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14 années passées en prison pour être finalement innocenté ?

Publié le 18/07/2012 à 00h00

Pour la huitième fois depuis 1945, une condamnation d'assises est sur le point d'être révisée. Après 14 ans de prison, Abderrahim El-Jabri pourrait être blanchi.

14 années passées en prison pour être finalement innocenté ?
Pour la huitième fois depuis 1945, une condamnation d'assises est sur le point d'être révisée. Après 14 ans de prison, Abderrahim El-Jabri pourrait être blanchi.


D'Ostricourt, en liberté conditionnelle, il raconte ses espoirs.
LUCIE TANNEAU > region@nordeclair.fr
Le portrait type d'un mec bien. Abderrahim El-Jabri sert le thé « avant toute discussion » et raconte, minutieusement, quinze années de péripéties judiciaires. Dans la maison de sa mère à Ostricourt où il habite, sa vie s'étale. Lettres d'avocats, notes personnelles et fiches pénales trahissent les heures passées à étudier les arcanes du droit.


Condamné à 20 ans de prison, avec Abdelkader Azzimani, pour un meurtre en 1997, qu'il a toujours nié, Abderrahim El-Jabri pourrait être définitivement innocenté. La Cour de révision des condamnations pénales a en effet récemment accepté de revoir le dossier de l'assassinat de Lunel (Hérault). « Après trois ou quatre cassations et toujours des refus, c'est un soulagement ». Le Marocain d'origine y a pourtant toujours cru. « Depuis le début tout le monde sait que ce n'est pas moi, je savais que ça arriverait. » Depuis mars 2011 surtout, l'opinion mais aussi la justice se retournent en sa faveur après la mise en examen de deux nouveaux suspects, confondus par des traces ADN, sauvées in extremis par une greffière du tribunal.
Les médias dénoncent
un trafic de drogue

Il refuse de s'étendre sur son quotidien de prisonnier et ses « 80 transferts dans toutes les cellules de tous les étages de 17 prisons en France » entre 1998 et 2011. Il devient par contre extrêmement volubile sur les histoires de procédures. « Des personnes qui n'existent pas dans les procès-verbaux, des témoins qui modifient leurs dépositions, des lettres dérobées en prison... » Il voit dans son calvaire judiciaire l'acharnement de tout un système « qui fait bloc et ne reconnaît pas ses erreurs ». Les médias dénoncent un règlement de comptes dans une histoire de trafic de drogue. Lui accuse « les gendarmes », sur qui il a enquêté pendant ses 14 années derrière les barreaux.
Aux origines, il le jure, il était seulement connu pour « un peu de fumette ». « Pas de deal », malgré les 14 mois ferme purgés dans le passé, alors qu'il venait de quitter Ostricourt et le BEP mécanique qu'il préparait à Liévin, pour travailler à Lunel, comme technicien agricole.
« Les enquêteurs doivent s'expliquer »
Aujourd'hui, il jure que « l'histoire n'est pas finie ». Il souhaite être blanchi par la Cour de révision, mais pas seulement.
Il rêve d'un troisième procès (après 2003 et 2004 en appel) pour « que les enquêteurs s'expliquent », même si, il le sait, le juge ne viendra pas. « Il est au Sénégal maintenant et il a "oublié" mon nom et les sept ans de procédure ». Quand il en parle, on sent poindre la rage de ces années perdues à enquêter lui-même sur tous les réseaux possibles du Sud de la France et d'ailleurs. À l'entendre il est devenu meilleur que le détective privé d'Omar Raddad en personne (sa famille a embauché Roger-Marc pour tenter de le disculper), et même que son avocat. « Il me demande des fois où je trouve mes idées .... Vous savez, il y a de tout en prison, y compris des docteurs en droit. »
Espoir d'un nouveau procès
Il rêve aussi de ce nouveau procès, qui pourrait intervenir dans les mois qui viennent, pour sa famille, sa mère, « malade », et ses cousins au Maroc, qui ne l'ont pas toujours cru. Il a appris qu'un journal là-bas, avait publié « un article ». Sa cousine l'a appelé, en pleurs. Enfin.
Malgré les médias qui l'appellent et les « trois documentaires » qui sortiront sur lui à la rentrée, Abderrahim El-Jabri semble mener une vie « normale ». Il s'occupe du courrier d'Ostricourt depuis sa mise en liberté conditionnelle en avril 2011 et devrait bientôt rejoindre les espaces verts de la mairie. L'acquittement lui permettrait donc de quitter le « climat du Nord » pour rejoindre Montpellier, l'Espagne et pourquoi pas le Maroc. Mais la justice ne devrait pas être très loin. Il suit encore deux plaintes. Contre « ceux qui savaient qui était coupable » et « ceux qui savaient que j'étais innocent ».w

Nord Éclair