Brèves France-Monde

Procès Concorde: Continental dénonce un "protectionnisme judiciaire français"

Publié le 08/03/2012 à 00h00

Le procès en appel du crash du Concorde d'Air France, qui s'est ouvert jeudi à Versailles, aura lieu sans deux de ses six prévenus, anciens cadres français de l'aéronautique dont les cas seront examinés plus tard, au grand dam de Continental Airlines.

Procès Concorde: Continental dénonce un
Le procès en appel du crash du Concorde d'Air France, qui s'est ouvert jeudi à Versailles, aura lieu sans deux de ses six prévenus, anciens cadres français de l'aéronautique dont les cas seront examinés plus tard, au grand dam de Continental Airlines.

"Encore une fois, dans le cadre d'un protectionnisme judiciaire français, on fait tout pour que seuls les Américains soient là", a protesté l'avocat de la compagnie américaine, Me Olivier Metzner. "Dans ce procès, on veut que la faute soit forcément étrangère".

En première instance, en 2010, la justice avait condamné Continental Airlines et un de ses employés pour la catastrophe qui avait fait 113 morts, le 25 juillet 2000 à Gonesse (Val-d'Oise). Les quatre autres prévenus, dont trois français, avaient été relaxés.

La cour d'appel de Versailles a décidé de disjoindre les cas de deux anciens salariés du constructeur Aérospatiale, Henri Perrier et Jacques Herubel, qui "se voient reprocher la même nature de faits, mais pour une période différente". Leurs cas seront réexaminés le 23 janvier 2013.

La cour a préféré cette solution à un renvoi général, demandé par la défense de M. Perrier qui, gravement malade, ne peut assister au procès.

Qualifié de "dernier survivant de l'épopée du Concorde" ou encore "historien" du supersonique, cet homme de 82 ans a été unanimement reconnu comme "la seule personne à connaître parfaitement cet avion".

Il a participé en 1969 au premier vol du supersonique, auquel il a consacré l'essentiel de sa carrière.

L'un des avocats de M. Perrier, Me Thierry Dalmasso, a regretté que la cour n'ait pas "renvoyé pour tout le monde". "Tronçonner ce dossier ne ressemble à rien", a-t-il déclaré devant la presse.

"dossier vicié"

Au côté de Continental Airlines et de ses deux employés, ne restera sur le banc des prévenus, jusqu'au 9 mai, que Claude Frantzen, ancien cadre de la Direction générale de l'aviation civile (DGAC).

Son avocat, Me Daniel Soulez Larivière, a également vigoureusement protesté, jugeant la situation "inéquitable". "Une cassation est pratiquement assurée", a-t-il prévenu.

En première instance, le tribunal correctionnel de Pontoise (Val-d'Oise) avait jugé qu'un DC10 de Continental Airlines avait déclenché l'accident, en perdant une lamelle d'une quarantaine de centimètres sur la piste de décollage du Concorde d'Air France. Cette pièce avait fait éclater un pneu du supersonique, menant à sa perte.

Continental Airlines avait été condamnée à une amende de 200.000 euros et à verser un million d'euros de dommages et intérêts à Air France, tandis que le chaudronnier qui avait mal fixé la pièce avait écopé de 15 mois de prison avec sursis.

Me Metzner, qui soutient que le Concorde avait pris feu avant de rouler sur la lamelle, remet en cause les expertises judiciaires.

"Le dossier est vicié depuis l'origine", a-t-il déclaré à la presse, affirmant que les experts étaient "à la solde d'Air France" qui, plutôt que partie civile, devrait selon lui être "sur le banc des prévenus".

"Continental essaie de rejeter la responsabilité sur Air France", a riposté Me Fernand Garnault, avocat de la compagnie française. "Nous sommes ici pour résister aux prétentions de Continental de voir Air France condamnée, médiatiquement du moins, à sa place".

L'audience reprendra mardi à 13h45, la cour devant alors donner sa décision concernant une Question prioritaire de constitutionnalité (QPC) contestant le fait que le parquet de Pontoise ait fait appel de la relaxe de M. Frantzen, alors que celle-ci était conforme aux réquisitions de ce même parquet.

Nord Éclair