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EUROPE

L'Union européenne, malade de l'abstention qui guette

Elie Barnavi : «L'Europe a besoin d'une direction claire, d'objectifs politiques clairs, d'un programme». Photo archives NE Elie Barnavi : «L'Europe a besoin d'une direction claire, d'objectifs politiques clairs, d'un programme». Photo archives NE

Ancien ambassadeur d'Israël en France, Elie Barnavi est conseiller scientifique pour le musée de l'Europe à Bruxelles. Une Europe qu'il adore et pourtant qui parfois le désespère... L'intellectuel en appelle à un sursaut.



PROPOS RECUEILLIS PAR ISABELLE HODEY > isabelle.hodey@nordeclair.fr

En mars 2007, lors des États généraux de l'Europe à Lille, vous déclariez que l'Europe est perçue comme un club de gentlemen sociaux-démocrates, mais qu'on passait à côté de sa dimension révolutionnaire. La situation s'est-elle améliorée ?


>> Non, la situation ne s'est pas améliorée, elle s'est même détériorée. Si j'en juge par le peu de citoyens qui s'apprêtent à aller voter, l'Europe apparaît comme distante, froide, incapable d'intéresser les Européens. Je ne vois pas d'amélioration. L'Europe officielle est toujours la même, les enjeux ne sont pas clairs. Le moment des élections devrait être un moment de redéfinition des projets de l'Europe, mais je ne vois pas venir un moment exaltant, significatif pour l'Europe.

Près d'un Français sur deux affirme qu'il n'ira pas voter aux européennes. Comment expliquez-vous ce manque d'intérêt ?
>> Ce n'est pas qu'un phénomène français. Je constate qu'aux premières élections du Parlement européen au suffrage universel en 1979, plus de 60 % des Européens se sont déplacés. Aujourd'hui, on évoque la moitié. Même en Belgique, où le vote est obligatoire, 30 % des gens disent qu'ils n'iront pas voter. Cela augure mal de l'évolution de l'Europe vers une Europe politique, car c'est de cela qu'il s'agit. Pour ce faire, il faudra que les citoyens s'y intéressent davantage. Le vent d'euroscepticisme dont on a vu les effets au moment des référendums continue de souffler et je ne vois pas ce qui pourrait l'arrêter.

Pourtant, les citoyens entendent parler de l'Europe tous les jours...
>> Les citoyens en entendent parler, mais est-ce qu'ils comprennent ce qu'il s'y passe ? Il y a eu un moment d'intérêt avec la présidence française, qui était très active, mais aujourd'hui l'Europe est tombée dans l'ornière d'une présidence eurosceptique. Elle est retombée dans sa léthargie coutumière. Regardez la crise. On ne voit pas de réponse concertée, de volonté politique réelle pour une sortie européenne de la crise. Encore une fois, ce sont les États-nations qui sont sur le devant de la scène.

Comment pallier ce désintérêt des citoyens, cette léthargie de l'Europe ?
>> Il faudrait un sursaut intellectuel, moral et institutionnel : les trois sont liés. Pour cela, il faudrait une volonté politique forte. Pour avoir des élections qui soient véritablement européennes, il faudrait qu'elles aient lieu en même temps en Europe, que les listes soient transnationales. Les Verts ont donné l'exemple mais on est loin du compte. Il faudrait aussi des référendums à l'échelle européenne. L'Europe comme communauté de destin ne fait que s'estomper au profit d'une Europe à la carte. Si les citoyens avaient le sentiment de cette communauté de destin, si les questions posées au moment des élections étaient d'intérêt européen, si on n'envoyait pas les gens à Bruxelles comme dans une voie de garage, si on ne présentait pas aux électeurs des textes compliqués...
Tant que cette manière de faire l'Europe perdurera, on fera du sur place. Il en va de l'Europe comme de tout corps politique : elle a besoin d'une direction claire, d'objectifs politiques clairs, d'un programme sur lequel les citoyens peuvent se déterminer, et d'institutions adaptées à une Europe à 27. Je suis pessimiste, je ne vois pas ce qui peut provoquer ce sursaut...

Pourtant, les pouvoirs du Parlement européen ne cessent d'augmenter. Cela devrait motiver le citoyen...
>> Ses pouvoirs augmentent, mais le citoyen ne le sait pas. Le Parlement est loin. Il y a un défaut d'information, un flou volontaire : il n'est pas dans l'intérêt des gouvernements nationaux de dire ce que fait le Parlement européen. Dans la presse, en France, on n'est pas informé sur ce qu'il fait.

Une fois de plus, les élections européennes seront donc des élections nationales...
>> Le parti socialiste a appelé à un vote sanction contre le gouvernement Sarkozy... Les bras m'en tombent ! Ces élections ont tout des élections nationales : des listes nationales, des campagnes nationales en fonction d'enjeux nationaux. Très peu de candidats font une campagne européenne. Combien y a-t-il de Sylvie Goulard en France (présidente du mouvement européen France, MoDem, ndlr) ? Michel Barnier me disait l'autre jour le mal qu'il avait à démarrer cette campagne sur des sujets européens. C'est dramatique. À lire : « L'Europe frigide », Elie Barnavi, éditions André Versaille.


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