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Petites librairies, grande passion mais aussi grosses inquiétudes

Publié le 15/02/2012 à 00h00

Concurrencées par les géants du genre et les ventes sur Internet, elles s'inquiètent de la hausse de la TVA sur les livres.

Petites librairies, grande passion mais aussi grosses inquiétudes
Concurrencées par les géants du genre et les ventes sur Internet, elles s'inquiètent de la hausse de la TVA sur les livres.


Samedi, les librairies indépendantes vont mobiliser leurs clients. Comme chez Émily Vanhée, aux Lisières à Roubaix. Une amoureuse des livres.
FLORENCE TRAULLÉ > florence.traulle@nordeclair.fr
Elle a toujours voulu « travailler dans le livre ». Des études d'histoire pour se diriger dans le monde des archives, puis un virage car elle « voulait être dans quelque chose de plus vivant ». Études à Grenoble, un premier boulot à la librairie Les Quatre Chemins à Lille, spécialisée dans les polars et la science fiction et, il y a cinq ans, Émily Vanhée arrive à Roubaix. Les Lisières ont ouvert en 1996. Un pari fou à l'époque dans un centre-ville en pleins travaux où les petits commerces s'échinaient à surnager dans le marasme. La librairie a fermé un temps, puis rouvert avant d'être reprise par la propriétaire d'une autre librairie indépendante à Lille, VO. En juillet dernier, Émily Vanhée fait le grand saut. Aujourd'hui, les Lisières, c'est elle. 12 000 références et, bien sûr, « impossible de tout lire, il me faudrait dix vies ! Mais je choisis tous les livres que je rentre ». Émily connaît sa clientèle, sait quels éditeurs marchent bien auprès de ceux qui franchissent la porte des Lisières. Avec Actes Sud et Gallimard, elle prend rarement des risques. « On me demande aussi beaucoup d'essais, de livres politiques, sur l'écologie ».



Une clientèle de fidèles
Influence du passé textile de la ville ? Les ouvrages de couture ont la cote. Si la créatrice des Lisières avait un penchant très avoué pour la poésie, Émily Vanhée a développé la littérature jeunesse et la BD et sollicite beaucoup l'avis de ses clients « qui lisent énormément » . Une clientèle de « fidèles, des militants de la librairie indépendante qui préfèrent commander un livre ici que l'avoir tout de suite ailleurs ». Ici, on vient autant chercher un livre qu'un conseil. « J'essaie de déterminer ce que la personne veut vraiment, et ce n'est d'ailleurs pas toujours ce qu'elle demande. C'est une question de feeling », reconnaît la jeune femme pour qui « pouvoir vraiment parler bouquins, avoir un vrai rapport avec les clients, c'est le coeur de notre métier ».
Un métier menacé ? Les librairies indépendantes ont trinqué ces dernières années. Ici, quand le Furet du Nord a ouvert à 200 mètres des Lisières, le coup fut rude pour l'ancienne propriétaire. Les grandes surfaces culturelles ont, progressivement, grignoté le terrain, jusqu'à dépasser les libraires et le développement des ventes en ligne n'a rien arrangé (2 % du marché en 2002, 12 % aujourd'hui).
Aussi, quand en décembre dernier, le Parlement a adopté la loi de finances rectificatives qui prévoit une hausse du taux réduit de TVA de 5,5 % à 7 % sur les livres, le petit monde de la librairie indépendante a pris la nouvelle comme une claque.
Secrétaire de l'association des libraires indépendants du Nord Pas-de-Calais, Émily Vanhée est persuadée que « ce n'est pas le livre qui va sauver les fins de mois du Trésor... ». Au Syndicat national de l'édition, on évalue à une soixantaine de millions d'euros ce que cela rapportera. « Les grosses maisons d'édition vont sans doute nous vendre leurs livres plus cher, pour les plus petites, c'est le libraire qui va devoir rogner sur sa marge », prédit Émily Vanhée. Il faudra changer l'étiquetage de tous les stocks, remettre à jour les données informatiques, un boulot de romain. Samedi, comme les autres éditeurs de l'association, la vitrine d'Émily Vanhée sera celle de la contestation. Ceux qui défendent les petites maisons d'édition, le livre comme un bien de première nécessité et la diversité culturelle comme une exigence préviennent : « Les libraires se condamnent déjà à l'ascèse pour remplir leur mission d'intérêt public. Ils ne pourront raisonnablement aller au-delà ».
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