« En colère contre le silence autour de l'Europe »
Publié le mardi 02 juin 2009 à 06h00
Avant de tenir un meeting ce soir (18 h 30) à Lille Grand Palais, le président du MoDem fait, pour Nord Éclair, le point sur la campagne européenne.
PROPOS RECUEILLIS
PAR MARTIN LEPRINCE
> france.monde@nordeclair.fr
Quel est le principal message que vous allez adresser ce soir ?
>> Je voudrais dire aux électeurs qu'ils possèdent un bulletin de vote leur permettant d'envoyer au Parlement européen des députés qui ont l'expérience, la volonté et le courage de porter leurs idées. Mais par ce même bulletin, ils affirment aussi que des choses doivent changer en France. En votant pour la liste de Corinne Lepage, ils expriment un besoin de retrouver des principes qui sont aujourd'hui largement abandonnés.
Par exemple ?
>> Je me bats contre la dérive d'une Europe qui se construit sans les citoyens. J'étais pour un référendum sur la constitution européenne. Le texte a été rejeté par les citoyens, non pas sur ses principes, mais parce que l'on avait introduit dans le texte des centaines de pages relatives à l'économie issues de traités antérieurs. Les électeurs ont eu le sentiment que seul le marché comptait dans l'UE. Par la suite, je n'ai pas approuvé la décision d'écarter les citoyens de ce qui représente sûrement l'un des choix les plus importants pour leur avenir.
Paradoxalement, plus le Parlement européen a de pouvoir, moins il a d'électeurs...
>> Cela s'explique par le fait que l'on ne parle jamais d'Europe. Je suis en colère contre le silence organisé autour des décisions européennes. Je propose d'ailleurs deux mesures pratiques qui ne coûteraient pas un euro et qui n'obligeraient pas à changer les textes. Un : que toute mesure européenne soit annoncée trois mois avant sa décision finale, de sorte que les citoyens puissent s'impliquer par le biais de leurs syndicats, leurs associations ou leurs élus ; deux : que toute délibération impliquant un gouvernement soit publique, afin d'éviter les « sketches » habituels des gouvernements qui donnent leur bénédiction à la Commission et une fois à Paris affirment que « c'est la faute à Bruxelles ». Je rappelle qu'aucune décision ne peut être prise à l'échelle européenne sans l'accord de la France.
Pour beaucoup de Français, l'Union n'est pas la réponse à la crise économique...
>> Si l'on avait voulu une vraie réponse à la crise, il aurait fallu qu'elle soit européenne. Tous les pays de l'Union forment désormais une seule économie. Mettre en oeuvre une quinzaine de plans différents au sein de la zone euro est évidemment stupide et ne sert qu'à tirer la couverture à soi. Pour convaincre les citoyens que la réponse doit être européenne, les responsables politiques doivent mettre leurs actes en accord avec leurs mots.
Votre opinion sur le texte commun Merkel-Sarkozy pour une Europe plus forte ?
>> Ce type de textes comprend toujours des éléments positifs, mais les intentions énoncées ressemblent à des voeux pieux, alors que les deux auteurs sont au pouvoir en Europe.
De plus, ils affirment explicitement qu'ils ne veulent pas d'une Europe dotée de moyens supplémentaires. Comment croire alors en leur volonté de changement ? Cette démarche apparaît avant tout électoraliste.
La campagne est davantage nationale qu'axée sur les enjeux européens...
>> Les Français n'ont qu'une vie et cette vie ne se découpe pas en tranches, nationales ou européennes. Leur avenir et les inquiétudes qu'il suscite dépendent autant de la France que de l'Europe. De plus, les dirigeants européens sont d'abord ceux qui sont au pouvoir dans les différents pays membres. L'Europe et la France sont les deux faces d'une même réalité.
Certains vous accusent de tenir un discours très social à Paris et de voter pour des textes libéraux à Strasbourg...
>> C'est totalement faux. Le seul journal qui ait enquêté sur le sujet a conclu que cette accusation du PS était faite de mauvaise foi. Nous avons toujours défendu une certaine idée des services publics et de la liberté. Nous n'avons jamais manqué à cette ligne.
Aussi bien pour le PS que pour l'UMP, vous êtes redevenu une obsession...
>> Je ne sais si je dois le regretter ou m'en féliciter. C'est en tout cas la preuve que les Français nous entendent. Cela me confirme dans l'idée qu'il faut changer le système politique en France.





