Vous êtes ici : Accueil > Actualités de la région

LILLE

L'« affaire » des noyés de la Deûle, un an après

Le corps de Thomas Ducroo a été repêché le 23 février 2011. Ph. Ludo Maillard Le corps de Thomas Ducroo a été repêché le 23 février 2011. Ph. Ludo Maillard

Il y a un an, on repêchait successivement les corps de deux jeunes Lillois, Thomas Ducroo et Jean-Mériadec Le Tarnec. Éclatait alors « l'affaire de la Deûle ». Qu'en reste-t-il ?


Ce qui est sûr, c'est qu'il en reste des traces de ces noyades. Il suffit qu'un jeune homme disparaisse à Lille ou aux alentours pour qu'on prédise qu'il sera retrouvé dans la Deûle... « Et pourtant, soupire le procureur de la République Frédéric Fèvre, on me disait que la disparition de Simon Cordier (disparu fin décembre, ndlr) était l'oeuvre du "pousseur". Mais c'est enterré dans un jardin qu'on l'a retrouvé... » Ce qui est sûr, c'est qu'on en parle toujours aujourd'hui. Et pas que dans la métropole lilloise. Récemment encore, des médias nationaux - TF1, Canal +, L'Express - ont consacré des reportages à cette série de noyades. Forcément, elle a de quoi faire les choux gras des journalistes.


C'est avec la disparition de Jean-Mériadec Le Tarnec, le 20 février 2011, que « l'affaire » éclate réellement. Immédiatement, la presse, autant que les riverains, fait le rapprochement avec deux autres disparitions, celle de John Ani en octobre, retrouvé sans vie dans la Deûle, et celle de Thomas Ducroo.
Trois hommes, jeunes, Lillois, qui venaient de faire la fête à Lille... Troublant, non ? Martine Aubry elle-même avait reconnu que cette histoire n'était pas « très claire ». Les disparitions de Lloyd Andrieu puis d'Hervé Rybarczyk, repêchés eux aussi dans la Deûle, n'ont pas arrangé les choses.

Presque classé...

Un an après, aucun dossier n'est classé. Toutefois, le procureur a indiqué que celui regroupant les trois premières disparitions pourrait l'être prochainement (lire ci-contre). Le parquet de Lille n'a pas changé son discours : pour ces trois cas et pour Lloyd Andrieu, « nous en sommes au même point qu'avant : aucune trace de violence, aucun témoin, aucun élément ne permet de dire qu'il s'agit de faits criminels ». La thèse du suicide ou de l'accident est largement privilégiée. Concernant Hervé Rybarczyk, l'enquête, confiée à la Sûreté du Nord, a conclu « avec une quasi-certitude à un suicide », ajoute le procureur.


Alors à défaut d'arrêter un pousseur, les autorités ont imaginé d'autres mesures pour prévenir les noyades. Pressées, il faut le dire, par une pétition rassemblant des milliers de signatures pour aménager la Deûle, elles ont décidé - non sans difficultés - de mettre en place une ligne de vie le long du canal. Pendant quinze jours au mois d'octobre, elles ont envoyé des brigades de CRS patrouiller chaque nuit à bord de canots pneumatiques et une autre le soir du Nouvel An. Elles ont aussi annoncé un renforcement des contrôles dans les bars, une lutte contre l'alcoolisation excessive des jeunes...

La faute à l'alcool


L'alcool, les stupéfiants : c'est une autre donnée commune à chaque victime. On a les chiffres précis : 2,21 g par litre de sang pour John Ani, avec des traces de cannabis. 1,85 g pour Thomas Ducroo, avec traces de cannabis et de cocaïne. On sait aujourd'hui que le jeune homme a été déposé le long de la Deûle par les copains qui l'accompagnaient : il avait vomi dans la voiture, ils lui ont demandé de sortir.
On continue : environ 2 g pour Jean-Mériadec Le Tarnec. Quelques jours avant le drame, l'étudiant aurait passé une nuit à la gare Lille Flandres, tellement ivre qu'il était incapable de retrouver son chemin. Pour Lloyd Andrieu, 1,81 g et des traces de cannabis : lui est certainement décédé par hydrocution.


Quant à Hervé Rybarczyk, il n'avait « que » 0,23 g. Mais de la méthadone, de la morphine, des amphétamines et de l'héroïne en quantités mortelles , assure aujourd'hui le procureur. Accident ou pas, tous ces hommes, avant de mourir, étaient dans un état très vulnérable.

