Le voleur aimait Vivaldi
Publié le samedi 26 septembre 2009 à 06h00
Le procureur Michel Isbled compte 25 délits différents. Dans les deux dossiers, on regroupe 18 écoles lilloises cambriolées. Mais, au final, le cambrioleur est relaxé. Récit.
DIDIER SPECQ > didier.specq@nordeclair.fr
La chambre correctionnelle présidée par Anne Beauvais, les assesseures comme la présidente, sont prêtes à écraser une larme. La vie misérable de Tony B., un Lillois de 24 ans, ressemble effectivement à un roman de Victor Hugo. « J'ai été violé par mon père entre trois et six ans » commence le prévenu. « J'étais battu par ma mère » ajoute-t-il. Une longue vie d'errance de foyer en foyer. Plus les établissements spécialisés. « Vous étiez placé dans des foyers mais c'était difficile parce que les gens étaient étonnés par votre comportement ; ils se moquaient de vous » résume Anne Beauvais. Le prévenu acquiesce. L'homme, petit, timide, balbutie des réponses et perd le contact dès que les explications filent trop rapidement. Alors, avocats, procureur, éducateurs, juges se mettent à parler très, très lentement...
Écoles maternelles
ou primaires
À part une condamnation pour exhibition sexuelle, le prévenu ne connaît la justice que pour des petits vols. Exclusivement dans des écoles maternelles ou primaires. Récemment, un vol à l'école Maurice Bouchor, dans le quartier de Saint-Maurice Pellevoisin, met sur la piste de Tony B. qui a abandonné un sac dans le jardin à côté du château d'eau. Le château d'eau ? C'est le détail dont se rappelle le prévenu. Le procureur Michel Isbled explique que « le suspect, ne sachant ni lire, ni écrire, et encore moins déchiffrer une carte de la ville, ne pouvait indiquer les écoles qu'il avait visitées de nuit ».
Les policiers ont filtré des plaintes pour vols et dégradations. Une petite série d'écoles, qui pouvaient correspondre, a été sélectionnée. Après une visite de la ville en voiture avec les policiers, le prévenu a acquiescé pour plusieurs écoles. Tony B., décidément bien gentil, en a rajouté d'autres quand il passait devant par hasard.
Dans la liste figurent les écoles Louis Blanc, des Dondaines, Cabanis, Condorcet, Jules Simon, Béranger, Maurice Bouchor, La Fontaine. On cite également les écoles Saint-Exupéry, Durouy, Anatole-France, Broca... Saint-Exupéry a été volé de nuit plusieurs fois. Me Jérôme Pianezza émet des doutes sur certains cambriolages commis cet été.
« La musique, ça me calme »
Des livres scolaires, un sac par ci par là, des DVD, des lecteurs de cassettes, une radio... Parfois, c'était revendu. Pourquoi le prévenu visitait les écoles ? « Parce que je n'ai jamais pu aller à l'école, j'étais en foyer, j'aurais pu y apprendre des choses, je m'y sens bien » déclare Tony B. Pourquoi autant de disques pour enfants, de CD de musique ? « Parce que j'aime bien Édith Piaf et Jacques Brel » répond le prévenu. Il s'anime : « J'aime aussi Mozart et surtout Vivaldi ; la musique, ça me fait du bien, ça me calme ».
Me Isabelle Hennocque, côté partie civile, est bien peu vindicative : « Je ne peux pas blâmer le prévenu de se sentir bien à l'école. Mais, monsieur, il faut que vous compreniez que les enfants sont traumatisés. Ils sont embêtés quand on fouille leurs affaires. Ils ont peur quand ils voient que leur école a été abîmée ». Un euro symbolique est réclamé. Le procureur réclame une peine de sursis étant donné les réserves des psychiatres. Après la plaidoirie de Me Pianezza, la présidente annonce la relaxe étant donné la régression infantile de l'accusé.
Je constate que mon client, qui a passé sa vie à errer de foyer en foyer et d'établissements psychiatriques en suivis renforcés, est au bord de l'irresponsabilité totale. D'ailleurs, ce sont les conclusions des experts qui ne laissent qu'une toute petite part finalement à la possibilité d'une responsabilité pénale très amoindrie. Le prévenu a déjà passé quelques mois en prison. Mais, plus récemment, lorsqu'on le condamne à un sursis avec mise à l'épreuve, on n'a pas les moyens de le convoquer et de mettre en oeuvre son suivi tout de suite. Alors, il recommence à voler dans les écoles. Vous n'êtes pas là pour faire payer à mon client les moyens indigents de la justice ! On le poursuit d'ailleurs parfois pour des vols qu'il n'a peut-être pas commis. Il est tellement atteint qu'il est capable de dire oui ou non selon la couleur des nuages qui passent ! NDLR Voir l'article ci-contre.


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bdxethike : bons débuts
Abde : Perdu d'avance. Mélenchon sera le candidat gagnant...
sofia : a sa nouvelle compagne???? j aimerais voir a quoi ressemble...
VIGILANT : Ne laissons pas une fois de plus Thierry LAZARO se faire...