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Sarkozy ou Hollande : une semaine pour trancher

Publié le 29/04/2012 à 00h00

Ils sont copains depuis des années mais ne votent pas pareil. De quoi alimenter les conversations, voire les corser sacrément en période d'élection. À un peu plus d'une semaine du 6 mai, ils se sont retrouvés. Débat animé mais chacun est reparti avec ses convictions...

Sarkozy ou Hollande : une semaine pour trancher
Ils sont copains depuis des années mais ne votent pas pareil. De quoi alimenter les conversations, voire les corser sacrément en période d'élection. À un peu plus d'une semaine du 6 mai, ils se sont retrouvés. Débat animé mais chacun est reparti avec ses convictions...


FLORENCE TRAULLÉ > florence.traulle@nordeclair.fr
Dimanche dernier, Mathieu a organisé sa soirée électorale à domicile. Tartes salées, tartes sucrées et ambiance assurée puisque ce quadragénaire « a des amitiés éclectiques ». Comprenez que sa bande de copains n'est pas monocolore. « Ça vote à droite, au centre, à gauche, un peu à l'extrême gauche mais pas FN. » Cette semaine, tout ce petit monde qui s'est écharpé dimanche dernier devant la télé s'est retrouvé pour un apéro. Nous voulions sonder ces électeurs sur leurs motivations, hésitations, convictions entre les deux tours. Brouhaha garanti dont il est tout de même ressorti un petit paysage politique.
À droite, d'abord, Caroline, contrôleuse de gestion dans une grosse entreprise régionale qui s'enflamme pour son candidat. « Le PS dit que le bilan de Sarkozy est son boulet, mais vous pensez qu'il se serait passé quoi s'il n'avait pas été là pour tenir la barre pendant la crise ? » Bertrand n'attendait que cela pour monter sur ses ergots. Cet informaticien connaît Caroline depuis leurs années de lycée. Ce n'est pas la première fois que les discussions politiques tournent au pugilat : « C'est sûr qu'il a super bien tenu la barre ! T'as vu le déficit creusé depuis cinq ans, le million de chômeurs en plus et Le Pen qui fait un carton, ça tient à quoi d'après toi ? » C'est parti, on ne les arrêtera plus.


Chacun s'en mêle. Arguments contre arguments. « Sarkozy passe son temps à monter les gens les uns contre les autres. Son discours sur les "assistés" est révoltant. L'immense majorité des chômeurs préférerait travailler ! » assène Julien, « le gaucho de la bande » comme il se décrit.

Voter par défaut
Issu d'une famille ouvrière, « pur produit de l'école républicaine », il est graphiste dans une agence de communication de la métropole lilloise. Son candidat, Mélenchon, a été éjecté de la course à l'Élysée, il votera « contre Sarkozy plus que pour Hollande parce que s'il repasse, c'est la casse assurée de notre modèle social ». Caroline engloutit une poignée de cacahuètes, manque de s'étrangler. « C'est pas possible de dire des énormités pareilles ! À chaque élection, c'est la même chose, tu deviens sectaire ! » Une petite voix se fait entendre. Perrine est prof de maths, a voté Bayrou, hésite encore pour la suite. « L'enseignement a trop trinqué depuis quelques années. Le système est devenu encore plus inégalitaire. Sarkozy n'a pas tout à fait tort quand il dit que ce n'est pas qu'une question de nombre d'enseignants mais il est allé trop loin. » Mathieu ressert une tournée de bière et, dans la cuisine, confie que « c'est possible de penser différemment à partir du moment où on est tous des démocrates. Je crois qu'au fond on va tous voter par défaut dimanche prochain. Les pro-Sarko ne sont pas des Sarko-fans, les pro-Hollande ne sont pas super emballés mais n'ont pas le choix pour virer Sarkozy. On ne peut pas dire qu'il y a un fol enthousiasme ».
Un retardataire arrive. Pierre est médecin hospitalier. Il a fait le choix du service public « parce que la meilleure médecine pour tous, sans critère de revenus, c'est quand même un minimum ! » Il se dit bien placé pour « observer que, ces dernières années, l'accès aux soins s'est dégradé pour une partie de la population et c'est inacceptable ». Il dénonce les franchises, les taxes sur les mutuelles, les déremboursements de médicaments « qui ne sont pas tous justifiés alors que l'on continue à favoriser les labos pharmaceutiques qui font des profits énormes. Ce n'est pas digne ».
Dimanche dernier, il a voté Hollande, dimanche prochain rebelote. « Comme beaucoup de médecins autour de moi à l'hôpital alors que, traditionnellement c'était plutôt un milieu de droite mais la réforme de l'hôpital, les dégradations des conditions de travail, ce n'est plus possible. On est arrivés à la limite. » Caroline lève la main, demande la parole dans le brouhaha ambiant : « Le discours de Hollande contre les riches est navrant. Il faut bien des entrepreneurs pour créer de la richesse et la redistribuer, non ? » Perrine fait observer que « le problème, c'est justement la redistribution qui ne fonctionne pas. Les chefs d'entreprise qui font leur boulot, il faut les aider, mais les spéculateurs et les banques qui font n'importe quoi, c'est insupportable ».
L'heure tourne, le débat est loin d'être clos. La soirée apéro vire en dîner improvisé. Mathieu fait chauffer de l'eau pour les spaghettis. « Dimanche, il y aura un battu donc des déçus. Et pour les autres, pas sûr que ce soit la fiesta d'enfer non plus. La présidentielle, c'est une chose. Après, gouverner la France dans le contexte qu'on connaît, ça sera une sacrée paire de manches... »w

Nord Éclair