Un peu plus de cinq jours. C'est le temps qu'il a fallu aux mailles du filet policier européen pour se resserrer autour de Fayçal Mokhtari, suspecté d'être l'auteur de la fusillade à l'arme de guerre du Theatro, et Djelloul Cherifi qui serait le conducteur de la C5 break, dans laquelle ils ont fui juste après leur forfait.
La cavale s'est donc arrêtée net, hier vers 11 h du matin dans une rue de Figueras, en Catalogne, à 25 kilomètres de la frontière franco-espagnole. Depuis la veille, la police locale était sur les dents. Selon le procureur de la République de Lille, Frédéric Fèvre, « la guardia civil nous a fourni un renseignement selon lequel un de leurs informateurs leur avait dit que les deux individus étaient susceptibles de se trouver à Figueras ». Si le patron du parquet lillois indiquait hier qu'il ne connaissait pas les modalités du périple effectué par les deux fuyards, il admet toutefois qu'il « est vraisemblable qu'ils aient cherché à rejoindre l'Afrique du Nord en passant par l'Espagne ». Toujours selon le parquet, à Figueras, les deux auraient d'ailleurs cherché à se procurer des faux papiers d'identité pour effectuer la traversée de la Méditerranée. « L'Espagne a longtemps été un sanctuaire et une base de repli pour le grand banditisme français, soulignait hier une source judiciaire. Ils ont beaucoup investi sur la Costa Brava. On peut supposer qu'ils se sont posés là-bas et qu'ils attendaient une occasion pour rejoindre l'Afrique du Nord. »
Les investigations se poursuivent
Quoi qu'il en soit, il n'en fallait guère plus pour décider la PJ de Lille à dépêcher sur place des enquêteurs au milieu de la nuit de jeudi à vendredi par avion. « Ils sont arrivés à Figueras ce matin (hier), poursuit le parquet. Pratiquement au même moment, la garde civil qui effectuait une patrouille pédestre a repéré les deux individus auteurs présumés de la fusillade. » Cueillis en pleine rue, « pas armés au moment de leur interpellation », Mokhtari, le Tourquennois de 32 ans, et Cherifi, Lommois de 24 ans , venaient de commettre l'erreur que la police judiciaire française savait qu'ils allaient commettre tôt ou tard.
« Ils n'ont pas opposé de résistance », a ajouté Frédéric Fèvre, en saluant au passage « le travail remarquable » et la « coopération exemplaire entre les polices françaises, belges et espagnoles ».
À Lille la semaine prochaine ?
Le travail d'enquête n'est naturellement pas terminé. « Les investigations vont se poursuivre pour comprendre ce qui s'est véritablement passé, ce qui a déchaîné cet accès de violence ». Mais aussi, confirme Frédéric Fèvre, pour « établir d'éventuelles complicités dans la métropole lilloise et sur leur parcours jusqu'à Figueras ».
Sur le plan judiciaire, les deux suspects se trouvaient hier en rétention et devaient, d'après des médias espagnols, être présentés ce samedi à Madrid devant les juges de la Audiencia Nacional qui doit se prononcer sur la recevabilité des mandats d'arrêt décernés par les deux juges d'instruction lillois chargés de l'enquête. « Nous devons maintenant organiser leur retour, probablement dans le courant de la semaine prochaine » , estimait hier Frédéric Fèvre qui reconnaissait que le délai pourrait être un peu plus long au cas où les deux hommes s'opposeraient à leur extradition.
Dimanche après-midi, le parquet de Lille avait ouvert une information judiciaire pour « assassinat », « tentative d'assassinat » et « détention d'armes de guerre de première catégorie ». Si ces qualifications devaient être retenues par les juges d'instruction lillois, l'auteur suspecté de la fusillade encourrait la réclusion criminelle à perpétuité, pour la mort de Sabrina Vasseur, l'employée du Theatro de 25 ans, et Hamza Belaidi, 26 ans, qui sortait de la discothèque au moment du drame. Le hasard et l'opiniâtreté des services de police ont voulu que ce soit au moment où étaient célébrées leurs obsèques que prenne fin la cavale de Mokhtari et Cherifi.