Les riverains racontent les bords de Deûle, la nuit tombée

La Deûle, ils l'ont sous les yeux jour et nuit. Depuis leur appartement, leur péniche ou leur caravane, ils peuvent voir ce qui se passe le long du canal. Et ces riverains ont à peu près les mêmes réponses : la nuit, il ne se passe pas grand-chose...En fait, les riverains n'ont pas grand-chose à dire. Ils n'ont jamais vu de pousseur, de gens bizarres, de choses étranges. N'en déplaise aux rumeurs. Prenons Renée, par exemple : le balcon de son appartement donne pile sur l'Esplanade. Mais voilà, la nuit, Renée dort !De toute façon, « le soir, c'est plus ou moins désert, raconte-t-elle. Quelquefois, on entend des gens crier, mais on ne se lève pas pour regarder ce qui se passe ». Deux étages plus haut, Nicole est encore mieux placée : une vue imprenable sur les quais. En plus, elle se couche « très tard ». Alors, la Deûle le soir, c'est comment ? « Depuis 15 ans qu'on est là, on voit un peu de voitures qui tournent sur le parking de l'Esplanade, mais moins qu'avant (le parking est réputé pour être un lieu de rencontres la nuit, ndlr). Le jeudi, on entend souvent les étudiants de la Catho chahuter, mais dans l'ensemble ça reste calme ». Même constat chez Éric, qui vit depuis quelques mois dans une caravane sur les quais : « C'est quasi désert, mal éclairé, assez glauque ».Jusqu'au soir, précise Francis, la Deûle est aux joggeurs et aux promeneurs. « La nuit tombée, on entend les étudiants qui rentrent de boîte le jeudi ou le vendredi, et ça reste un lieu de rencontres homosexuelles. Et puis au petit matin, les seules personnes qu'on voit, ce sont les pêcheurs » .wM.GO.

Avant de classer l'affaire, le procureur va proposer aux familles de le rencontrer

Le procureur de Lille a annoncé hier qu'avant de classer les enquêtes sur la mort de John Ani, Thomas Ducroo et Jean-Mériadec Le Tarnec, il proposerait aux familles de le rencontrer. Aujourd'hui, celles-ci réclament toujours « la vérité ».Frédéric Fèvre, procureur de la République, a expliqué qu'il avait reçu cette semaine le dossier sur les trois premières noyades, celles de John Ani, de Thomas Ducroo et de Jean-Mériadec Le Tarnec : « Il est désormais en cours d'analyse au parquet. Nous nous assurons que l'enquête (confiée à la police judiciaire de Lille, ndlr) est complète », avant de la classer. En février 2011, au moment des disparitions de Thomas Ducroo puis de Jean-Mériadec Le Tarnec, le procureur avait en effet décidé de confier l'enquête à la brigade criminelle de la PJ de Lille. Il y a quelques mois déjà, une source policière confiait que certes, le dossier n'était pas classé « officiellement », mais que les enquêteurs ne travaillaient plus dessus : ils avaient fait le tour des investigations.Le parquet devrait décider ces prochains jours si l'enquête sur ces trois noyades peut, ou non, être classée. « Une fois que j'aurai analysé l'acte de procédure, a précisé Frédéric Fèvre, je proposerai aux familles de me rencontrer pour leur expliquer le contenu du dossier et les écouter ». Une démarche nécessaire, car les familles peinent à tourner la page. La mère de Lloyd Andrieu, « en colère » d'avoir si peu d'informations sur la mort de son fils et de ne pas avoir pu voir son corps, pense prendre un avocat : « Avant Noël, la PJ m'a appelée pour dire qu'elle allait clore l'enquête. Mais moi je ne peux pas faire mon deuil, parce que je n'ai pas de réponses ». Céline Lecointe, la compagne de Thomas Ducroo, se souvient que « pour la police, c'était une enquête comme une autre. Nous n'avons eu aucun soutien psychologique.Au départ même, elle ne me croyait pas. Elle m'a dit : "Votre copain est parti, il en avait marre de vous" ». La jeune femme essaie aujourd'hui de faire son deuil, mais reste convaincue que « la mort de Thomas n'est pas un accident : c'est criminel. Seulement, seule la police peut le prouver ». Joe Anderson, le frère de John Ani, a quant à lui pris un avocat : « Je veux empêcher qu'ils classent l'affaire » , répète-t-il. Lui regrette « que la police ne parle pas, qu'on n'ait pas d'interlocuteur, qu'on ne soit pas informé ». Sans préciser de calendrier, le procureur a promis d'apporter des réponses prochainement : « Je ne suis pas fermé, a-t-il ajouté. Et si les familles demandent de nouvelles vérifications par la police, et que je les juge justifiées, j'accepterai ».wM.GO.


À lire aussi

Réagir à l'article

Tous les champs sont obligatoires.

Pas encore inscrit ?

