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Où est le centre ?

Publié le 19/06/2012 à 00h00

François Bayrou a été sèchement battu dans une circonscription qu'il détenait depuis 1986. L'extrême centre qu'il incarne n'a que deux députés dans la nouvelle Assemblée, Jean Lassalle et un nouveau venu, Thierry Robert.

Où est le centre ?
François Bayrou a été sèchement battu dans une circonscription qu'il détenait depuis 1986. L'extrême centre qu'il incarne n'a que deux députés dans la nouvelle Assemblée, Jean Lassalle et un nouveau venu, Thierry Robert.

Treize députés Nouveau Centre ont réussi leur tour de scrutin accompagnés par neuf radicaux. Voilà, au soir du 17 juin à quoi se résume la représentation parlementaire d'une famille politique qui a toujours joué un rôle essentiel depuis 1945. En d'autres termes, le centre est ramené à une peau de chagrin.

Est-ce à dire que le centre, comme famille d'esprit, est en train de s'éteindre doucement ? Est-ce à dire que l'intransigeance de F.
Bayrou à vouloir un centre parfaitement indépendant est une erreur stratégique majeure ? Doit-on penser qu'à s'être fondu dans l'UMP et dans le sarkozysme triomphant, le centre droit a perdu en visibilité au point de disparaître du paysage politique ? Probablement pas, si on considère l'échec du courant Droite populaire - trop proche des valeurs du Front national - aux législatives, où il a laissé sur le bas-côté de la route un élu sur deux.

Alors même que les centristes ou les gaullistes ont mieux résisté à une gauche à qui tout a réussi aux législatives.
Pour autant, le centre est confronté à une situation nouvelle qui l'oblige à redéfinir ses orientations politiques et sa stratégie. On voit bien qu'à vivre trop à l'ombre de la droite de gouvernement ou à refuser toute situation qui obérerait son indépendance, il s'est perdu. Il s'est égaré, au point que nombre d'électeurs de François Hollande ou du PS viennent de cette tradition qui englobe le radicalisme et la démocratie chrétienne. Ils ont préféré une gauche social-démocrate à une droite qui tout au long de la campagne s'est droitisée au point d'être méconnaissable.

Les orientations patiemment construites de François Bayrou sont probablement cohérentes et justes sur le fond. Le Béarnais avait la vision, mais pas la tactique adéquate. Quant au centre qui est resté dans le giron de la droite sans se démarquer suffisamment, si ce n'est lors d'annonces de candidatures présidentielles vite démenties, il a perdu son originalité et sa raison d'être dans le champ politique. C'est entre ces deux écueils qu'il va falloir aux centristes naviguer pour retrouver la place qui leur revient naturellement.

Parti charnière pour la droite, le centre pourrait, comme dans d'autres démocraties européennes, jouer le même rôle pour la gauche de gouvernement. Et par là, devenir nécessaire aux forces politiques qui combattent pour la gestion de l'exécutif. La démocratie a besoin d'une mouvance qui pondère les excès des uns ou des autres. À François Bayrou et aux centristes qui sont encore dans l'appareil législatif de méditer leur échec. Leur courant de pensée continue d'exister dans la société française, s'il ne s'exprime plus politiquement, c'est probablement que les dirigeants ont commis ou commettent une erreur de fond. Il est rare qu'une famille politique disparaisse complètement sans un événement majeur dans la vie d'une nation.w

Nord Éclair