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Pour les musulmans de la métropole, « le mieux à faire, c'est d'ignorer tout ça »

Publié le 22/09/2012 à 00h00

Le film « Innocence of muslims » et les caricatures de Mahomet parues dans « Charlie Hebdo » ? Les musulmansde la métropole que nous avons interrogés se sentent blessés, mais les autorités religieuses appellent au calme.

Pour les musulmans de la métropole, « le mieux à faire, c'est d'ignorer tout ça »
Le film « Innocence of muslims » et les caricatures de Mahomet parues dans « Charlie Hebdo » ? Les musulmansde la métropole que nous avons interrogés se sentent blessés, mais les autorités religieuses appellent au calme.



ISABELLE DUPONT, YOUENN MARTIN ET MATHIEU THUILLIER > region@nordeclair.fr
Indignation et consternation. Des sentiments dominants hier, à l'heure de la prière, à la mosquée de la rue du Bus, dans le centre de Tourcoing, après la publication des caricatures de Mahomet dans Charlie Hebdo. « Ce n'est pas la première fois », déplore Cheick Brahmi, président des musulmans de Tourcoing. Secrétaire de l'association, Djelloul Djellouli témoigne de son incompréhension. « On ne doit pas s'attaquer au prophète, ni à Jésus, ni à Moïse, on ne doit pas y toucher, c'est sacré », martèle-t-il.


« De l'huile sur le feu »
Tout en condamnant toute violence, il craint que les caricatures attisent la haine entre communautés. « Charlie Hebdo met de l'huile sur le feu, mais on doit rester digne et répondre intelligemment à ces attaques. » La liberté d'expression ? Comme la démocratie, elle a ses limites, répond-il, tout en notant une stigmatisation récurrente de sa communauté. Les caricatures, dit-il, « ont choqué les gens, mais on ne fera pas de discours à la mosquée. La politique reste en dehors ».
Même appel à la paix du côté de la mosquée villeneuvoise. L'imam Ahmed Miktar a fait de l'actualité le coeur même de son prêche, condamnant le film comme les caricatures, mais appelant aussi les musulmans à « avoir un effet positif sur la société, à être créateurs de bien-être ». « Repoussez le mal de ceux qui veulent le mal ! », a-t-il scandé.
Après le prêche et la lecture du communiqué de la Ligue islamique du Nord déplorant l'interdiction de manifester (lire l'encadré), les fidèles se sont réunis sur le parvis de la mosquée pour un sit-in de cinq minutes au son d'un verset du Coran, invocation spirituelle à Dieu. « On s'en remet à Dieu pour nous aider à agir dans le bon sens », a expliqué Mohamed Karrat, recteur de la mosquée, qui n'exclut pas de « faire quelque chose avec la Ligue pour contacter les autres communautés religieuses. Les personnes qui ont la foi sont les mieux à même de comprendre ces blessures. Je suis certains que les chrétiens et juifs comprennent notre désarroi ».
Manifester ou pas, c'est aussi la question que devait trancher hier soir le Collectif des institutions musulmanes de Roubaix. Quoi qu'il en soit, si démarche il y a, elle sera pacifique. « L'islam n'appelle pas à la terreur ou à la casse », affirme Ibrahim Alci, le porte-parole du CIMR.
Ce qui le désole en premier lieu, ce sont les morts en Libye.
« À géométrie variable »
« Le drame, c'est qu'il y ait une telle flambée de violence », commence aussi par dire Ali Rahni, responsable de l'association roubaisienne Rencontres et dialogue. Son credo ? « Ça commence à faire beaucoup, le film, les dessins. Mais le mieux à faire, c'est d'ignorer tout ça, de passer au-dessus. » Au final, c'est plus la tempête médiatique que les caricatures elles-mêmes qui le gêne : « Le jour où les dessins sont sortis, Hollande a fait un discours civilisationnel très intéressant lors de l'inauguration de la nouvelle aile du Louvre. Il est passé complètement inaperçu. » Et si Ali Rahni peut reprocher à Charlie Hebdo des provocations « à géométrie variable » - allusion au licenciement de Siné pour une phrase prétendument antisémite - il fait partie de ceux qui ne veulent pas d'un rétablissement de l'interdiction du blasphème : « On ne va pas revenir cent ans en arrière. » Pour un peu, on pourrait imaginer une rencontre entre Charb et des responsables religieux dans le cadre de son association. Mais Ali Rahni n'invitera pas le rédacteur en chef de l'hebdomadaire satirique. « Il ne se rend pas compte de ce que ça provoque.
Il existe des furieux ! »w Lire aussi en page 44.

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