Vos réactions

1lillois
Un an après….mais là ou tout commence.
Citation:
« L'alcool, les stupéfiants : c'est une autre donnée commune à chaque victime »
En matière de consommation d’alcool, et de drogues la charte de la vie nocturne est toujours en application, avec ses horaires dérogatoires, favorisant ainsi l’ouverture de nouveaux établissements de nuit. On a même entendu des représentants de la municipalité sponsoriser, et qualifier, un patron de discothèque hors des clous, de «professionnel ».
Pire, la situation a même évoluée pour favoriser une plus grande consommation d’alcool, qu’il y a un an. En effet le tribunal administratif a statué récemment sur le fait d’étendre le régime des horaires dérogatoires à tous ceux qui le demandent, au prétexte de l’équité. Le régime est donc pour l’instant « étendu » à toute la ville de Lille…..On imagine les conséquences pour les consommateurs de ces produits, mais aussi pour les habitants qui en subissent les effets secondaires en matière de nuisances, d’incivilités, d’insécurité. C'est en tout cas, ce qui est observés par tous ceux qui habitent dans l'enfer des zones festives, là ou tout commence.
Citation:
"Accident ou pas, tous ces hommes, avant de mourir, étaient dans un état très vulnérable".
Malheureusement, aujourd'hui encore, ils le sont toujours, car rien n'a changé.
http://www.nordeclai...-la-ville.shtml
http://www.lavoixdun...iscothequ.shtml

Signaler un abus

Odeladeule
Drôles de copains (?) qui abandonnent un des leurs la nuit sur l'esplanade en l'ejectant de leur vehicule.
On a une description précises des pousseurs : la bouteille et les jolis petits cachets qui font passer une bonne soirée. Voilà les fêtards étudiants prévenus.
Il est invraisemblable qu'un pousseur ait passé des nuits et des nuits glaciales à l'exterieur pour pousser à l'eau un fêtard qui se debat 3 fois de suite lorsque l'occasion se presente.
Il n'y a aucune raison de critiquer le travail de la police qui a mis un monde fou sur ces accidents et sur ce qui apparaît comme un suicide. Même si ça ne fait pas plaisir aux proches. En tout cas, la musique n'adoucit pas les moeurs parce que le dernier noyé semble très chargé lui aussi en produits stupefiants, ce que font souvent les suicidaires.

Signaler un abus

Hermione
C'est étrange, je ne savais pas que les gens avaient commencé à faire des soirées arrosées à Lille il y a seulement 2 ans! Ni que la Deûle n'existait à Lille que depuis 2 ans!
Ou alors, c'est que depuis 2 ans, il y a dû y avoir une migration de sirènes qui attirent les hommes vers l'eau...
Par ailleurs, balancer les chiffres de ce que les victimes avaient dans le sang en public, je trouve que c'est comme une belle insulte cinglante en pleine face pour les proches des victimes.
"VICTIMES", ces hommes sont des VICTIMES, il faut arrêter de les voir comme des "méchants" qui ont été punis parce qu'ils avaient consommé de l'alcool ou des stupéfiants.
Mon avis est qu'il est plus simple pour les autorités d'affirmer "c'est de la faute à l'alcool et aux stupéfiants" que d'avouer qu'ils n'ont aucune piste et qu'elles craignent d'alerter la population en dévoilant l'hypothèse d'un "pousseur".
Je suis outrée.
Sincères condoléances aux proches des victimes, sachez que beaucoup de personnes vous soutiennent.

Signaler un abus

ecoeure
Seules les proches des victimes sont en mesure "d'y croire ou pas". Par respect pour les victimes et leurs proches, évitez d'inciter les lecteurs à ces spéculations de comptoir. Merci.

Signaler un abus

vampirellaaa2000
Depuis quand la police et les journalistes travaillent selon qu'ils croient ou non en une affaire ?

Signaler un abus

MonaS
[ce commentaire a été modifié]
<br/> 2* Laissez le soin à leur famille et à leurs proches de juger si l'hypothèse criminelle est crédible.
<br/> 3* Ces affaires ne devraient pas être classées tant que le familles et proches n'auront pas eu les réponses à leurs questions ...et c'est loin d'être le cas !

Signaler un abus

lorenzo
...

