DSK sorti libre de sa garde à vue avec une convocation au tribunal
Publié le mercredi 22 février 2012 à 15h31 - Bruno Renoul (réactualisé à 17h35)
Après une après-midi d'interrogatoire par les policiers de l'IGPN sur ses relations avec la police lilloise, DSK va ressortir libre de la gendarmerie de Lille, devant laquelle un dispositif policier a été mis en place. Mais avec une convocation ultérieure au tribunal de Lille en poche. Un peu plus tôt, l'hypothèse du défèrement avait été évoquée.
Trois hypothèses se dessinaient après la garde à vue de DSK à Lille : il pouvait être mis en examen ou placé sous le statut de témoin assisté, puis remis en liberté, avec ou sans contrôle judiciaire une incarcération étant très peu probable, les huit autres mis en examen du dossier étant tous en liberté. Les juges ont finalement choisi la troisième : lui glisser dans la poche une convocation pour une audition ultérieure au tribunal de Lille, où des confrontations peuvent avoir lieu, peut-être avec les parties civiles.
Lorsqu'il sera entendu par les juges, il pourra l'être sous statut de témoin assisté ou de celui de mis en examen.
Des éléments ennuyeux pour DSK
Pour pouvoir mettre en examen DSK pour complicité de proxénétisme, il ne faudra alors pas seulement établir qu'il était au courant de la rémunération des escorts ayant participé aux fameuses parties fines, ce qu'il nie, mais en plus, qu'il ait joué un rôle actif dans l'organisation de la prostitution, par exemple en sollicitant des rencontres, ou en recommandant lui-même des filles à des amis.
Parmi les éléments qui le mettent en difficulté concernant une éventuelle mise en cause pour complicité de proxénétisme, des témoignages d'escorts indiquant qu'il connaissait leur rémunération pour les soirées libertines auxquelles elles ont participé en sa présence. Ces soirées se sont étalées, d'après le dossier, entre 2009 et 2011, et ont eu lieu à Paris (au restaurant l'Aventure et à l'hôtel Murano notamment), en Belgique (dans une boîte échangiste et dans un studio d'enregistrement de Bruxelles) et à Washington (à l'hôtel W).
Deux autres éléments vont dans ce sens, malgré les dénégations de l'ancien directeur du FMI. D'abord, on parle de SMS envoyés à un ami politique, dans lesquels il serait fait état du tarif d'une prostituée, et de la qualité de ses prestations. Ensuite, comme Nord éclair le révélait ce matin, DSK serait intervenu, en tant que patron du FMI, pour favoriser l'obtention de visas pour une escort devant le rejoindre à Washington.
Un grand flic dans les parties fines
Reste que la décision sur les suites à donner à cette audition appartient aux juges, en fonction de l'évolution des débats, et des déclarations de DSK. D'après le Point, celui-ci a nié en bloc avoir été au courant de la présence de prostituées dans les soirées spéciales, et a fortiori l'origine des fonds utilisés pour les rémunérer.
Comme nous l'indiquions ce matin sur nordeclair.fr, après avoir été entendu hier et ce matin par le groupe proxénétisme, Dominique Strauss-Kahn a répondu durant 10 heures aux questions de la brigade financière, concernant le volet financement des parties fines, et de l'IGPN, concernant ses relations avec des membres éminents de la police lilloise. Entre autres, le commissaire Jean-Christophe Lagarde, ex n°3 de la police nordiste, mis en examen, et dans une moindre mesure Jean-Claude Menault, ancien patron de la sécurité publique, qui a été poussé vers la sortie après son audition par l'IGPN et malgré l'absence de poursuites contre lui, pour avoir participé à un voyage vers Washington, en présence d'escort-girls, pour conseiller DSK sur les questions de sécurité en vue de la présidentielle.
Un déjeuner avec Dodo la Saumure
Lagarde, lui, faisait partie du premier cercle de DSK dans le cadre de ces soirées. Libertin assumé, il a participé à de nombreuses soirées privées avec l'ancien favori de la présidentielle, et a accompagné à plusieurs reprises le duo Paszkowski-Roquet dans des déplacements incluant des professionnelles présentées comme des "secrétaires d'Eiffage". Il est également entré une fois en contact avec le proxénète Dodo la Saumure, pour étudier la possibilité d'importer en France le modèle de tolérance de la prostitution en vigueur en Belgique. Ce que son avocat ne souhaite pas confirmer ni infirmer. Etait-ce sur instruction de DSK?
Par ailleurs, le commissaire Lagarde serait également intervenu, sur demande de son ami Fabrice Paszkowski, entrepreneur dans le Pas-de-Calais et soutien politique actif de DSK, pour déterminer si une cellule de surveillance avait été mise en place à la DCRI (services secrets) concernant DSK. A l'époque favori de la présidentielle face à Nicolas Sarkozy, celui-ci avait en effet le sentiment désagréable d'avoir été placé sur écoute. Ce sentiment a été confirmé par Lagarde après une enquête discrète au sein de ses contacts, forcément nombreux pour un policier de sa trempe. Une intervention que le commissaire a démentie lorsqu'il a été entendu par l'IGPN il y a quelques mois, sur demande du patron de la DCRI, Bernard Squarcini, qui avait peu apprécié d'être ainsi mise en cause par l'ex grand flic...
Enfin, il aurait joué un rôle d'intermédiaire pour acquérir en Belgique, toujours à la demande de Paszkowski, des téléphones sécurisés afin d'en finir avec cette surveillance. Ces liens entre DSK et de hauts-gradés de la police n'est pas un délit en soi, mais les juges comme les fonctionnaires de l'IGPN cherchent à savoir si la ligne rouge n'a pas été franchie. Notamment lorsqu'on lit ce SMS de Paszkowski, proposant à François Pupponi, successeur de DSK à la mairie de Sarcelles des "contacts au sein de la police qui pourraient être utiles" pour le rassurer sur ses ennuis judiciaires.
Plus d'infos à venir sur nordeclair.fr et demain dans Nord éclair



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