Un petit groupe de retraités attendent, avec leurs valises, à l'arrêt de bus de la place Carnot, dans le centre d'Hénin-Beaumont.
Seraient-ils en train de fuir le tumulte de la ville qui, pendant plus d'un mois avec l'enchaînement de l'élection présidentielle puis des législatives, a vécu quasi non stop sous l'oeil des caméras ? « Pas du tout, lâchent dans un grand éclat de rire deux soeurs aux cheveux blancs. On part simplement quinze jours en séjour à Berck-sur-Mer, à l'Hôtel Régina. Et de toute façon, nous on n'habite pas ici, on est de Dourges. »
Une commune voisine qui, même si elle appartient à la 11e circonscription, n'a pas subi « l'invasion des journalistes ». C'est en tout cas comme ça que l'a ressenti Marie, une jeune mère de famille aujourd'hui soulagée de voir enfin les cars régie des chaînes de télévision quitter les parkings. « Des fois, on ne pouvait même plus stationner ou passer avec la poussette sur les trottoirs, on ne se sentait plus chez nous. » Si la population n'a pas toujours bien vécu cette affluence médiatique, les commerçants s'en sont, pour leur part, frotté les mains. « C'est sûr que ça a été un plus pour nous », concède le patron du Café de Paris, un bar-brasserie idéalement situé entre la salle du Colysée - où le leader du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon, a tenu plusieurs conférences de presse et Marine Le Pen organisé ses soirées électorales - et le QG du Front national. Pour Georges, son homologue de l'Univers, un café situé non loin, pas question de parler recettes mais plutôt de tirer un bilan politique de cette campagne particulièrement rude. « Ça n'a été qu'une bagarre entre candidats. Ils ont oublié les gens qui sont en train de crever de faim ici et qui attendent des solutions concrètes pour l'emploi », martèle-t-il.
Le répit des « petites histoires de La Rochelle »
Si les rues d'Hénin-Beaumont retrouvent peu à peu leur calme, beaucoup savent que la prochaine tempête n'est jamais bien loin. « Dans un premier temps, il y a le recours de Marine Le Pen contre le résultat du 2e tour de dimanche, et après ça, les municipales de 2014 auxquelles on sait déjà que le frontiste Steeve Briois va se présenter mais où on annonce aussi le retour de Gérard Dalongeville. » Ah, l'ancien maire socialiste de la ville, celui par qui tout a commencé. « C'est depuis sa mise en examen qu'on est constamment sous le feu des projecteurs et c'est ce qui a entraîné un peu plus la montée du FN, voilà les deux choses pour lesquelles on est connu à travers toute la France. C'est quand même pas très reluisant », maugrée un badaud.
Un discours qui n'est pas vraiment du goût de Patrice. « Il faut arrêter de nous voir comme des SS ou comme des électeurs désespérés. On peut partager ses idées sans être antisémite pour autant. » Pour certains, Jean-Luc Mélenchon n'a fait que renforcer cette stigmatisation de l'électorat frontiste. « Il s'est présenté soi-disant pour proposer une alternative à l'extrême droite mais il a pas compris qu'ici on peut voter pour Marine Le Pen par adhésion et pas en signe de protestation. » Quoi qu'il en soit, le duel Front contre Front n'a fait qu'alimenter la surenchère médiatique à Hénin-Beaumont. Au point que Raymonde, 72 ans, ne cache pas s'être presque satisfaite des « petites histoires à La Rochelle », entre Ségolène Royal et le candidat socialiste dissident Olivier Falorni, suite au tweet ravageur de Valérie Trierweiler, la première dame de France, durant l'entre-deux-tours des législatives. « Au moins, ça a nous a laissé un peu de répit, on nous a oubliés un peu », sourit-elle.