LUCIE TANNEAU > region@nordeclair.fr
« Les Allemands ne faisaient pas attention aux bâtiments, mais nous non plus ». François Beirnaert est l'« historien » de la Communauté de Commune de l'Artois. En grand passionné, il raconte l'histoire du mont Saint-Éloi dans la guerre. Et la guerre, à Mont-Saint Éloi, se résume surtout aux batailles successives en Artois, cruciales tant pour les Allemands, qui espèrent terrasser le Nord pour progresser jusqu'à Paris, que pour les Français qui luttent pour chasser l'ennemi du territoire, et rejoindre Berlin.
« La place du mont Saint-Éloi est importante. Le mont est en hauteur, du côté français, un peu en retrait de la ligne de front, mais face aux deux reliefs que sont la crête de Vimy et Notre-Dame de Lorette, pris par les Allemands depuis leur offensive plus au Sud, stoppée par les « Taxis de la Marne. ».
Les tours de l'abbaye du 10e siècle sont d'autant plus stratégiques pour les Français, qu'elles dominent la vallée. Des tours restées intactes malgré la destruction de l'abbaye toute entière pendant la Révolution. Le point d'observation est immédiatement redouté par les Allemands, qui bombardent le mont Saint-Éloi dès 1914. Les tours mesurent alors 55 mètres de haut, sur cinq étages. Quelques mois plus tard, et à force d'acharnement, les Allemands réussissent à atteindre la construction, depuis leur base arrière, au-delà du relief de Vimy.
Ici, on se souvient de
la bataille, pas que des morts
« Depuis 1914, il ne reste plus que deux étages, les derniers étant inaccessibles en raison de la fragilité de l'édifice » . Mais, alors que les autorités s'évertuent dès les années 20 à effacer les stigmates de la guerre, les tours, détruites de l'abbaye du mont Saint-Éloi restent, elles, debout et en l'état. Comme un symbole.
« Chaque centimètre carré de l'Artois a été retourné pendant la Grande guerre, et de ça il ne reste plus trace », raconte l'historien.
Les lieux de mémoire de la guerre sont souvent des mémoriaux pour les soldats morts au combat ou des cimetières militaires, nombreux dans la région (cimetières français à Écoivres, cimetière allemand de la Maison-Blanche à Neuville-Saint-Vaast, cimetière britannique du cabaret rouge de Souchez...).
« Seules deux ruines ont été conservées en souvenir des batailles. Les tours de l'abbaye du mont Saint-Éloi, et l'église d'Ablain-Saint-Nazaire attestent de la violence des combats. » Ironie de la conservation ou choix prémédité, les tours furent détruites par les Allemands alors que ce sont les Français qui visèrent l'église. François Beirnaert n'a jamais trouvé de documents qui attestent d'un choix délibéré des autorités. Mais aujourd'hui, lors de ses visites guidées sur les « chemins de la Grande guerre », le chercheur n'hésite pas à souligner l'image. « Alors qu'on dénonçait beaucoup les Allemands après la guerre arguant qu'ils ne respectaient rien (la cathédrale de Reims, le centre ville d'Artois...), aujourd'hui, ces deux lieux rééquilibrent un peu l'Histoire. » Le village du Mont-Saint-Éloi rappelle, lui, les constructions d'avant-guerre. Le bâti en pierre blanche des maisons se distingue des briques traditionnelles du Nord. Car le village, protégé à l'arrière de la ligne de front, n'a subi que très peu de bombardements, pourtant importants sur la plaine d'Arras. Un patrimoine à visiter sur les traces de la première guerre mondiale.w