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« Il est utile que les adultes disent les choses aux mineurs »

Publié le 18/09/2012 à 00h00

PROPOS RECUEILLIS PAR BRUNO RENOUL > bruno.renoul@nordeclair.fr Aujourd'hui à Armentières, dix maires de la métropole lilloise doivent signer un protocole avec le parquet de Lille, qui leur permettra de délivrer aux administrés des « rappels à l'ordre » pour les actes de délinquance les moins graves.

« Il est utile que les adultes disent les choses aux mineurs »
PROPOS RECUEILLIS PAR BRUNO RENOUL > bruno.renoul@nordeclair.fr Aujourd'hui à Armentières, dix maires de la métropole lilloise doivent signer un protocole avec le parquet de Lille, qui leur permettra de délivrer aux administrés des « rappels à l'ordre » pour les actes de délinquance les moins graves.


Jean-Luc Deroo, maire PS d'Halluin, explique pourquoi il a adhéré à la démarche.

À qui serez-vous susceptible de délivrer des rappels à la loi ?


>> À Halluin et dans huit autres villes de la métropole lilloise (Tourcoing, Hem, Roubaix, Villeneuve d'Ascq...), on le fait déjà. Dix autres nous rejoignent ce mardi (Lille, Marcq-en-Baroeul, Mons-en-Baroeul, Wattrelos, Roncq...), et d'ici à la fin de l'année, cinq communes de plus adopteront ce protocole. Il permet aux maires ou à leurs adjoints de délivrer des rappels à l'ordre aux habitants de nos communes lorsque ceux-ci commettent des actes qui ne relèvent pas encore du pénal. Dans la commune, on le fait depuis plusieurs années mais là, la démarche est formalisée, et le rappel à la loi sera transmis aux autorités judiciaires. Le plus souvent, cela concerne des mineurs âgés de 12 à 16 ans, pour les actes de délinquance les moins graves : tags, dégradations, absentéisme scolaire...

N'est-ce pas vous substituer à la justice que de délivrer des rappels à l'ordre à vos administrés ?
>> Non, nous restons dans notre rôle de prévention, il s'agit d'intervenir dans les premiers stades de la délinquance pour éviter que ça aille plus loin. Le maire est quand même responsable de la coordination de la prévention de la délinquance dans sa commune !

Le rappel à la loi sera transmis à la justice, ce n'est donc pas rien en terme pénal.
>> Cela n'apparaîtra pas dans le casier judiciaire. C'est transmis pour information au parquet, cela peut l'aider à mieux contextualiser le parcours des uns et des autres. L'idée est de mieux coordonner les actions de prévention et de répression. C'est important que la justice et les maires se parlent, et on a la chance d'avoir enfin des procureurs qui souhaitent que cette relation existe. On a une écoute. Mais je le répète : ce protocole ne nous fait pas pour autant rentrer dans la chaîne pénale.

Comment ce rappel à l'ordre se déroule-t-il concrètement ?
>> Le maire ou un adjoint reçoit les mineurs en question avec leurs parents. Parfois, le dialogue est impossible. Mais souvent, cela crée une discussion où on peut essayer de comprendre pourquoi le mineur a commis tel ou tel acte répréhensible. D'une part, je pense qu'il est utile que des adultes disent les choses de manière claire et solennelle. Cela peut être un point de référence pour le mineur. D'autre part, ce dialogue n'est pas à sens unique et nous permet aussi d'orienter nos actions municipales dans telle ou telle direction, en fonction de ce que les parents nous expliquent. On sent parfois qu'on peut agir sur certaines causes, le soutien éducatif, le logement...

Vous avez un exemple récent ?

>> Récemment j'ai reçu une famille dans mon bureau pour des histoires de vandalisme dans une école. Cela permet aussi de mieux connaître les familles, d'essayer de comprendre les raisons qui mènent à cela et d'y remédier ensemble avant que ça prenne un tour plus grave.

Où est la frontière entre ce qui peut relever des maires et ce qui relève de la police et de la justice ?
>> Quand on estime qu'on peut avoir un rôle, et que les faits ne sont pas trop graves, on y va. C'est de la petite délinquance. Quand l'acte est trop important, cela concernera bien entendu la police.

Cette démarche peut-elle aussi permettre de réaffirmer l'autorité des maires, qu'on dit écornée ?
>> Il y a de ça aussi. Il est utile de restaurer cette autorité, qui est souvent dépréciée. On le voit dans nos rapports au jour le jour avec nos concitoyens. Tous ne sont pas comme ça, bien sûr, mais de plus en plus, la mairie est vue comme le magasin des revendications sociales, et si on ne donne pas satisfaction à tous, on se retrouve parfois insulté. L'autre jour, j'ai dû dire non à une demande de subvention, et mon interlocuteur est parti en claquant la porte ! Il n'y a plus de respect. On sent monter quelque chose de négatif.

À quoi sert le collectif des villes sécurité urbaine (Covisur), qui est porteur de ce projet ?
>> C'est un collectif qui réunit 25 villes de la métropole lilloise. On se rencontre une fois par mois pour échanger sur nos difficultés et essayer de réfléchir à des solutions communes. C'est dans ce cadre, parce qu'il savait que cela faisait partie de nos préoccupations, que le procureur de la République, Frédéric Fèvre, nous a proposé ce protocole. Nous prenons cette proposition comme une grande marque de confiance de la justice envers les maires !w
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De plus en plus, la mairie est souvent vue comme le magasin
des revendications sociales et si
on ne donne pas satisfaction à tous, on se retrouve parfois insulté.
Il n'y a plus de respect.

Nord Éclair