JUSTINE FAIDERBE > justine.faiderbe@nordeclair.fr
Ils me considèrent comme leur gardien, leur veilleur, leur protecteur. Pour beaucoup, je suis le dernier espoir. Les gens me décorent de leurs vêtements, de bouts de tissus, d'objets et de breloques. Ils veulent chasser le mal de leurs proches. On peut lire sur mes branches, qui s'étouffent sous le fardeau : « Prière pour que Philippe récupère de son AVC » (le 18/08/2012) ; « Je suis Mathilde, née en 2010. Protège-moi de toutes les maladies » (le 17/08/2012) ; « Donne-moi force, bonheur et joie ». On m'appelle « l'arbre à loques ». Un arbre aux mille et une vies.
Je suis né dans la forêt de Raismes « il y a bien 1 500 ans », d'après Monique et Michel Landas, deux retraités du village : « Ça remonte au temps de Saint-Éloi, estiment-ils. Au début, l'Église dénouait tous les vêtements accrochés à l'arbre. » Mais comme cette tradition païenne - peut-être même druidique, venue des pays du Nord - a persisté, « elle a fini par l'accepter ». Avec la chapelle du Dieu de Gibloux, bâtie à mes pieds et naturellement rebaptisée « chapelle à loques », j'ai été déplacé près du Chemin Départemental 40 en 1980, lorsque l'autoroute Lille-Valenciennes a été tracée. « Le transport a été spectaculaire », se souvient Michel, mémoire et sacristain du village : « La chapelle n'a pas été démontée, mais a été transportée entière par une grue. » Moi, j'ai été replanté juste à côté, en lisière de bois. Et les croyants n'ont pas cessé leur pèlerinage... Ils viennent de loin, « parfois même de Belgique », pour déposer un pull, un t-shirt, une écharpe ou un chapelet sur mon feuillage. Un geste souvent pratiqué « en fin de journée », ou furtivement, « à l'abri des regards », ont constaté Michel et Monique.
Des témoignages
« très sérieux »
Chaque année, quinze jours après la Pentecôte, une procession est organisée avec un prêtre vers la chapelle à loques. Avant, elles étaient plus fréquentes, mais « c'est toujours l'occasion de rencontrer les gens qui viennent déposer leurs vêtements. Ils nous expliquent pourquoi ils croient en l'arbre » , rapporte Monique.
De tout temps, on a dit de moi que je faisais des miracles. Des gens « très sérieux » disent avoir été guéris après avoir prié sur mon tronc. « Je me rappelle que dans mon enfance, on y allait pour soigner les fièvres des gosses, raconte Michel. Il n'y a pas longtemps, un couple s'est avancé vers moi avec un enfant. Il m'a expliqué qu'avant, le petit ne marchait pas. Ils avaient vu plusieurs médecins, très pessimistes sur son cas. Ils n'avaient plus d'espoir. Le lendemain de leur voeu, il était debout. C'est un vrai témoignage, qu'on y croit ou pas. »
Les arbres, « une force,
une vitalité »
Ce mercredi, j'ai eu la visite de Pascale et d'Annie*, venues à vélo d'Anzin. Cette dernière a entendu parler de moi « en cas de petits soucis ». « La première fois que j'ai vu l'arbre, j'ai vraiment été émue. Toutes ces prières... J'ai déposé un petit torchon et fais un voeu. » Maintenant, « ça va mieux » pour elle. Pascale, elle, n'a jamais rien déposé mais « espère pour les gens que leurs voeux se réaliseront ». Aucune des deux ne sait expliquer mon phénomène.
Monique Landas, qui voit elle en mes congénères « une force, une vitalité », assure qu'« il n'y a pas que des religieux » qui font le déplacement : « Un père athée est venu faire un voeu à l'arbre à loques pour sa fille, condamnée. Il paraît que ça l'a sauvée. » Selon la retraitée, qui « sait bien que ce n'est pas l'arbre lui-même qui guérit, chacun doit avoir sa propre interprétation de ce qui se passe avec l'arbre. Le plus important pour les gens, c'est de croire. »w *Le prénom a été modifié.