GAËLLE CARON > gaelle.caron@nordeclair.fr
Classé monument historique depuis 1997, le stade-parc Roger Salengro de Bruay-La Buissière est entré le 30 juin dernier, avec de nombreux autres sites du bassin minier, au patrimoine mondial de l'Humanité. Que d'eau sous les ponts et dans les bassins de la piscine art-déco depuis la pose de la première pierre en 1932 !
« À l'époque, il y a deux moyens de financer de tels équipements : par la municipalité socialiste ou la compagnie des mines. Une rivalité s'installe alors entre les deux pour gagner la confiance des mineurs », explique Samuel Bajeux, chargé de la valorisation du patrimoine de la Ville et guide vacataire à l'office du tourisme. La confiance, mais pas seulement... En 1930, les Houillères décident de construire un vélodrome dans le but officieux de « contrôler le temps libre des mineurs et lutter contre l'alcoolisme ».
Les vertus du sport
selon Léo Lagrange
En réponse, la Municipalité d'Henri Cadot imagine le fameux stade-parc, un projet à plus de 1,6 million de francs... La délibération est adoptée en 1931, les travaux débutent en 1932 et l'inauguration a lieu le 1er août 1936, peu de temps après l'arrivée du Front populaire au pouvoir et l'entrée en vigueur de la loi sur les premiers congés payés...
« Au sein du gouvernement formé par Léon Blum, Léo Lagrange (sous-secrétaire d'État aux Sports et à l'Organisation des loisirs, ndlr) vante les bienfaits du sport sur le corps, la détente après le travail, l'épanouissement de la jeunesse, et prône une certaine forme d'hygiénisme, la communion avec la nature », poursuit Samuel Bajeux.
Un terrain de foot, une piste d'athlétisme aujourd'hui homologuée par la FFA, des tribunes, une salle d'éducation physique, des boulodromes, un kiosque à musique (construit, lui, deux ans plus tard par la compagnie des mines) et une piscine extérieure dotée de la première école française de natation : le stade-parc, sur cinq hectares de verdure (prix national de l'arbre en 1938 et désormais candidat au label d'État jardin remarquable), est donc en parfaite adéquation avec les thèses défendues par le ministre socialiste.
Comme sur un paquebot...
De style art déco, alors très en vogue, l'ensemble a été conçu par l'architecte Paul Hanote, diplômé des Beaux-Arts de Douai et qui a déjà réalisé le monument aux Morts et l'Hôtel de ville de Bruay. « Il est adepte des modèles très antiques, du béton et des surfaces géométriques, planes, lisses », commente le guide, en montrant la façade effectivement très dépouillée de la salle d'éducation physique, seulement ornée de trois bas-reliefs rappelant les vertus du sport à travers trois disciplines : le javelot, les barres et le saut. À l'exception d'une lyre, d'une clé de fa et de petites notes de musique inversées sur les ferronneries, le kiosque est lui aussi sans fioritures. Mais le fleuron du stade-parc, le symbole absolu de cette architecture épurée, est incontestablement la piscine. « C'est le style paquebot, une dérive du courant art déco, qui consiste à reprendre les formes et les lignes des grands transatlantiques », précise Samuel Bajeux depuis la passerelle secrète surplombant les trois bassins. De part et d'autre, deux solariums, des rangées de cabines, quelques hublots et un bloc de béton en guise de cheminée donnent vraiment l'impression d'embarquer sur un paquebot de croisière. Et à les entendre, pas de doute, les nageurs s'amusent !w