Justice

Dix ans après...

Publié le 19/06/2012 à 00h00

Phénomène de société : dix ans après, une jeune fille de 15 ans dénonce un attouchement sexuel commis par un parent. Épilogue judiciaire hier.

Dix ans après...
Phénomène de société : dix ans après, une jeune fille de 15 ans dénonce un attouchement sexuel commis par un parent. Épilogue judiciaire hier.


DIDIER SPECQ > didier.specq@nordeclair.fr
On sait que les lois sur la prescription, quand on est mineur et qu'on veut dénoncer un fait longtemps après, sont très extensibles.
Valérie (ce n'est pas son prénom) était donc une petite fille de 5 ans lorsqu'un parent, coiffeur à Lomme (il ne l'est plus), avait tendance à s'inviter souvent chez le père et la mère de la petite.


Le papa et la maman avaient d'ailleurs posé une porte supplémentaire, en prétextant un problème de chauffage, car David L., 41 ans aujourd'hui, avait trop tendance à passer de son salon de coiffure à cet appartement qui le jouxtait. Un homme trop envahissant donc aux dires des parents.
Hier, sur le banc des victimes, le père et la mère sont assis sagement. Virginie, à la faveur d'un drame familial, a brusquement trouvé la force de dénoncer le prévenu. Ce dernier, tout rouge et mal à l'aise, était obligé de s'expliquer devant le président Hoc Pheng Chhay. Hier, assisté de Me Alice Cohen-Saban, il nie.
Toutefois, le jour où il a été interrogé devant les policiers, il est entré en garde à vue à 9 h et il a avoué à 12 h. Certes, les accusations de la jeune fille, dix ans après, étaient troublantes. Certes, l'insistance des enquêteurs a dû être grande. Mais a-t-il dit la vérité, ce jour-là à 12 h, comme le pense la procureure Olivia Thiel? Ou a-t-il acquiescé sous la pression des policiers comme le soutient Me Alice Cohen-Solal ?
Car c'est une spécificité de ce genre d'affaires : on juge sans preuves ni éléments incontournables. Tout ce qu'on sait, c'est que la disposition des lieux et la communication entre salon de coiffure et appartement rendent possible les agissements narrés par l'enfant devenue grande.

« Un geste incompréhensible »
« Le prévenu a avoué facilement parce qu'il n'a pas réalisé que l'aveu de ce petit attouchement, selon lui, le mènerait devant le tribunal. Pour lui, c'étaient des câlins, un ventre gratouillé et un sexe rapidement caressé dans le canapé. Pour l'enfant, c'était un geste incompréhensible et psychologiquement destructeur ». Telle la thèse de la procureure Olivia Thiel: « La victime n'en rajoute pas, elle décrit ce dont elle se souvient » conclut-elle.
En défense, Me Alice Cohen-Saban n'a pas du tout la même vision des choses. « Il peut y avoir une reconstruction a posteriori de ce souvenir d'enfance. Il ne s'agit pas de dire que la jeune fille d'aujourd'hui ment. Mais il faut accepter de penser qu'elle peut se tromper et qu'il n'existe aucune preuve ».
La relaxe était donc demandée. Cependant, l'aveu initial a pesé lourd. Jugement: 8 mois de sursis.w

Nord Éclair