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HOMMAGE AUJOURD'HUI

Pierre Mauroy, le gamin de l'Avesnois qui n'a cessé de rêver la ville

Pierre Mauroy nous a reçus dans son appartement lillois. Pierre Mauroy nous a reçus dans son appartement lillois.

Alors qu'un hommage lui sera rendu aujourd'hui à l'Opéra de Lille, Pierre Mauroy nous a reçus chez lui cette semaine. Le temps de revisiter quelques temps forts d'une vie toute consacrée à Lille et à la politique.




ENTRETIEN RÉALISÉ PAR JEAN-RENÉ LORE ET FLORENCE TRAULLÉ


Vous venez d'abandonner votre mandat de sénateur. C'était le dernier. Comment le vivez-vous ? >> Je ne dirai pas que c'est une partie de plaisir, mais l'âge est là quand même... Il arrive un moment où il faut reconnaître qu'on ne peut plus continuer. J'avais réfléchi à tout cela. J'ai d'ailleurs toujours arrêté mes mandats, toujours fixé la date où je m'en irai : pour le Département, la Région, la députation, la mairie de Lille, la communauté urbaine.

Au fond, vous avez fait tous les mandats de la République... >> Sauf un ! Président de la République. François Mitterrand me l'avait proposé, à un moment où le PS se portait très mal et se cherchait un candidat. C'était pour 1995. On sortait d'années terribles. Il m'en a parlé à sa manière : « Il faut vous présenter. Évidemment, vous ne serez pas élu mais vous êtes sans doute celui qui pourra faire le meilleur score. »
Qu'est-ce qui vous a retenu d'y aller ?
>> Lille ! À ce moment-là, le PS avait des mauvais résultats partout. J'avais en perspective les municipales. Je savais que j'avais un matelas de réserve mais c'est comme les flocons en hiver, ça fond au soleil. La conjoncture nationale était très mauvaise et ça se répercutait ici. Même si je ne doutais pas de ma réélection, je savais que cela allait être difficile.
C'est à cette époque que vous allez chercher Martine Aubry...
>> Bernard Roman était le candidat tout désigné mais lui-même se demandait comment cela allait tourner. Il fallait que je me représente mais il fallait du changement. J'ai pensé à une femme.
Tout de suite à Martine Aubry ?
>> Je voyais Mitterrand assez souvent. Dans son entourage, il y avait Martine Aubry, Élisabeth Guigou, Ségolène Royal... Je me suis dit que Martine Aubry, ce serait bien. Une femme, la fille de Jacques Delors, c'est ce qu'il fallait pour Lille. Quand les voix socialistes se tassent, comme c'était le cas à ce moment-là, on mord sur le centre et le centre à Lille, c'est complexe.
Il fallait aller vers ces catholiques, de plus en plus sociaux, mais qui avaient du mal à voter socialiste. Les socialistes et les catholiques sociaux (et à Lille, et dans la métropole, il n'en manque pas), c'est l'équation de ma vie politique.
Vous disiez que vous avez choisi de quitter tous vos mandats, sauf celui de Premier ministre...
>> Premier ministre, c'était un peu comme mon service militaire, vous savez que cela va être dur, mais c'était une fierté d'être le Premier ministre de François Mitterrand. J'ai eu la chance de m'entendre avec lui. Je crois que nous avons été l'attelage le plus heureux. Un jour, chez lui, rue de Bièvres à Paris, on parlait de choses et d'autres et il m'a dit : « Je souhaite que vous soyez mon Premier ministre pendant sept ans mais je sais, par expérience, qu'à un moment, il faudra nous séparer. »
Et cela se fera sur le dossier de l'école libre ?
>> Il ne voulait pas que je m'en aille. Nous avions les 110 propositions, moi je les appliquais, c'était ma feuille de route. Il y avait beaucoup de choses dans notre corbeille de mariés, notamment l'idée de dépasser la querelle des deux écoles et de créer un grand service laïc de l'enseignement, en intégrant les personnels du privé. On s'était passionnés pour ce projet, et c'était une réforme que j'étais content de mener. D'ailleurs, si on l'avait fait tout de suite, ça serait passé. Il y avait bien sûr des réticences, mais même la majorité des évêques n'était pas contre. Et puis, Jacques Chirac a sauté sur l'occasion et a réveillé une droite qui voulait en découdre avec nous.
Avec des manifestations hostiles au projet qui devenaient de plus en plus importantes...
>> Oui, mais Mitterrand voulait que je résiste. J'étais sur les radios tous les matins pour expliquer ce que nous voulions faire. Le texte était passé en première lecture à l'Assemblée Nationale. Le Sénat aurait renâclé mais nous y serions arrivés en repassant par l'Assemblée. Et puis François Mitterrand est parti en Arabie Saoudite. Je l'ai accompagné à l'embarquement, selon la coutume. Il m'encourageait à continuer. À son retour, il m'a dit « Pierre, il faut changer notre fusil d'épaule, on va faire un référendum ».
Et là, vous allez refuser ?
>> J'ai dit non. Dans un cas comme celui-là, il se passe beaucoup de choses dans votre tête.
Ces journées-là sont imprimées en moi.
Vous en gardez quel souvenir ?
>> J'ai une carcasse qui encaisse pas mal. Quand ça marchait bien, j'ai connu des périodes extraordinaires. Quand ça va plus mal, il faut faire front. Mais je l'ai voulu comme ça. Ce n'était pas la première fois que je disais non à François Mitterrand, mais c'était toujours resté entre nous. Nous avions des relations que je qualifierai d'apaisées.
Quand on quitte Matignon, on fait quoi ? On souffle ?
>> Certains partent en voyage. Moi, je suis resté à Paris. C'était l'été. J'ai appris à mon petit-fils à nager. Ça m'a fait du bien. L'eau me purifiait, entraînait tout ce qui me pesait. Le fait d'avoir un mandat local m'a aidé. Je suis revenu à Lille, avec une seule idée en tête : avoir de grandes idées pour Lille et les mettre en application. w


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