporté par un délégué des Deux-Sèvres ou par la peur que cela conduise à perdre d'autres aides, comme l'ont constaté deux responsables de centres communaux du Morbihan (lire ci-dessous).
Les CCAS ont dû s'adapter
Face à la complexité des problèmes à traiter, les centres communaux d'aide sociale ont dû s'adapter. Celui de Dijon a créé une « maison de la solidarité » dans le quartier de la Fontaine d'Ouche, regroupant une douzaine de partenaires allant de la CAF à une association anti-illettrisme. « Il s'agit d'un lieu d'accueil facilitant l'accès aux droits de publics qui sont loin de l'information et où 6 000 personnes ont été accueillies en 2008 », résume Françoise Tenenbaum, du CCAS de Dijon.
Alors que se dessinent d'importantes réformes touchant les secteurs sanitaire et médico-social et les collectivités territoriales, les CCAS veulent aussi maintenir leur travail de proximité. Ainsi, celui d'Agen a mis en place plusieurs projets : micro-crédit pour les familles mono-parentales et les jeunes de moins de 25 ans, crèche ouverte de 4 h 45 à 22 h accueillant 128 enfants, « service de réussite éducative » regroupant tous les partenaires concernés. « Il s'agit de ne pas effaroucher les familles par le nombre d'intervenants dans leur vie privée et chaque enfant est pris en charge à titre individuel », précise Corinne Griffond, vice-présidente du CCAS d'Agen.
Présente au 62e congrès des CCAS qui s'est achevé hier à Paris, Belinda Keraron, directrice du centre d'action sociale de Ploeren, une ville de 7 000 habitants dans le Morbihan, témoigne des demandes grandissantes d'aide. Que constatez-vous aujourd'hui dans votre centre ? >> Une forte augmentation des demandes d'aide pour la vie courante, pour les factures d'eau, d'énergie, ce qui représente 80 % de nos aides. Ce n'est pas une explosion mais pas loin... Fin août, on est déjà à ce que l'on avait dépensé pour tout 2008. Un autre sujet criant sur notre secteur, c'est le logement social avec de plus en plus de situations d'urgence. Ce sont plutôt des 30-45 ans, que ce soit pour les demandes « ordinaires » ou pour le logement. Des femmes seules avec enfant(s) mais aussi des hommes seuls, sans emploi, qui se sont retrouvés « hébergés » ou dans les hôtels. C'est de plus en plus criant dans le secteur où nous sommes, autour de Vannes, ville qui atteint pourtant son quota de logements sociaux. La situation est extrêmement fragile. À quoi est due cette situation ? >> Pour accéder aujourd'hui à un logement social, les gens qui travaillent se voient demander des loyers trop élevés. On était effarés récemment de voir un bailleur social nous dire dès le départ : « On ne prendra pas ce dossier. La personne a un taux d'effort (financier demandé) trop important. » Sauf que c'est bien un demandeur de logement qui travaille, qui était certes en dessous des plafonds de ressources mais qui avait légitimité à accéder à un logement social. Où cette population-là va-t-elle se loger ? On ne lui laisse pas le choix de son lieu de vie et on crée une sorte de paupérisation de certains quartiers. Le RSA a-t-il des effets positifs ? >> Pour l'instant c'est un flop. On ne note pas chez nous beaucoup de demandes. Certains sont certes en capacité de faire les démarches par eux-mêmes, directement, par la CAF, mais il y a aussi une certaine complexité ressentie du dispositif. Et j'ai entendu dire par plusieurs personnes qu'elles avaient peur de perdre d'autres aides si elles demandaient le RSA.


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