Agressé parce qu'il était gay
Publié le vendredi 21 août 2009 à 06h00
Pierre a été roué de coups parce qu'il s'était garé près du bois de Boulogne, lieu de rendez-vous des homosexuels. Agression « purement homophobe » pourla procureure.VIOLAINE MAGNE > violaine.magne@nordeclair.fr
Il semblerait que ce soit devenu le petit rituel du samedi soir pour certains jeunes voyous. Une virée à Lille, la tournée des bars et en revenant, bien éméchés, un petit détour par le bois de Boulogne pour, expression terrible, « casser du pédé ». Les abords de la Deûle et non loin, les bars gays du Vieux-Lille, sont en effet réputés pour accueillir les rendez-vous plus ou moins secrets de la communauté homosexuelle.
Des hommes sont ainsi régulièrement agressés, mais très peu osent porter plainte. Dans la crainte d'être stigmatisés, de voir leur vie intime étalée dans un poste de police puis devant un tribunal.
Pierre*, lui aussi, a peur d'être reconnu par son entourage, mais ça ne l'a pas empêché d'aller jusqu'au bout de la procédure. Une nuit de mars dernier, le jeune trentenaire a été victime d'une de ces bandes. Il vient de garer sa voiture non loin du canal et lorsqu'il en sort : « Il y a un gars qui me demande si je suis homo, moi bêtement, je réponds oui, sans réfléchir. Ils ont alors commencé à me frapper », raconte-t-il. Selon son témoignage, cinq ou six jeunes hommes l'entourent, des coups de poing, des coups de pied ainsi que des insultes jaillissent de toute part. Suite à cette attaque, Pierre a eu deux jours d'interruption temporaire de travail et six mois après, il souffre encore du genou.
Heureusement, une personne est témoin de l'agression, elle intervient et en attendant que la police arrive, Pierre se lance à la poursuite de la bande.
« Je voulais au moins en attraper un pour qu'il ne puisse pas recommencer et attaquer quelqu'un d'autre ».
Trois jeunes interpellés
Finalement, trois jeunes sont interpellés et deux d'entre eux, Johann L., 19 ans, et Jérémy M., 20 ans, sont appelés à comparaître. Mais hier, ils ont apparemment préféré le soleil d'août à la fraîcheur du tribunal. Sans explications de vive voix, il faut donc se contenter des procès verbaux de la garde à vue. À l'époque, les prévenus commencent par expliquer qu'ils ont demandé une cigarette à la victime, ajoutant : « Ça se voyait qu'il était homo, il nous regardait bizarre ». Ils ont finalement avoué que l'orientation sexuelle était la seule cause du déferlement de violence.
« Il y avait de l'alcool, mais s'il avait pas été homo, ça aurait pu passer. » Des propos qui amènent la procureure Françoise Guillemin à qualifier cette agression gratuite de « purement homophobe ». Elle parle même de « préméditation », les attaquants s'étant rendus délibérément dans un lieu fréquenté par les homosexuels. En leur absence, Johann L. et Jérémy M. sont condamnés à 6 mois ferme et à payer des dommages et intérêts. Une condamnation qui amènera peut-être d'autres victimes d'agressions homophobes à oser porter plainte.
* Le prénom a été modifié pour respecter l'anonymat de la victime.





