Survivre dans le froid, un défi pour les sans-abri
Publié le jeudi 02 février 2012 à 06h00 - HEDWIGE HORNOY > region@nordeclair.fr
Chaque soir en période hivernale, les compagnons d'Emmaüs de Tourcoing distribuent des vivres et des vêtements chauds aux sans-abri. Nous avons suivi une maraude.
Dans les cuisines de la communauté Emmaüs de Tourcoing, vers 18 heures, trois compagnons préparent des sandwiches avec l'aide de Hasnia Titi, responsable du lieu de vie. Karim, bénévole, charge la soupe, le café et des vêtements chauds dans le camion. « Il faut qu'on file sur Lille. On nous attend dans une heure à République », explique-t-il.
19 heures passées de quelques minutes, Karim se gare à côté de l'arrêt de métro République. Emmitouflés dans des pulls et blousons, une dizaine de sans-abri se ruent sur l'arrière du camion. « Salut les gars ! Je peux avoir une soupe ? Et un colis... pour deux, je suis avec mon homme. »
« Un peu de suivi social »
En quelques minutes, on sert plusieurs bols de soupe, quelques tasses de café et on distribue des sachets remplis de yaourts, de fruits et de sandwiches.
« Karim, t'as des couvertures et des pulls ? On n'en peut plus, il fait trop froid. » Depuis quelques jours, les températures sont tombées en dessous de zéro. « Si ça dure qu'une semaine, ça va, sourit Ludo, la tête camouflée dans une capuche. Mais faudrait pas que ça dure un mois ou qu'il se mette à neiger. » Si quelques-uns passent leurs nuits dans des foyers ouverts par la préfecture dans le cadre du « plan grand froid », d'autres se contentent des bouches de métro ou des halls d'immeuble. « On en a même qui dorment dans leur voiture » , souffle Karim.
20 h 30, aux abords de la gare Lille Flandres, même cohue. Dans le petit groupe qui s'est formé autour du camion, des personnes seules, mais aussi des couples. Un homme approche avec une poussette. Un garçon de deux ans tout au plus est calé sous plusieurs couvertures. « Et on a de plus en plus de femmes, souvent des jeunes en rupture familiale. » Éducateur quand il n'est pas bénévole à Emmaüs, Karim profite des maraudes pour « faire un peu de suivi social ». Toujours, il prend le temps de discuter avec les sans-abri. « J'essaie aussi pour repérer ceux qui pourraient devenir compagnons. L'an dernier, on en a sorti quatre de la rue. » 21 heures, dernier arrêt à la cité administrative où l'Abej a installé son accueil de nuit. Karim y dépose les quelques sandwiches qui n'ont pas été distribués pour celles et ceux qui passeront la nuit au chaud, dans les dortoirs.w
Jean-Philippe avait tout. Une famille, un emploi, une maison. Mais un divorce, une dépression, puis un licenciement l'ont poussé doucement dans les rues de Lille. Il raconte comment, depuis deux ans, il brave le froid et la faim.Attablé à côté d'un radiateur, Jean-Philippe se réchauffe d'une journée passée à mendier quelques pièces dans les rues de Lille.Chaque soir depuis le mois de novembre, il trouve refuge à la halte de nuit de l'Abej, parvis Saint-Michel, à Lille. Depuis deux ans qu'il est sans domicile, c'est enfin l'occasion pour lui de faire une nuit correcte. « Avant, je dormais dans le métro ou dans la rue, dans un jardin public, enroulé dans une couverture. Mais quand on dort dehors, on ne dort que d'un oeil. » Par peur de se faire voler ses affaires, de se faire attaquer. « Ici, on sait qu'il y a un vigile, des éducateurs. On peut vraiment se reposer. » Mais à 7 h, il faut plier bagage et retourner à l'assaut du froid. Il existe bien des haltes de jour, comme celle de l'Abej, rue Solférino, mais Jean-Philippe préfère ne pas y aller. « Il y a beaucoup de monde, ça piaille dans tous les sens. » Dominique, installé à la table d'à côté, explique que lui y va seulement « pour voir l'assistante sociale et prendre une soupe chaude quand il fait vraiment trop froid », mais il n'y passe jamais ses journées. « Il faut que je trouve de l'argent, il faut que j'aille faire la manche. » Quelques euros pour acheter un paquet de cigarettes, un petit quelque chose à manger. Jean-Philippe lui, apprécie d'avoir un peu de monnaie pour « s'abriter dans un café ». Surtout quand le pire ennemi des sans-abri, la pluie, vient tremper leurs habits et fait fuir les passants.Engoncé dans son blouson bleu ciel, Jean-Philippe parle aussi de ceux « à qui on ne fera jamais passer la porte d'un foyer ». Ceux qui, coûte que coûte, dorment dehors. « Ils ferment les grilles du métro à minuit et demi. Si on arrive à rester dedans, on est en sûreté jusqu'à 5 h du matin. » Dominique, qui passait souvent ses nuits dans les couloirs du métro avant de venir à la halte Saint-Michel, assure que « les hommes d'entretien sont assez conciliants. Si on les respecte, ils ne nous mettent pas dehors ». Et si on est contraint de passer la nuit dans la rue, Jean-Philippe explique « qu'il ne faut pas dormir, qu'il faut rester actif » pour ne pas risquer l'hypothermie fatale.w
