GAËLLE CARON > gaelle.caron@nordeclair.fr
Une ellipse en béton donc, un anneau à l'horizontal, semblable « aux rondes que forment ceux qui se tiennent par la main », commente l'architecte Philippe Prost, lauréat du concours de création du Mémorial de Notre-Dame de Lorette. Ancré dans le sol sur les deux tiers de son périmètre, le monument s'en détache à mesure que le terrain s'incline. « Un porte-à-faux qui est là pour rappeler que rien n'est jamais acquis, que la paix demeure toujours fragile », souligne Yves Le Manner, historien, ancien directeur de La Coupole aujourd'hui chargé du centenaire de la Première Guerre mondiale au conseil régional.
Construit au sommet de la colline de Lorette et à la lisière de la nécropole française sur un terrain de 2,2 hectares cédé par le ministère de la Défense à la Région, le nouveau Mémorial sera, cas unique, sans frontière... Gravés au laser sur des plaques d'acier inoxydables de 3 mètres de hauteur, sans ordre alphabétique, sans distinction de nationalité, de grade ou de religion, les noms de 600 000 soldats venus de tous les continents pour tomber sur le même sol : celui de la Flandre française et de l'Artois. Amis et ennemis d'hier, « les uns mêlés aux autres, dans un même anneau de fraternité », résume Yves Le Maner.
Inauguration prévue
en décembre 2013 Évidemment, établir cette liste internationale des morts de la Première Guerre mondiale dans la région a nécessité un travail de recherche colossal.
Grâce à l'appui du ministère français de la Défense et à la coopération de la commission des cimetières militaires britanniques et de son homologue allemande, le conseil régional est parvenu à recenser 294 000 hommes de tout l'empire britannique (Anglais, Écossais, Irlandais, Gallois, Canadiens, Australiens, Néo-Zélandais, Sud-Africains et Indiens) et 174 000 combattants d'outre-Rhin. « Mais cette liste n'est pas complète car les archives militaires allemandes ont été en partie détruites lors de la Seconde Guerre mondiale », précise Yves Le Maner. Côté français, 105 000 noms sont pour l'heure prêts à être gravés. Mais le travail ne sera véritablement achevé qu'à la fin de l'année, après l'identification de tous les soldats morts d'Afrique occidentale, mais aussi du Portugal, de Belgique, Russie, Roumanie, Pologne et Tchécoslovaquie.
Surveillé par les mêmes caméras thermiques que la nécropole nationale et éclairé en permanence « pour maintenir la vie là où la mort a frappé » , le Mémorial international de Lorette, d'un montant prévisionnel de 6,5 millions d'euros, devrait être inauguré en décembre 2013.w