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Mélenchon vu du PS : même pas peur ?

Publié le 29/03/2012 à 00h00

C'est la version officielle. L'ascension de Jean-Luc Mélenchon, ça serait tout bon pour la famille de gauche. Rien à perdre, tout à gagner. Sauf qu'on est bien placé, au PS, pour savoir que ça pourrait vite se corser. Pas si simple donc.

Mélenchon vu du PS : même pas peur ?
C'est la version officielle. L'ascension de Jean-Luc Mélenchon, ça serait tout bon pour la famille de gauche. Rien à perdre, tout à gagner. Sauf qu'on est bien placé, au PS, pour savoir que ça pourrait vite se corser. Pas si simple donc.

Dans la catégorie « il aurait mieux fait de se taire » : Jérôme Cahuzac, le président socialiste de la commission des finances à l'Assemblée, n'a pas choisi le bon jour mardi pour lancer, à l'adresse de Jean-Luc Mélenchon et ses troupes : « Notre programme est à prendre ou à laisser ». Quelques heures plus tard, en meeting à Lille où, objectivement, il a fait un carton, la réponse de Mélenchon a claqué : « Très bien, on laisse ! » Une de ses sorties les plus applaudies et quelques grincements de dents, après coup, côté socialistes. « Pas vraiment le moment d'allumer ce genre de feux », râle un secrétaire de section qui prédit « des lendemains épiques pour Hollande s'il l'emporte quand il faudra négocier avec ses partenaires du Front de gauche ».


Officiellement, on se félicite de l'ascension de Jean-Luc Mélenchon et de la vague rouge qui a déferlé sur Lille Grand Palais. Gilles Pargneaux, secrétaire du PS dans le Nord, salut « la performance ». Un proche de Martine Aubry : « C'est positif pour la gauche. Mélenchon n'est pas du tout une épine dans le pied des socialistes. Peu de gens hésitent entre lui et Hollande. Le débat politique ne se situe pas là » . Le député socialiste Bernard Roman : « Il est un vrai candidat de gauche. Il n'a à prouver ni sa légitimité ni sa crédibilité ». Belle unanimité pour lui reconnaître, « d'avoir su gagner la confiance des électeurs communistes, du NPA et de Lutte ouvrière, de la gauche radicale », résume Gilles Pargneaux. « Il a capté ceux que nous appelions les gauchistes quand j'étais à l'UNEF », observe un ancien des jeunesses socialistes, bien obligé de reconnaître qu'il y avait énormément de jeunes dans le public mardi soir « mais surtout des jeunes très politisés, déjà d'extrême gauche, plutôt des étudiants ».


Nous en avons rencontré d'autres et beaucoup, n'en déplaise à ce militant qui s'emploie à minimiser les chiffres. « Ils n'étaient pas 23 000 comme le dit le Front de gauche. Ils ont bien mis en scène tout ça, en fermant les portes du hall qui n'était pas plein pour que les gens se retrouvent dehors. Une image qui marque ». Pinaillage de jaloux ? Gilles Pargneaux qui, lui aussi, trouve la mobilisation du Front de gauche surestimée reconnaît tout de même qu'« il se passe quelque chose, bien sûr ».


Mélenchon « fait le job » avec son combat frontal contre le Front national, nul ne lui conteste le rôle : « S'il y a autant de tensions entre lui et Marine Le Pen, c'est parce qu'il va rechercher le vote ouvrier protestataire qui s'était déplacé sur le FN. Le vote des désespérés » , analyse Bertrand Roman, bien conscient du risque derrière : « Il ne faut pas décevoir les gens désespérés. C'est toujours dangereux les retours de manivelle ».


Car s'ils disent n'avoir aucun doute sur le fait que Mélenchon appellera à voter Hollande au second tour si c'est le scénario qui sort des urnes le 22 avril au soir, « son ascension change la donne, d'autant qu'on ne l'avait pas prévu ainsi », observe une militante lilloise. Juste un exemple : réclamer le Smic à 1 700 euros d'un coup, c'est la garantie de faire un tabac face à une foule où le rouge domine mais cela promet, en cas d'élection du candidat socialiste, un début juillet épineux. C'est la période où on négocie l'augmentation du Smic et si le Front de gauche réalise la performance que prédisent les sondages, il « faudra un sacré sens de la négociation pour ne pas aller immédiatement au clash », s'inquiète un élu socialiste.

« Pas responsable »

Le PS sera confronté à son éternelle équation depuis plusieurs décennies : faire le lien entre la « droite de la gauche » et la « gauche de la gauche », sachant que jamais l'écart entre ces deux ailes n'a peut-être été aussi grand. Un fossé impossible à combler ? Pour ce militant de toujours, « Mélenchon vient nous tailler des croupières sur notre aile gauche. Nos leaders se rassurent à bon compte en disant qu'il ne nous pique pas de voix ou de façon marginale. Moi, je constate qu'il séduit aussi chez les militants PS ou parmi nos électeurs naturels ».


Avec un discours qui « n'est pas responsable », lâchent en aparté des élus socialistes. Officiellement, Mélenchon, c'est tout bon pour la gauche. Officieusement, on plante quelques banderilles dans le dos d'un Mélenchon que le PS « aurait mieux fait de ne pas le laisser filer. Dedans, il pouvait être encombrant, dehors, il est devenu incontrôlable ». Trop tard pour le regretter.
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Nord Éclair