La forêt des Landes se remettra-t-elle de Klaus ?
Publié le samedi 31 janvier 2009 à 06h00
10 ans après la tempête dévastatrice de 1999, la forêt des Landes a une nouvelle fois été ravagée le 24 janvier, par « Klaus ». 60 % du massif détruits. Comment repartir, reconstruire, avec, à l'esprit, cette peur que ça ne recommence...
BÉRANGÈRE BARRET (AVEC AFP) > berangere.barret@nordeclair.fr
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 60 % du massif des Landes ravagés par la tempête du 24 janvier dernier, baptisée « Klaus » ; quelque 3 à 7 ans de récoltes de bois perdus... Dix ans après la tempête de 1999, qui avait abattu 200 000 hectares de forêts et jeté à bas plus de 30 millions de m³ de bois, et alors que le paysage n'était même pas encore totalement remis des conséquences de cette catastrophe puisqu'il « restait encore 30 000 hectares à reboiser » selon un représentant des sylviculteurs, le massif forestier paie de nouveau le prix fort. « Ce qui était perçu comme un incident de parcours est-il en train de devenir la norme ? Les propriétaires s'inquiètent de perdre leur patrimoine tous les dix ans », remarque Christophe Plomion, l'un des experts forêts de l'INRA (Institut national de recherche agronomique).
« J'ai des papis en train de pleurer au téléphone », témoigne Éric Dumontet, secrétaire général adjoint du syndicat des sylviculteurs du Sud-Ouest. Syndicat qui va devoir trouver les moyens de « motiver les propriétaires à repartir une nouvelle fois ». Ils sont âgés en moyenne de 64 ans et « 90 % des exploitations ne sont pas assurées », en raison du coup prohibitif des contrats.
« Je ne pense pas que quelqu'un prendra maintenant le risque de reconstituer de la forêt alors qu'il y a cette "épée de Damoclès-tempête" qui surviendra finalement décénalement », estime pour sa part Guy Destenave, sylviculteur et maire de Pissos, dans les Landes. « Il y aura une troisième fois c'est à peu près sûr », pronostique-t-il.
« C'est un vrai désastre, économiquement, socialement et écologiquement », estime pour sa part Christian Pinaudeau, du syndicat des sylviculteurs du Sud-Ouest. Il y a certainement plus de m³ de bois à terre qu'en 1999 ». « Nous sommes repartis pour 20 ans de boulot et encore, à condition que l'État indemnise » les forestiers, ajoute-t-il.
La clé de la motivation pour la reconstruction réside là. Dans les financements que pourra proposer l'État. Or, les forestiers se sont dits « déçus » par l'absence de mesures concrètes, à l'issue d'une réunion à Paris avec le ministre de l'Agriculture Michel Barnier mardi dernier, mais un nouveau rendez-vous a été pris pour la semaine prochaine. « On ne s'en sortira pas sans aides », confirme Jean-Marie Subsol, 56 ans, qui cultive 200 ha de pin, principalement dans les Landes.
Les eurodéputés se sont impliqués et ont sollicité également l'aide européenne, par le biais du fonds de solidarité européen, créé en 2002 et qui dispose d'un milliard d'euros par an. « Nous avons obtenu que cette question soit inscrite aux débats mercredi soir, explique ainsi Michel Teychenné, député européen représentant le Sud-Ouest. Logiquement, à la suite de ce débat, la Commission devrait engager le fonds. » Une aide nécessaire pour un secteur indispensable pour toute la région. « Je n'ose pas imaginer que l'on fasse autre chose que du pin maritime, notamment pour tout le secteur d'activité qu'il y a derrière. Sinon ça serait effectivement une double catastrophe pour l'Aquitaine », estime Éric Dumontet. Selon lui, la filière pèse 2,6 milliards d'euros en Aquitaine, représentant 34 000 emplois directs et près de 40 000 sylviculteurs.
Quelque 118 000 hectares de forêts parsèment la région Nord - Pas-de-Calais, ce qui en fait la région la moins boisée de France, tandis que l'Aquitaine touchée par la tempête se place en première position, avec 1,7 million d'hectares... Pourquoi notre région compte-t-elle si peu de bois, de forêts, de bosquets même ? La raison est en fait historique, démographique et aussi qualitative... « Le Nord - Pas-de-Calais compte historiquement une population importante qui a poussé à fortement défricher les forêts » , précise Didier Roussel, chef du service forêts de la Direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt du Nord - Pas-de-Calais (DRDAF). Mais l'autre raison est que « les terrains dans la région sont de bonne qualité », et se prêtent donc à une agriculture intensive. « Si on avait eu des terres de mauvaise qualité, les forêts auraient été beaucoup plus nombreuses », ajoute Didier Roussel. Car les forêts sont traditionnellement conservées sur des terres de qualité médiocre donc difficilement cultivables. Résultat : quelque 118 000 hectares de forêts subsistent dans la région, ne couvrant que 8 % du territoire (plus de 40 % dans les Landes). Une forêt plutôt diversifiée - « par opposition à la forêt des Landes faite uniquement de pins » - : chêne (37 %), hêtre (15 %), frêne ou autres feuillus... Le bois de la région systématiquement exporté « En gros, 350 000 m³ par an sont exploités » (36,5 millions de m³ sur toute la France) pour des productions diverses, ameublement, papier, trituration pour aggloméré... Mais une particularité symbolise la région : les petites scieries ont disparu faute de travail, il n'y a pas de grosses entreprises de transformation sur le territoire, donc une « grande partie du bois est transportée ailleurs pour être transformée ». Une exportation vers d'autres régions de France, mais aussi « en Chine » pour une transformation en structures de meubles, entre autres. Ces forêts nordistes « n'ont de toute façon pas vocation à faire beaucoup de production ». Certaines sont quasiment exclusivement réservées à l'accueil du public comme la forêt de Phalempin. Malgré tout, même cette forêt conserve en quelques parcelles, par souci de renouvellement, des petites zones de production. Si la région et ses forêts avaient été épargnées par la tempête de 1999, la mini-tornade d'Hautmont en août 2008 en a détruit quelque 40 hectares. B.B.