Signaler un abus

lorenzo
Bonjour ,Dans votre article vous n'abordez pas d'autres "affaires" qui restent non élucidé, quand elle ne sont pas classées comme "suicides "ou" accidents.
Je ne parlerai pas des noyés de la Deûles qui ont eu droit a un traitement quasi-identique de la part des autorités:
Absences de traitement de fond des dossiers.
En premier lieux absence du traitement fondamentale : La victimologie.
Souvent ont préfère aller au plus simple dans la gestion d'un fait divers qui sont autant de drame pour les familles qu'ont n'hésite pas à casser avec des supositions farfelues ,voir bléssantes. ( Voir les suppositions faite à la compagne de M.Ducroo...)
Je ne parlerai pas des cas des 7 noyades connues à Nantes qui ont eu un traitement identique pour ne pas dire "jumeaux" aux 6 noyades de Lille .
Je develloperai le sujet là ou vous n'etez pas aller:
Par exemples::
Jonathan Carbon noyà Begues le 22/04/2009
D'arnaud kubbirga noyé au Havres le 12/03/10
De Thomas Roignant noyé à Plouénan le 02/04/10
De Romain Clerc noyé à Berfot le 28/06/10
D'Anthony Carteton noyé à Bellort le 09/12/10
de François Thillman noyé à Ivry/seine le 10/12/10
De Benoit Contessi noyé en moselle 18/12/10
D'Eric Zweifel noyé à Hoheiem le 30/12/2010
D'antoine Brahy à Metz/Mortange le 01/01/11
Sam Haîkel noyé a Strasbourg le 07/01/11
Mathieu Gallo noyé à Vannes le 13/04/11
Le décompte macabre est à 17 noyés dans un axe geographique précis, sans parlé des noyades qui ne sont identifié à ce jour.
Alors quelles corrélations avec tout ces drames tragiques cité ci-dessus et les noyés de Nantes et Lille?
1) L'eau, les centres ville et la présence de jeunes n'est pas spécialement un cocktails explosif en matière de noyade, sinon ils seraient pléthorique de Dunkerques à Nices pendant les périodes estivales et ne toucherai pas que des hommes qui ont exactement entre 19 et 45 ans habitants à l'ouest à l'Est et au Nord de la France. .
Pourqoui pas des plus jeunes (moins de 18 ans) et pourquoi pas plus agés (plus de 45 ans) pendant cette même période et pourquoi pas des femmes?
alors ns la réalité les noyades accidentelles touchent tout les ages et tout les lieu et tout les sexes.
2) Les faits sont trop nombreux pour être stastisiquement le resultat uniquement d'accident ou de suicides.
3) Si les victimes sont décédés de la mème façon, les circonstances juste avant les décés restent flou, fautes, apparament, d'enquêtes approfondies. .
4) Géographiquement ont constate un axe Ouest /Est/Nord qui créer une unité de lieux, de circonstances et d'événements mais aussi une unité dans le temps.
Les noyade ont lieux entre septembre et juin. (jamais en juillet et aout).
Il ne semble pas que les enquêtes est etaient reliés entre elles pour rechercher des points communs .
5) Dans cet axe Ouest/Est/Nord, d'années en années les noyades étranges sont de plus en plus nombreuse.
6)Le rythme des noyades durant les mois entre septembre et juin sont métronomique une noyade voir deux toutes les huit semaines.
Le rythme imprimé aux disparitions et leurs nombres croissant est trés évocateur d'une intervention extérieur .
Pire pour peu que l'ont s'intèrésse au rythme des phases lunaires, ont trouve un nouveau point commun avec tout les noyades à savoir les nuits sans lune et les nuit de pleine lune.
L'ensemble de ces éléments ont été lu dans les articles des grands journaux nationaux par un simple citoyen.
.
Rien ne viens contredire qu'il puisse s'agir d'un tueur en série, cette idée n''est pas plus absurde que de marteler qu 'il s'agit d' accidents ou des suicides.
La ou les vérités ne seront jamais connues fautes d'investissement ou d'une reprise complète des évenements par un bon enquêteur.
Le cas de Mathieu Gallo reste le plus évocateur puisqu'il s'est littéralement volatilisé alors qu'il été en compagnie de ses amis.
il a été quelque peu distancé et le temps que ses amis s'en apperçoivent, il avait disparu pour aller se noyé de quelque manière que ce soit...

Signaler un abus


Toutes les réactions

Infos locales

Dessin du jour

Cocorico "Cocorico"

Cinéma

Le dimanche à Cannes, c'est le jour des drames... Le dimanche à Cannes, c'est le jour des drames...

Hier entraient en compétition Michael Haneke et Tomas Vinterberg. Le premier Palme d'or en 2009 pour Le ruban blanc, le second Prix du jury en 1998 pour Festen. Des habitués, qui ont frappé très très fort.

les lecteurs
  • Note actuelle 2.67/4

Les autres sorties

Sur la route de celluloïde

Toujours à l'affiche

Restos

 Les meilleures recettes de nos chefs Les meilleures recettes de nos chefs

Les jeunes chefs de l'Athénée (B.) nous ont livré quelques-uns de leurs secrets : voici pour vous les recettes des meilleurs plats de fête qui ont bousculé nos papilles. A vos fourneaux!

Les autres restos...