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SANTÉ

Quand le désir d'enfant passe par l'Europe

La clinique Eugin: ici, commercial et médical sont très liés, mais de nombreuses Françaises lui font confiance pour une aide à la procréation. La clinique Eugin: ici, commercial et médical sont très liés, mais de nombreuses Françaises lui font confiance pour une aide à la procréation.

Une procréation médicalement assistée à l'étranger ? De nombreuses Françaises l'ont déjà fait : la démarche s'y avère parfois plus simple, et dès lors qu'il s'agit d'un pays européen, un - faible - remboursement est possible.



BÉRANGÈRE BARRET > berangere.barret@nordeclair.fr
Une clinique pimpante au détour d'une rue de Barcelone. A priori, rien ne distingue cet établissement des autres centres de soins barcelonais. Mais ici, tout le monde ou presque vous parlera français. C'est que la clinique Eugin est spécialisée, comme beaucoup d'autres en Espagne, dans un « marché » porteur auprès des femmes étrangères : la procréation médicalement assistée, et plus particulièrement le don d'ovocytes. De nombreuses Françaises stériles viennent bénéficier en Espagne d'un don d'ovocyte, ce qui leur permet de mener une grossesse à terme. Ces ovocytes, ponctionnés auprès de donneuses, sont inséminés du sperme du conjoint de la receveuse, ou d'un donneur, puis l'embryon est implanté auprès de la receveuse. « Beaucoup de couples, ou de femmes seules, viennent d'autres pays », confirme le docteur Coll, fondateur de la clinique Eugin. Pourquoi cette ruée vers l'Espagne ? Tout simplement parce qu'en France, comme dans d'autres pays européens tels que l'Italie ou l'Angleterre, bénéficier d'un don d'ovocytes peut prendre des années, alors que quelques mois suffisent de l'autre côté des Pyrénées. La raison vient du nombre de donneuses, bien plus élevé en Espagne, en partie parce qu'elles sont « indemnisées » (900 euros en Catalogne par don d'ovocyte).
En France, manque d'information et de donneuses rendent l'opération compliquée. « Nous avons 15 donneuses par an, chiffre Sophie Catteau Jonard, praticien hospitalier au CHR de Lille, l'un des 10 centres de dons d'ovocytes en France. Or nous avons beaucoup de demandes. Le délai d'attente est en moyenne de deux ans pour les receveuses. » Alors la tentation est grande d'aller voir ailleurs en Union européenne. La Belgique fut un temps comme l'Espagne une « destination enfant ». Mais aujourd'hui, « nous déconseillons d'y aller car les personnes vont payer et ça n'ira pas forcément plus vite, sauf si elles viennent avec une donneuse », nuance Mme Jonard. Restent l'Espagne, la République Tchèque ou la Grèce.


Laure Camborieux est présidente de Maia, « association de soutien aux couples infertiles ». « L'année dernière, 1 000 couples français ont bénéficié d'un don d'ovocytes, mais la moitié est allée à l'étranger, dit-elle. Reste le coût : en tout, cela revient à peu près à 10 000 E », comprenant le traitement (7 000 euros à la clinique Eugin, par exemple), les billets d'avion... Mais à partir du moment où l'opération se fait en Union européenne, la Sécu accorde un remboursement - relativement faible. « C'est la législation européenne. Le critère est que, pour autant que le soin est légal en France, si on peut le trouver dans de meilleurs délais ailleurs en UE, la France est obligée de rembourser », fait valoir Laure Camborieux. Cela dit, sur les 10 000 E déboursés, la Sécu ne rembourse, pour le moment, que 1 600 E...

TÉMOIGNAGE

« Un vrai parcours du combattant » Sonya est aujourd'hui l'heureuse maman d'un petit garçon d'un an. Pourtant, les choses étaient plus difficiles pour elle et son mari que pour la plupart des autres couples. La jeune femme souffre d'une insuffisance ovarienne. Quasi impossibilité d'avoir des enfants de façon « classique ». Après avoir pensé à l'adoption (« très compliquée »), le couple s'intéresse au don d'ovocytes. « J'ai beaucoup hésité, confie Sonya. Puis au fil du temps, j'ai fait un cheminement vers cette décision. » Et alors même que le premier rendez-vous au Cecos (Centre d'étude et de conservation des oeufs et du sperme humains, passage obligé pour toute Française désirant bénéficier d'un don d'ovocyte) n'est fixé qu'à plusieurs mois, c'est presque le hasard qui la mène en Espagne. « Ma soeur habite Madrid. » La jeune femme se renseigne dans une clinique de la capitale espagnole. Tout va très vite. « J'y suis allée en novembre, j'ai tout de suite obtenu un rendez-vous. On m'a dit de revenir en janvier avec mon mari pour recueillir son sperme. Puis le premier transfert d'embryons s'est fait en avril. » Et, tandis que Sonya avait été « très secouée » par le peu d'approche psychologique des médecins français, tout le processus en Espagne avait débuté par un rendez-vous avec un psychologue. « Une approche plus humaine. » Et bien plus rapide. Au premier rendez-vous qu'elle a finalement pu décrocher au Cecos, elle était déjà enceinte. C'est au 3e transfert d'embryons que la jeune femme a connu ce bonheur. Il aura fallu 9 mois en tout. Mais Sonya le reconnaît : « Ce fut un parcours du combattant. C'était très dur, et la difficulté était renforcée par le fait de le faire à l'étranger. » Le suivi à distance, le stress du résultat. Et le coût. « 7 000 E plus les billets d'avion. » « J'ai essayé d'obtenir un remboursement par ma Sécu, mais je n'ai rien eu. » Un dysfonctionnement qui est normalement réglé aujourd'hui : la Sécu rembourse à peu près 1 600 E pour ce type de soin en UE (lire ci-dessus). Mais le final - et le plus important - est qu'« être maman, c'est un bonheur. Même s'il ne me ressemble pas du tout, je l'ai porté, je l'ai voulu avec mes tripes. » B.B.


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