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François Bayrou, déjà au-delà du premier tour ?

Publié le 19/04/2012 à 00h00

Il appelle au vote utile, lui aussi. Comprendre le vote pour lui ce dimanche. Mais il parle déjà de l'au-delà, promet la fin de la divisiondu centre et plaide pour une vraie culture de l'union nationale.

François Bayrou, déjà au-delà du premier tour ?
Il appelle au vote utile, lui aussi. Comprendre le vote pour lui ce dimanche. Mais il parle déjà de l'au-delà, promet la fin de la divisiondu centre et plaide pour une vraie culture de l'union nationale.

Il appelle à la rescousse les figures tutélaires. Robert Schuman, un des pères de l'Europe. André Diligent, l'ancien maire de Roubaix, bien sûr. « Jusque sur son lit de mort, il me disait : "François, ne lâche rien" », raconte François Bayrou avant d'attaquer bille en tête « l'entente implicite entre le PS et l'UMP » qui « ont décidé qu'on allait supprimer le premier tour et ne conserver que le second ». À défaut de pouvoir se remonter le moral avec les derniers sondages, il se raccroche aux indécis.


Ils seraient 40 % à se tâter encore, évalue-t-il. Une marge de manoeuvre quand il ne reste plus que quelques jours pour tenter de faire mentir les prévisions ?


Le sujet ne semble même plus être là. François Bayrou se place dans l'au-delà, prédisant la reconstruction du « grand courant démocratique dont la France a besoin pour résoudre ses problèmes ». Il l'assure, « le temps de la division s'achève (...) D'où que nous venions, nous allons construire ce grand courant ensemble et plus jamais nous ne laisserons diviser ce qui doit être réuni ».


Le candidat du MoDem qui joue une partie décisive pour son avenir politique dans cette fin de campagne se lance dans un long plaidoyer pour la culture du gouvernement d'union nationale. Un exemple pour convaincre ? L'Italie de l'après-Berlusconi où les trois grandes forces politiques « ont mis pour un moment en veilleuse leurs querelles, leurs batailles ». Et d'appeler à la rescousse la mémoire du général de Gaulle de 1958 et sa « majorité de redressement national qui a relevé le pays en trois ans ». S'il fustige « la conception du pouvoir et les moeurs du PS » qu'il juge « exactement les mêmes que celles que Nicolas Sarkozy et l'UMP ont appliqué pendant cinq ans », François Bayrou puise dans ces courants politiques ses références. Jacques Delors, l'homme politique dont il s'est senti « le plus proche », Michel Rocard, Raymond Barre, Giscard, la famille gaulliste. Des personnalités avec qui il se serait senti capable de créer ce qu'il promet depuis longtemps et qui s'est toujours échoué sur les équations politiques françaises : « La constitution d'un rassemblement réformiste du centre gauche au centre droit, seule chance pour notre pays de sortir des difficultés où il se trouve ». Y croire encore. Malgré la cinquième place annoncée par les sondages.


Malgré ceux qui prédisent qu'il se vendra au plus offrant entre les deux tours et oublient qu'en 2007, il s'est muré dans le silence, laissant ses électeurs à leur propre choix.
Alors, le candidat se fait pédagogue, donne une leçon de commerce extérieur pour comparer les performances de la France, piteuses, et celles de l'Allemagne, glorieuses. Il y a plus excitant, dans un meeting, que le ton professoral et les chiffres mais « ce que je place devant vous, ce ne sont pas des slogans publicitaires, c'est une réflexion de citoyens ». Et l'occasion d'un coup de patte aux « menteurs, truqueurs et illusionnistes.


Il faut les renvoyer chez eux car ils trahissent le peuple que nous sommes ! » Succès assuré devant un public plutôt sage que les développements sur la politique industrielle de l'Allemagne, le projet pour l'école, la moralisation de la vie publique, bref le gros du programme Bayrou ne paraissent pas lasser. Il veut du contenu, Bayrou le lui en offre.
Enfoncé par les machines de guerre UMP et socialiste, Bayrou a retrouvé du mordant ces dernières semaines et cultive les comparaisons cruelles. Il avait rodé celle du jour sur une radio matinale, il l'a offerte en amuse-gueule aux près de 3 000 personnes rassemblées hier soir au Zénith de Lille. Victimes de la soirée : « La cohorte, la procession de responsables politiques qui étaient à gauche et sont passés à droite (ndlr : l'ouverture, version Sarkozy) et qui, quand les sondages fléchissent repassent à gauche ».


Le Béarnais, qui se plaît à cultiver sa ruralité, les rhabille en moutons d'un « troupeau ovin qui, au signal du berger se précipitent vers la nouvelle bergerie que les sondages désignent ». Dimanche soir, François Bayrou saura exactement où la France le place. Il restera quelques jours pour savoir s'il s'est choisi une bergerie. Quel que soit son choix, pas sûr que ses électeurs se conduisent comme des moutons.

Nord Éclair