L'« affaire » des noyés de la Deûle, un an après
Publié le vendredi 03 février 2012 à 06h00 - MARIE GOUDESEUNE > marie.goudeseune@nordeclair.fr
Il y a un an, on repêchait successivement les corps de deux jeunes Lillois, Thomas Ducroo et Jean-Mériadec Le Tarnec. Éclatait alors « l'affaire de la Deûle ». Qu'en reste-t-il ?
Ce qui est sûr, c'est qu'il en reste des traces de ces noyades. Il suffit qu'un jeune homme disparaisse à Lille ou aux alentours pour qu'on prédise qu'il sera retrouvé dans la Deûle... « Et pourtant, soupire le procureur de la République Frédéric Fèvre, on me disait que la disparition de Simon Cordier (disparu fin décembre, ndlr) était l'oeuvre du "pousseur". Mais c'est enterré dans un jardin qu'on l'a retrouvé... » Ce qui est sûr, c'est qu'on en parle toujours aujourd'hui. Et pas que dans la métropole lilloise. Récemment encore, des médias nationaux - TF1, Canal +, L'Express - ont consacré des reportages à cette série de noyades. Forcément, elle a de quoi faire les choux gras des journalistes.
C'est avec la disparition de Jean-Mériadec Le Tarnec, le 20 février 2011, que « l'affaire » éclate réellement. Immédiatement, la presse, autant que les riverains, fait le rapprochement avec deux autres disparitions, celle de John Ani en octobre, retrouvé sans vie dans la Deûle, et celle de Thomas Ducroo.
Trois hommes, jeunes, Lillois, qui venaient de faire la fête à Lille... Troublant, non ? Martine Aubry elle-même avait reconnu que cette histoire n'était pas « très claire ». Les disparitions de Lloyd Andrieu puis d'Hervé Rybarczyk, repêchés eux aussi dans la Deûle, n'ont pas arrangé les choses.
Presque classé...
Un an après, aucun dossier n'est classé. Toutefois, le procureur a indiqué que celui regroupant les trois premières disparitions pourrait l'être prochainement (lire ci-contre). Le parquet de Lille n'a pas changé son discours : pour ces trois cas et pour Lloyd Andrieu, « nous en sommes au même point qu'avant : aucune trace de violence, aucun témoin, aucun élément ne permet de dire qu'il s'agit de faits criminels ». La thèse du suicide ou de l'accident est largement privilégiée. Concernant Hervé Rybarczyk, l'enquête, confiée à la Sûreté du Nord, a conclu « avec une quasi-certitude à un suicide », ajoute le procureur.
Alors à défaut d'arrêter un pousseur, les autorités ont imaginé d'autres mesures pour prévenir les noyades. Pressées, il faut le dire, par une pétition rassemblant des milliers de signatures pour aménager la Deûle, elles ont décidé - non sans difficultés - de mettre en place une ligne de vie le long du canal. Pendant quinze jours au mois d'octobre, elles ont envoyé des brigades de CRS patrouiller chaque nuit à bord de canots pneumatiques et une autre le soir du Nouvel An. Elles ont aussi annoncé un renforcement des contrôles dans les bars, une lutte contre l'alcoolisation excessive des jeunes...
La faute à l'alcool
L'alcool, les stupéfiants : c'est une autre donnée commune à chaque victime. On a les chiffres précis : 2,21 g par litre de sang pour John Ani, avec des traces de cannabis. 1,85 g pour Thomas Ducroo, avec traces de cannabis et de cocaïne. On sait aujourd'hui que le jeune homme a été déposé le long de la Deûle par les copains qui l'accompagnaient : il avait vomi dans la voiture, ils lui ont demandé de sortir.
On continue : environ 2 g pour Jean-Mériadec Le Tarnec. Quelques jours avant le drame, l'étudiant aurait passé une nuit à la gare Lille Flandres, tellement ivre qu'il était incapable de retrouver son chemin. Pour Lloyd Andrieu, 1,81 g et des traces de cannabis : lui est certainement décédé par hydrocution.
Quant à Hervé Rybarczyk, il n'avait « que » 0,23 g. Mais de la méthadone, de la morphine, des amphétamines et de l'héroïne en quantités mortelles , assure aujourd'hui le procureur. Accident ou pas, tous ces hommes, avant de mourir, étaient dans un état très vulnérable.
