Nicolas Sarkozy joue l'ouverture... vers l'UMP
Publié le mercredi 24 juin 2009 à 06h00
Après la victoire de la majorité aux élections européennes, les clins d'oeil à la gauche sont devenus moins nécessaires. Le nouveau gouvernement Fillon est surtout sarkozyste. DIDIER HUSSON > france.monde@nordeclair.fr
Nécessité tactique ou petite vanité personnelle, Nicolas Sarkozy adore faire le contraire de ce qu'on attend de lui. Le remaniement prévu pour aujourd'hui a été annoncé hier soir, presque à la sauvette - un peu, il est vrai, à cause du nouveau ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, qui avait annoncé lui-même sa nomination. Autre surprise : ce n'est pas le réaménagement technique limité sur lequel beaucoup pariaient. Avec huit entrants, huit sortants et un large jeu de chaises musicales, il va bien au-delà de ce qu'exigeait le départ à Strasbourg de Rachida Dati et Michel Barnier.
Cependant, ce n'est pas non plus le grand chambardement, avec relance de l'ouverture, que d'aucuns voyaient inaugurer la seconde moitié du quinquennat. Ni l'incontrôlable Claude Allègre, ni le PRG Paul Giacobbi ne sont de la revue ; à droite, les rumeurs Séguin et Juppé se dégonflent aussi.
Coups de patte
L'ouverture se limite au neveu de Mitterrand (mais il avait déjà appelé à voter Chirac contre Jospin en 1995) et au sénateur centriste Michel Mercier dont le nom revenait depuis des mois : là, c'est si peu une surprise que le MoDem lui trouvait dès hier soir un successeur dans ses fonctions de trésorier.
À ces deux coups de patte près, Nicolas Sarkozy se constitue une équipe à sa dévotion en remerciant l'UMP d'avoir gagné les européennes. « Le président de la République continue à placer ses hommes », commente Harlem Désir, tandis que Benoît Hamon dénonce un remaniement « très marqué UMP ». Ces dirigeants socialistes n'ont pas tort : arrive le fidèle Christian Estrosi, tandis que Brice Hortefeux reçoit la promotion stratégique de l'Intérieur. À l'inverse, le président de la République se débarrasse de maillons faibles comme Christine Albanel (c'était prévu), Christine Boutin (un peu aussi) et Roger Karoutchi (beaucoup moins). À la place de ce dernier, le sénateur Henri de Raincourt aura pour mission de tenir en respect Jean-François Copé dont l'ambition commence à agacer le chef de l'État.
En homme de médias, ce dernier connaît cependant les erreurs à ne pas commettre : s'il a supprimé le portefeuille des droits de l'Homme, déclaré inutile par le ministre de tutelle lui-même, Bernard Kouchner, il s'est bien gardé de remercier sa titulaire, Rama Yade, qui passe aux Sports. Et il s'abstient de renvoyer Michèle Alliot-Marie, désormais garde des Sceaux, quoique l'envie l'en démange. Sans doute a-t-il pensé qu'avec la disgrâce de Rachida Dati, virer trop de femmes aurait fâcheusement rappelé Juppé.
Pour la forme, on relèvera encore, mais faut-il continuer de s'en étonner ?, l'absence de François Fillon (qui, au fait, reste en place) : ce gouvernement formé « sur proposition du Premier ministre », comme l'a annoncé sans rire Claude Guéant, a été entièrement arrêté à l'Élysée. Après le discours présidentiel lundi à Versailles, ce n'était décidément pas la semaine du locataire de Matignon.
Télévision, cinéma, littérature, musique : rares sont les champs de la culture qui ont échappé à la patte éclectique de Frédéric Mitterrand, le neveu de l'ancien président François Mitterrand, nommé hier ministre de la Culture.Au final, le neveu de l'ancien président François Mitterrand, 62 ans en août, ne sera resté que dix mois à la tête de l'Académie de France à Rome qu'il voulait ouvrir davantage au public.Homme de télévision, Frédéric Mitterrand est aussi un écrivain : Lettres d'amour en Somalie (1985), Mémoires d'exil (1990) ou Le festival de Cannes (2006). Il est aussi l'auteur remarqué de La mauvaise vie (2005), un ouvrage dans lequel il expose sans fard son homosexualité.Neveu de l'ancien président, c'est d'abord dans le cinéma, sa passion, qu'il se lance après quelques années d'enseignement. Mais Frédéric Mitterrand est d'abord un enfant terrible de la télé, avec laquelle ses rapports ont toujours été tumultueux.Un « Bonsoir » resté célèbre Avant de prendre ses distances fin juin 2005 avec la chaîne TV5Monde, dont il était le directeur général délégué en charge des programmes depuis septembre 2003, il a réalisé et présenté une vingtaine d'émissions, dont beaucoup ont marqué l'histoire du petit écran.Les téléspectateurs les plus âgés se souviennent de son célèbre « Bonsoir » (prononcer Bonsouâr), qu'il lançait d'une voix profonde sur l'antenne de TF1 pour présenter en 1988 un magazine mensuel en public et en direct, Étoiles et toiles .La même année, il quitte avec fracas TF1, devenue chaîne privée, pour Antenne 2, chaîne du service public. « Ils n'aiment ni les Noirs, ni les Arabes, ni les pédés, ni les gens de gauche. Autant dire que je n'avais pas beaucoup d'avenir », déclar ait-t-il à l'époque.Sa nomination à la Culture n'a pas manqué de faire réagir des responsables de gauche. « Il n'a jamais été socialiste », a fait valoir hier la première secrétaire du PS, Martine Aubry. L'ex-ministre Pierre Moscovici évoque une « captation sémantique ». De son côté, Arnaud Montebourg est plus tranchant : « C'est un présentateur de télévision qui va être ministre de la Culture ! »





