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LILLE

« Je suis un sale type »

« Je suis un sale type » « Je suis un sale type »

C'est le cheval de bataille de la nouvelle politique pénale : lutter contre les violences conjugales. Les magistrats n'en oublient pas moins le principe de la personnalisation de la peine. Exemple à Lille.



MATTHIEU MILLECAMPS > matthieu.millecamps@nordeclair.fr
Les cheveux longs qui tombent au-dessus de ses tempes rasées, le visage plein de piercings et de larmes, Maxime M., la trentaine, se prend la tête entre les mains, hoquette, sa voix déraille sans cesse. « En faisant ça, je suis devenu un sale type », lâche-t-il, l'air dégoûté par lui-même. « Ça », c'était le 20 janvier dernier, dans le petit appartement de 43m² qu'il partage avec sa compagne.
Une dispute qui dégénère. « Vous l'avez giflée, l'avez étranglée, lui avez mis un coup de poing à la tempe. La violence du coup lui a projeté la tête sur une armoire. Elle a perdu connaissance », énumère le procureur Olivier Dabin. « Le coup de poing, il repasse en boucle dans ma tête, nuit et jour. Je l'ai tenue dans mes bras, après. Je l'ai vue vomir... C'est traumatisant, je peux vous le dire », s'exclame le prévenu entre deux sanglots.



Tous les deux sans emploi
« Ce n'est pas la première fois. La victime explique que les faits de violence avaient lieu tous les six mois au début, puis tous les trois mois, puis toutes les deux semaines... », rapporte le président Flamant, qui tente de comprendre ce qui a provoqué ce crescendo de violences. Le prévenu explique que, parce qu'ils étaient sans emploi tous les deux, la tension ne cessait de monter dans l'appartement trop petit.
« On ne travaille plus ni l'un ni l'autre. On est l'un sur l'autre, et on n'est pas des tendres non plus ». Quant aux violences précédentes dont l'accuse sa victime, il les nie. « Ce n'est pas moi qui la frappais. C'est elle. Moi, je me contentais d'essayer de la calmer », clame-t-il.

« Schéma classique »
Olivier Dabin, le procureur, est loin d'être convaincu. « C'est le schéma classique des hommes violents : il dit qu'elle est hystérique », avance le magistrat, qui rappelle au passage que « tous les trois jours, une femme meurt sous les coups de son conjoint. Un chiffre effrayant dans un pays soi-disant civilisé ».
Mais loin de se contenter de requérir une peine exemplaire, il demande aux juges de ne pas appliquer de manière systématique la peine plancher : un an de prison ferme. « Ce serait disproportionné eu égard à la situation, aux difficultés au sein du foyer, à l'absence de travail et de vie sociale ». Le procureur note également, au bénéfice du prévenu, que celui-ci « exprime des regrets » . Il requiert 6 mois avec sursis et mise à l'épreuve, et demande une obligation de soins et de travail. « Il faut aussi lui interdire le domicile de la victime, que cette audience soit l'occasion de les séparer. Même si cela peut être dur pour l'un ou l'autre ».
Me Lecointre, en défense, ne peut que s'engouffrer dans la brèche ouverte de l'autre côté de la barre. « C'est un couple qui se déchire. On nous parle de statistiques. Derrière les chiffres, il y a les rapports humains », plaide l'avocat, qui insiste : « c'est rare, en comparution immédiate, de voir un prévenu qui s'explique ainsi, sans se désengager de ses responsabilités. Il a profondément honte » . Une honte à laquelle se sont donc ajoutés hier six mois de prison avec sursis et mise à l'épreuve.


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