Les Verts, enfin mûrs ?
Publié le dimanche 07 décembre 2008 à 06h00
En voie de marginalisation depuis l'éclatement de la gauche plurielle, le parti écologiste tente d'élargir son audience en s'alliant à d'autres figures de la cause environnementale. Le pari de la dernière chance à l'heure où toute la classe politique s'approprie sa cause.
MARTIN LEPRINCE > france.monde@nordeclair.fr
Réunis vendredi et samedi en congrès à Lille, les Verts avaient deux objectifs majeurs : offrir une image d'unité, loin des querelles internes dont le parti s'était fait une spécialité, et tenter d'exister sur la scène politique. Si l'élection au poste de secrétaire nationale de Cécile Duflot, dont la motion était arrivée en tête du vote des militants, semble avoir rempli le premier contrat, le second est loin d'être atteint... Car paradoxalement, depuis que la question environnementale est devenue prioritaire, les Verts ont du mal à être audibles.
Le rassemblement de toutes les tendances écologistes pour les élections européennes, qui pourrait se prolonger au-delà, vise justement à éviter cette marginalisation. La notoriété de Daniel Cohn-Bendit, l'appui de José Bové et le ralliement des amis de Nicolas Hulot parviendront-ils à assurer leur succès à ce scrutin, qui d'habitude leur réussit plutôt bien ? Après le piteux 1,57 % de Dominique Voynet à la dernière élection présidentielle, ce n'est pas sûr.
À leur apparition dans l'arène politique au début des années 70, les écologistes passent au mieux pour de doux illuminés, au pire pour des allergiques au progrès technique. Lorsque leur candidat à l'élection présidentielle de 1974, René Dumont, assure qu'un jour l'eau sera devenue une ressource rare qui provoquera des guerres, il fait rire. Aujourd'hui, cette thèse est reprise par tous les plus grands scientifiques du monde.
Jusqu'à la fin des années 80, le mouvement va virevolter d'appellations en leaders, maintenant le mot d'ordre « ni droite ni gauche ».
« Embourgeoisement »
En 1989, les Verts, encore sous la houlette d'Antoine Waechter, obtiennent 10 % aux élections européennes et 9 % aux municipales. Dès lors, les « amis des oiseaux », comme on les surnomme à l'époque, vont être regardés avec les yeux de Chimène. Répondant enfin à l'appel du pied d'un Parti socialiste soucieux d'élargir son potentiel électoral, ils décident lors de leur assemblée générale de 1994 (à Lille, déjà) de nouer des alliances à gauche. Dominique Voynet, qui a beaucoup oeuvré pour ce virage, devient l'une des têtes de la nouvelle « gauche plurielle » qui remportera les législatives de 1997.
Cet « embourgeoisement » d'un mouvement par essence anticonformiste signera sa perte. Certes, les accords électoraux ont fait gagner aux Verts quelques parlementaires, un panel non négligeable d'élus locaux et même plusieurs ministres. Mais leur entrée dans le sérail politique et la faiblesse de leurs résultats concrets au ministère de l'Environnement leur ont ôté une certaine crédibilité.
Choix cornélien s'il en est : seuls, les Verts ne pesaient plus grand-chose ; alliés au PS, ils apparaissent satellisés. De plus, leurs incessantes joutes d'appareil (on a dit que les Verts comptaient « autant de courants que d'adhérents ») ont fini par lasser de nombreux électeurs pourtant sensibilisés à leur cause.
Même l'urgence écologique provoquée par le réchauffement climatique n'a pas joué en leur faveur ces dernières années. D'autres, tels Nicolas Hulot sur le plan médiatique et Jean-Louis Borloo au gouvernement, semblent avoir pris leur place, le sérieux en plus.
Que reste-il donc aux Verts comme espace politique ? Certaines questions sociétales comme le mariage homosexuel ou la réglementation des drogues douces, l'engagement européen, l'introduction de la proportionnelle ou, plus récemment, le soutien au groupuscule d'extrême gauche accusé de sabotage contre la SNCF. Pas de quoi constituer une offre politique convaincante. Avoir eu raison avant tout le monde sur l'avenir de la planète ne suffit pas à emporter l'adhésion.





