Brèves France-Monde

L'avocat de Kerviel accuse la Société générale d'avoir manipulé la justice

Publié le 27/04/2012 à 00h00

L'ancien trader Jérôme Kerviel, qui dit "vivre un enfer" depuis qu'il a été très lourdement condamné en 2010 pour une perte record à la Société générale, repart à l'offensive par la voix de son nouvel avocat en portant plainte contre la banque, accusée d'avoir "truqué" des enregistrements.

L'avocat de Kerviel accuse la Société générale d'avoir manipulé la justice
L'ancien trader Jérôme Kerviel, qui dit "vivre un enfer" depuis qu'il a été très lourdement condamné en 2010 pour une perte record à la Société générale, repart à l'offensive par la voix de son nouvel avocat en portant plainte contre la banque, accusée d'avoir "truqué" des enregistrements.

Le regard inquiet, visiblement abattu, Jérôme Kerviel s'est très peu exprimé, vendredi, pour sa première conférence de presse depuis plus d'un an. Il s'est éclipsé très vite, dans le sillage du nouvel avocat, Me David Koubbi, qui le défendra devant la cour d'appel de Paris, du 4 au 28 juin.

L'ancien trader de 35 ans a cependant dit d'emblée: "Pour moi ces quatre dernières années ont été un enfer. Pour mes proches également". Sans vouloir évoquer sa vie privée, il s'est dit "à 100% dédié au dossier pénal", ayant "quitté l'entreprise" pour laquelle il travaillait.

"J'ai toujours assumé mes actes et les conséquences de mes actes, c'est comme ça que j'ai été éduqué. Maintenant, il est hors de question que j'assume pour les actes de la banque et du système et que je paie pour eux", a conclu l'ex-trader, réaffirmant que ses supérieurs "savaient" ce qu'il faisait quand il officiait derrière ses ordinateurs...

En première instance, le tribunal correctionnel avait jugé Jérôme Kerviel seul responsable du cataclysme qui avait bien failli couler la Société Générale début 2008, en pleine crise financière mondiale. Le tribunal ne lui avait trouvé aucune excuse, lui reprochant d'avoir joué avec l'argent de la banque comme au casino. Il l'avait condamné à cinq ans de prison dont trois ferme et à des dommages et intérêts colossaux de 4,9 milliards d'euros.

"Je n'ai jamais, jamais détourné ni volé le moindre centime. Et pourtant j'ai été condamné comme jamais une autre personne ne l'avait été auparavant", a commenté Jérôme Kerviel.

A son côté, Me Koubbi a d'emblée annoncé le dépôt d'une plainte pour "faux et usage de faux" contre la Société générale.

Il a évoqué des "enregistrements sauvages réalisés à l'insu de M. Kerviel", en janvier 2008 dans les locaux de la Société Générale. La défense n'a eu accès "que la semaine dernière" à ces bandes sous scellés, a-t-il affirmé, et des experts informatiques mandatés par la défense ont conclu qu'elles avaient été "coupées", "trafiquées", et qu'il manquait "six heures de conversation sur les douze".

"C'est sur la foi notamment de ces bandes que M. Kerviel a été poursuivi et qu'il a pu être considéré qu'il avait fait des aveux", a insisté Me Koubbi, déplorant que la justice se soit appuyée sur les "retranscriptions sur papier effectuées par la banque elle-même"...

Jérôme Kerviel a glissé: "Je me souviens très bien avoir interpellé un de mes supérieurs, lui disant: +tu étais au courant de ce que je faisais+ et cela ne figure pas dans les enregistrements".

Il y a une semaine, son avocat avait déjà annoncé le dépôt d'une plainte pour "escroquerie au jugement" contre la Société générale. Il lui reproche d'avoir "omis de dire au juge" qu'elle avait récupéré, grâce à un mécanisme fiscal, 1,7 des 4,9 milliards qu'elle dit avoir perdus par la faute de M. Kerviel.

Devant la presse, il a aussi suggéré que la Société générale avait elle-même procédé à "des opérations fictives" pour corriger l'impact sur son résultat net.

"Tous les supérieurs de M. Kerviel ont été remerciés, et pour certains d'entre eux pour faute grave, en percevant des indemnités de licenciement correspondant à près de sept ans de salaire fixe", a lancé l'avocat. Pour lui, une "douve" avait été creusée autour du trader pour qu'il soit "condamné" et "condamné seul".

Sollicité par l'AFP, l'avocat de la Société générale Me Jean Veil, n'a souhaité faire aucun commentaire: "Il s'agit d'une affaire judiciaire, il est décent et d'usage de garder ses explications pour les juges", a-t-il dit.

Nord Éclair