Des policiers nordistes piégés dans l'hôtel en feu
Publié le jeudi 09 avril 2009 à 06h00
Six policiers lillois et roubaisiens étaient coincés dans l'hôtel Ibis de Strasbourg, samedi, lorsque celui-ci a été pillé et incendié par des casseurs.
Ils ont été sauvés par l'intervention de leurs collègues. L'un d'eux a pourtant accusé la hiérarchie de les avoir « sacrifiés ».
BRUNO RENOUL > bruno.renoul@nordeclair.fr
Six policiers nordistes étaient aux premières loges de l'incendie de l'hôtel Ibis de Strasbourg, incendié et pillé par des casseurs en marge de la manifestation pacifique contestant la tenue du sommet de l'Otan dans la capitale alsacienne.
Envoyés, comme d'autres, en appui des forces de police locales, ils étaient trois fonctionnaires de la BAC (brigade anti-criminalité) départementale du Nord, et trois policiers de la BAC de Roubaix à regagner leur hôtel, en fin de matinée, pour se reposer après une nuit de maintien de l'ordre.
En début d'après-midi, ils ont été réveillés par des bruits de violence émanant du hall : les « blacks blocks » allemands avaient pénétré dans l'hôtel, et commençaient à tout casser. « L'un d'eux est descendu, a constaté leur infériorité numérique, et a emmené avec lui six civils - le personnel de l'hôtel et un journaliste - pour se barricader dans les étages », explique Benoît Lecomte, secrétaire régional du syndicat Alliance.
Immédiatement, les policiers appellent et signalent à la salle départementale de commandement la présence de plusieurs centaines de casseurs armés, dans et à proximité de l'hôtel. « Ils ont commencé à paniquer quand ils ont vu que de la fumée commençait à monter. Car dehors, ils voyaient que les Allemands les attendaient avec des barres de fer. Ils étaient bel et bien piégés à l'intérieur de l'hôtel », poursuit Benoît Lecomte.
Or avec leur radio portative, les Nordistes entendent des ordres qui leur laissent à penser qu'ils seront laissés à eux-mêmes. Dans un courrier adressé aux syndicats, et qui a été transmis aux médias, l'un des policiers présent s'épanche, et accuse la hiérarchie de les avoir abandonnés. « Nous avons vu la mort de près, de trop près, pendant une bonne demi-heure, écrit-il. (...) Le directeur départemental, chef du dispositif, avait donné l'ordre aux effectifs se rapprochant (pour secourir leurs collègues, NDLR) de faire demi-tour car le secteur était trop dangereux pour eux, décidant ainsi de sacrifier six fonctionnaires de police et six civils. » Une accusation gravissime, que le policier concerné a confirmé hier à Nord éclair, mais qui a été démentie avec force par la police du Bas-Rhin. « J'ai donné l'ordre au chef des Brigades anti-criminalité d'attendre le rassemblement de tous ses effectifs qui étaient dispersés en centre-ville, ce qui a duré tout au plus quelques minutes, pour qu'il puisse intervenir en toute sécurité avec l'appui d'une compagnie de CRS » , a assuré hier Luc-Didier Mazoyer, directeur départemental de la sécurité publique du Bas-Rhin.
Sauvés in extremis
Quoi qu'il en soit, Alliance estime que les policiers et pompiers ont mis beaucoup trop de temps à arriver. « Une demi-heure, c'est une éternité, à l'intérieur, les collègues paniquaient, souligne Benoît Lecomte. Leur dernier recours aurait été de sortir l'arme au poing, ce qui aurait pu conduire au drame ! » Il n'en a heureusement rien été, puisque l'intervention des renforts, menés par le commissaire (lui aussi lillois) Antoine Boutonnet, a permis de sauver la vie de ces douze personnes. Une centaine de policiers ont fait reculer les casseurs, à coups de grenades lacrymogènes et de tonfas, pendant que des policiers couraient porter secours à leurs collègues pris au piège.
« Une dizaine de fonctionnaires se sont précipités dans l'hôtel et sont redescendus avec leurs collègues et les civils, explique un policier ayant participé à l'opération. Quand ils sont redescendus, on ne voyait pas à dix centimètres et on a dû les guider à la voix pour qu'ils puissent sortir. » L'ouverture d'une enquête interne a été demandée par le syndicat Alliance. L'IGPN (inspection générale de la police nationale) a été saisie, et doit entendre prochainement les six policiers nordistes.