Dans le Nord comme dans le Pas-de-Calais, les préfectures ont déclenché hier le niveau 3 de mobilisation du plan hivernal d'hébergement d'urgence, avec l'ouverture de places supplémentaires et le renforcement des maraudes.Avec l'annonce de températures avoisinant les -10°C la nuit dernière, le préfet du Nord, Dominique Bur, a déclenché hier le niveau 3 de mobilisation du plan hivernal d'hébergement d'urgence. Une salle municipale a été réquisitionnée à Wattrelos, proposant 60 nouvelles places pour les publics les plus vulnérables, ainsi que 35 places à Lille, 10 à Denain et 4 à Douai.Le niveau 1 déclenché le 1er novembre avait déjà permis le renforcement des équipes de maraude et du Samu social, et l'activation de 694 « places hivernales », dont 432 sur l'agglomération de Lille. Ce week-end, dégradation des conditions météorologiques oblige, le niveau 2 avait été déclenché avec l'ouverture de 157 places supplémentaires.Dans le Pas-de-Calais aussi, le préfet a déployé son dispositif hivernal le dimanche 29 janvier, avec l'ouverture de 143 places d'hébergement supplémentaires qui s'ajoutent aux 1 002 places disponibles toute l'année. Comme dans le Nord, Pierre de Bousquet, préfet du Pas-de-Calais, a décidé le déclenchement hier du niveau 3 « Froid extrême » qui a permis l'ouverture de 200 places d'hébergement supplémentaires. Pour les maraudes, le département dispose de sept équipes de rue réparties sur les arrondissements d'Arras, Béthune, Boulogne, Calais, Lens et Saint-Omer.wH.H.
Le père Arthur nous a emmenés dans un camp de Roms, à la lisière du boulevard périphérique, près de Lille. Là, dans des cabanes de fortune, les hommes ont installé des poêles à bois artisanaux, faits avec des matériaux de récupération.En contrebas du boulevard périphérique, un camp de fortune apparaît derrière les arbres. Des planches de bois, des bâches de plastique, un ou deux matelas... Une quinzaine de cabanes s'alignent. C'est là que vivent, depuis un an, autant de familles de Roms.L'un d'eux nous ouvre la porte de son logement. Des tapis protègent le sol, quelques bibelots chinés au gré des encombrants décorent la pièce. « Vous voyez, même s'ils n'ont pas l'eau courante, c'est très propre », fait remarquer le père Arthur en déposant un sac de vêtements sur le lit.Étonnamment, la température est assez clémente dans cet abri fait de bric et de broc. Une chaleur qui s'échappe d'un poêle à bois artisanal, fabriqué avec des morceaux de baril et des tubes métalliques. « Quand on peut, on leur apporte du bois qu'on est allé chercher à Emmaüs, explique le père Arthur. Mais ce n'est pas du chêne, alors ça se consume très vite et à une heure du matin, ça ne brûle plus et la température descend. » Pour se protéger du froid durant la nuit, enfants et parents partagent alors le même lit. Blottis les uns contre les autres sous une couverture, ils tentent de se réchauffer. « Depuis le mois de novembre, l'Aréas a réussi à réunir un millier de couvertures distribuées dans les camps. » Avec l'arrivée des très basses températures, des agents de la mairie de Lille se sont rendus dans les camps de la ville. « On s'est assuré que les enfants n'avaient pas trop froid, que les habitants étaient bien en relation avec les associations et qu'ils connaissaient le 115. » En aparté, la tête entre les mains, le père Arthur se désole. « Je pense souvent à l'abbé Pierre. Quand il a fait son appel de l'hiver 54, il a réussi à faire bouger les choses. Moi, je n'arrive à rien. » Alors, faute de pouvoir leur trouver un logement décent, il leur apporte un peu de chaleur humaine.wH.H.



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contribuable : il n'y a pas de multimillionnaire au PS comme dans...
Max : y-a-t-il un rapport avec...TIR(Slimane)...?
Odeladeule : Il va bien falloir qu'un jour un journaliste pose la question...
QUID : Après tout si MELANCHON bat le FN ... la défaite...