La Deûle, ils l'ont sous les yeux jour et nuit. Depuis leur appartement, leur péniche ou leur caravane, ils peuvent voir ce qui se passe le long du canal. Et ces riverains ont à peu près les mêmes réponses : la nuit, il ne se passe pas grand-chose...En fait, les riverains n'ont pas grand-chose à dire. Ils n'ont jamais vu de pousseur, de gens bizarres, de choses étranges. N'en déplaise aux rumeurs. Prenons Renée, par exemple : le balcon de son appartement donne pile sur l'Esplanade. Mais voilà, la nuit, Renée dort !De toute façon, « le soir, c'est plus ou moins désert, raconte-t-elle. Quelquefois, on entend des gens crier, mais on ne se lève pas pour regarder ce qui se passe ». Deux étages plus haut, Nicole est encore mieux placée : une vue imprenable sur les quais. En plus, elle se couche « très tard ». Alors, la Deûle le soir, c'est comment ? « Depuis 15 ans qu'on est là, on voit un peu de voitures qui tournent sur le parking de l'Esplanade, mais moins qu'avant (le parking est réputé pour être un lieu de rencontres la nuit, ndlr). Le jeudi, on entend souvent les étudiants de la Catho chahuter, mais dans l'ensemble ça reste calme ». Même constat chez Éric, qui vit depuis quelques mois dans une caravane sur les quais : « C'est quasi désert, mal éclairé, assez glauque ».Jusqu'au soir, précise Francis, la Deûle est aux joggeurs et aux promeneurs. « La nuit tombée, on entend les étudiants qui rentrent de boîte le jeudi ou le vendredi, et ça reste un lieu de rencontres homosexuelles. Et puis au petit matin, les seules personnes qu'on voit, ce sont les pêcheurs » .wM.GO.
Le procureur de Lille a annoncé hier qu'avant de classer les enquêtes sur la mort de John Ani, Thomas Ducroo et Jean-Mériadec Le Tarnec, il proposerait aux familles de le rencontrer. Aujourd'hui, celles-ci réclament toujours « la vérité ».Frédéric Fèvre, procureur de la République, a expliqué qu'il avait reçu cette semaine le dossier sur les trois premières noyades, celles de John Ani, de Thomas Ducroo et de Jean-Mériadec Le Tarnec : « Il est désormais en cours d'analyse au parquet. Nous nous assurons que l'enquête (confiée à la police judiciaire de Lille, ndlr) est complète », avant de la classer. En février 2011, au moment des disparitions de Thomas Ducroo puis de Jean-Mériadec Le Tarnec, le procureur avait en effet décidé de confier l'enquête à la brigade criminelle de la PJ de Lille. Il y a quelques mois déjà, une source policière confiait que certes, le dossier n'était pas classé « officiellement », mais que les enquêteurs ne travaillaient plus dessus : ils avaient fait le tour des investigations.Le parquet devrait décider ces prochains jours si l'enquête sur ces trois noyades peut, ou non, être classée. « Une fois que j'aurai analysé l'acte de procédure, a précisé Frédéric Fèvre, je proposerai aux familles de me rencontrer pour leur expliquer le contenu du dossier et les écouter ». Une démarche nécessaire, car les familles peinent à tourner la page. La mère de Lloyd Andrieu, « en colère » d'avoir si peu d'informations sur la mort de son fils et de ne pas avoir pu voir son corps, pense prendre un avocat : « Avant Noël, la PJ m'a appelée pour dire qu'elle allait clore l'enquête. Mais moi je ne peux pas faire mon deuil, parce que je n'ai pas de réponses ». Céline Lecointe, la compagne de Thomas Ducroo, se souvient que « pour la police, c'était une enquête comme une autre. Nous n'avons eu aucun soutien psychologique.Au départ même, elle ne me croyait pas. Elle m'a dit : "Votre copain est parti, il en avait marre de vous" ». La jeune femme essaie aujourd'hui de faire son deuil, mais reste convaincue que « la mort de Thomas n'est pas un accident : c'est criminel. Seulement, seule la police peut le prouver ». Joe Anderson, le frère de John Ani, a quant à lui pris un avocat : « Je veux empêcher qu'ils classent l'affaire » , répète-t-il. Lui regrette « que la police ne parle pas, qu'on n'ait pas d'interlocuteur, qu'on ne soit pas informé ». Sans préciser de calendrier, le procureur a promis d'apporter des réponses prochainement : « Je ne suis pas fermé, a-t-il ajouté. Et si les familles demandent de nouvelles vérifications par la police, et que je les juge justifiées, j'accepterai ».wM.GO.



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contribuable : il n'y a pas de multimillionnaire au PS comme dans...
Max : y-a-t-il un rapport avec...TIR(Slimane)...?
Odeladeule : Il va bien falloir qu'un jour un journaliste pose la question...
QUID : Après tout si MELANCHON bat le FN ... la défaite...