Rien de moins anodin que cette invitation faite par Nicolas Sarkozy à François Hollande de partager avec lui la cérémonie de la victoire de la démocratie sur le nazisme. Rien de plus républicain que de donner tous les signes d'une normalité de l'alternance.
Dieu que la République peut être belle lorsque les adversaires d'hier rengainent l'épée pour un temps et signalent par ce geste à la Nation que l'essentiel peut les réunir. Ils sont rares ces instants dans la vie d'un pays qui a la tripe politique et qui vénère le conflit, pour bouder le plaisir qu'ils nous procurent. Ce 8 mai 2012 restera comme un moment magique. Hors du temps. Unique et singulier. À savourer car ce qui est à venir sera plutôt rugueux.
La République est un idéal très français, parce qu'elle est née d'un combat qui a duré plus d'un siècle contre la monarchie.
Mais de la monarchie, elle a gardé le goût d'une gestuelle qui donne au pouvoir des attributs, des cérémonies, des repères temporels qui confèrent à son existence une religiosité étrangère aux autres régimes républicains à travers le monde. Le 14 Juillet, le 11 Novembre, le 8 Mai sont à ce compte-là des repères qui font sens. Qui fédèrent. Qui singularisent la France. Qui assurent la continuité de l'État républicain. Souvenons-nous de ces étudiants et lycéens qui le 11 novembre 1940 manifestent et créent le premier acte public de résistance après la défaite de juin.
François Hollande a affirmé tout au long de la campagne qu'il voulait être le Président du rassemblement. Nicolas Sarkozy lui a offert l'occasion - et lui-même en acceptant son invitation - de confronter dans son premier acte public cette volonté. Tout a séparé ces deux hommes depuis des décennies. Leur tempérament. Leur philosophie personnelle. Leur orientation politique. Leur histoire humaine. Seule la République, par sa magie fédératrice, par ses ornements cérémoniels, a été capable de les réunir un instant. Il y a plus grand que les hommes, ce sont les grandes institutions qu'ils ont bâties.