Dans une instance mondiale, le G20, et non pas dans les cénacles européens, annoncer que les décisions fiscales de la nouvelle majorité française vont être bénéfiques à la Grande-Bretagne et qu'ainsi, ce sont des entreprises françaises qui financeront les services publics britanniques, cela relève de la provocation et d'une approche diplomatique aléatoire.
Certes, les choix fiscaux du Royaume-Uni sont à l'opposé des décisions que le président de la République a défendues tout au long de sa campagne et qu'il va pouvoir mettre en oeuvre maintenant que sa majorité est construite. Certes, la Grande-Bretagne reste le pays le plus attractif en matière d'investissements internationaux. Certes, la France est devenue moins performante en la matière puisqu'elle vient de passer à la troisième place, derrière l'Allemagne. Pour autant, les Britanniques ne connaissent pas une situation économique et sociale florissante. La dette publique est lourde.
L'activité industrielle y est réduite. Et encore disposent-ils, avec la livre sterling, de marges de manoeuvre plus souples que les pays de la zone euro.
Pour n'importe quel gouvernement à Londres, il y a une priorité qui dépasse toutes les autres. Celle-ci se nomme : City. Le maintien à Londres de l'industrie financière, signature de la ville et du pays, est l'alpha et l'oméga de toute politique outre-Manche. Alors que l'ensemble des pays continentaux se bat à la fois pour résorber les effets négatifs de la crise mais aussi pour trouver une issue européenne aux difficultés financières et économiques de l'Europe, la Grande-Bretagne se bat pour le maintien de sa place financière et ce, quel qu'en soit le prix politique pour la construction de l'Europe.
Les gouvernements britanniques successifs n'ont jamais voulu entrer dans la zone euro et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'ils n'ont jamais poussé au renforcement de l'Union. David Cameron vient de nous donner une preuve supplémentaire d'une politique de longue haleine qui ne changera pas, quelle que soit la majorité en place au 10, Downing Street. Aujourd'hui, c'est la France qui est victime d'une mauvaise manière, comme l'est l'Espagne constamment avec l'épineuse affaire de Gibraltar ; demain, ce sera une autre nation du continent.
C'est ainsi ! L'Europe est faite de ces inimitiés tenaces, de ces soubresauts difficiles à gérer, de ces intérêts nationaux difficiles à surpasser. Sa force réside justement dans sa capacité, jour après jour, à dépasser ce qui divise les pays qui composent ce pari politique insensé qu'il faut préserver, coûte que coûte. Même si l'un ou l'autre des membres de la communauté est parfois choqué par une indélicatesse qu'il doit subir avec un flegme tout britannique.w