FLORENCE TRAULLÉ, ENVOYÉE SPÉCIALE À LA ROCHELLE > > florence.traulle@nordeclair.fr
Au parti socialiste, on a ses règles. On se donne du « camarade » et le tutoiement est de rigueur. Même quand on a 20 ans tout mouillé et que l'on s'adresse au Premier ministre. Ca donne un petit air convivial à l'exercice. Sur scène, après une entrée dans la grande tradition avec une haie d'honneur de jeunes militants agitant leurs drapeaux, Jean-Marc Ayrault a opté pour le dress code de rigueur à la Rochelle. Casual chic comme on dit dans les magazines, costume gris bleuté et chemise blanche décontractée. Au sortir d'un été où, dans ses propres rangs, on lui reproche une trop grande discrétion, il a soigné son plan com' autour d'un week-end idéal pour s'exposer. Pour clore la deuxième journée de l'université du PS, un exercice de questions-réponses dans la grande salle de l'espace Encan, l'ancienne halle aux poissons. Affluence maximum, au point que la sécurité a été contrainte de refouler les retardataires vers une autre salle avec écran de diffusion. C'est plutôt bon signe.
Il y a une douce jubilation palpable chez ces militants qui, enfin, peuvent applaudir « leur » Premier ministre. La Rochelle, après une victoire à la présidentielle, ça se savoure. Plutôt qu'un discours de politique générale, Jean-Marc Ayrault est censé avoir répondu à l'invitation des jeunes socialistes. On peut penser que ce choix a été pensé, en haut lieu, pour donner un peu de peps au genre. Barack Obama a lancé cette nouvelle mode (aux USA, on appelle ça des « city hall meetings »), elle a traversé l'Atlantique pour débarquer à la Rochelle. Sans risque.
Vers le non-cumul des mandats
Le président des MJS s'appelle Thierry, porte un tee-shirt noir orné d'un dessin gris indéchiffrable, et boit du petit lait en accueillant « le Premier ministre de la France, notre camarade Jean-Marc Ayrault » devant un parterre attentif et une rangée touffue de caméras. Et vas y que je tutoie le chef du gouvernement avant d'inviter la première jeunette à poser sa question. Sans doute jubilatoire. Laura de Toulouse s'emberlificote un peu dans son préambule avant de s'interroger sur le bilan des cent jours. Question convenue, comme le seront la plupart mais, de toute évidence, on n'est pas là pour bousculer le Premier ministre qui, un peu plus tard, invitera le PS à « rester un parti de débat » mais aussi à « consolider la majorité parlementaire, la majorité autour de François Hollande ». Une équation subtile entre l'exigence de ne pas donner l'impression d'être un parti godillot, reproche si souvent fait à l'UMP, et celle d'exister et faire entendre sa voix. À l'applaudimètre, c'est sur l'affirmation de sa volonté de faire appliquer le non-cumul des mandats que Jean-Marc Ayrault a reçu le meilleur écho. Peut-être pas dès septembre comme les militants l'avaient voté en 2009 mais après la remise du rapport de la commission Jospin attendu pour cet automne. Avis aux cumulards et quelques mines crispées dans la salle. La dizaine de questions soigneusement préparées par les jeunes du MJS a permis à Jean-Marc Ayrault de dérouler son propos. Rien de bien neuf sous le ciel capricieux de la Rochelle. Traité européen, loi sur le mariage et l'adoption pour les homosexuels au plus tard en 2013, emplois d'avenir et sens des responsabilités, retour de l'ISF et politique à mener envers les Roms, le Premier ministre a martelé l'exigence de pédagogie pour faire comprendre aux Français comment il compte mixer mesures urgentes et réformes sur la durée. Avec, sur la sécurité, un discours de fermeté qui tranche avec les anciennes pudeurs des socialistes.
Hymne à la République
Il était raccord avec Manuel Valls, en scène dans la matinée. Le ministre de l'Intérieur avait fait un tabac sur la même ligne sans concession enrichie d'un véritable hymne à la République. À son arrivée sur le parvis de l'Encan, Valls avait bien été interpellé par un jeune militant heurté par les démantèlements de camps de Roms de cet été mais, visiblement, il n'y a pas grand monde ici pour vouloir bousculer les ministres en exercice en général et celui là en particulier. La Rochelle 2012 navigue tranquillement en évitant les écueils. Ce matin, Martine Aubry prendra la parole en dernier pour mettre un point final à ce round d'échauffement avant le congrès de Toulouse prévu pour octobre. On y passera alors aux choses sérieuses, c'est-à-dire sa succession. Et on évite d'ici là de ronchonner sur la manière dont elle se prépare. Officiellement, tout va pour le mieux. w