"On peut souhaiter un vrai et large débat qui prenne son temps", estime Mgr Laurent Ulrich dans une longue tribune publiée mercredi sous forme de questions-réponses sur le site web du diocèse de Lille. L'archevêque de Lille appelle à respecter les personnes homosexuelles, qui "n'ont pas à être discriminées, méprisées, déconsidérées, mises à l'écart", mais "méritent au contraire respect et considération". Il considère toutefois que le mariage est une mauvaise réponse à la question posée.
"Le sentiment amoureux à lui seul ne justifie pas le mariage, c'est le projet familial qui appelle le mariage", énonce l'ecclésiastique, qui estime que "le mariage pour tous est une expression maladroite et inexacte en réalité", car "il demeurera des situations qui empêcheront le mariage : un oncle et sa nièce, ou un frère et une sur continueront de voir le mariage leur être interdit". Le mariage est pour l'évêque une "institution sociale déterminante pour la construction de la société", et le refus du mariage homosexuel n'est pas pour lui une discrimination ni le maintien d'un privilège, mais "une condition fondamentale pour la société : préserver le mariage comme l'union d'un homme et d'une femme en vue de la protection de la filiation".
"Parent 1, parent 2, parent 3"
Mgr Laurent Ulrich alerte donc sur les risques qui pèsent d'après lui sur l'institution du mariage, et sur la notion même de famille, en cas d'adoption de la loi dont le magazine La Vie a diffusé un avant-projet le week-end dernier : "Changer la nature de l'institution du mariage en l'ouvrant aux personnes homosexuelles avec droit à l'adoption, ce serait aussi changer le statut des personnes mariées sous le régime actuel. A-t-on vraiment pris conscience que le statut de père et de mère disparaît dans cette figure nouvelle ? Il y aurait un parent 1, et un parent 2, et forcément un parent 3 grâce auquel l'enfant devrait d'être né : quel serait son statut dans la famille ? Sera-t-il porté sur le livret de famille ? De quels droits jouira-t-il dans la famille ?"
Enfin, l'évêque répond aussi aux critiques de ceux qui estiment que les religions n'ont pas à s'exprimer sur ce type de question. "C'est un sujet qui touche la nation entière, et qu'aucun groupe de la nation, ni aucun membre de cette nation ne peut être empêché de parler sur un tel sujet de société. Nul ne peut dénier à un chrétien d'être d'abord un citoyen : ce n'est pas comme chrétien, mais comme citoyen qu'il s'exprime. Les responsables des Eglises et des différentes religions sont eux aussi des citoyens dotés du droit d'intervenir dans un débat national. Comme responsables de communautés religieuses, ils ont également droit à la parole, même s'ils ne sont pas le législateur : ils peuvent bien mettre en garde sur ce qui leur paraît lourd de conséquence pour la société tout entière, et pour la vie humaine.", écrit Mgr Ulrich, qui souhaite organiser dans le courant du mois d'octobre un débat public sur cette question à l'université catholique de Lille.
L'intégralité du communiqué de Mgr Ulrich à lire ici : http://www.lille.catholique.fr/droit-au-mariage-pour-tous---actualite-195.htm