Frédéric Mitterrand, l'affectif solidaire
Publié le samedi 21 janvier 2012 à 06h00
Dans le livre « Le désir et la chance », le ministre de la Culture et de la Communication,qui a pris ses fonctions en juin 2009, s'explique sur les grandes décisions de son mandat.
Un récit passionnant, riche en confidences, et dans lequel il revient sur son baptême du feu « polémique », la loi Hadopi, la révolution numérique... En exclusivité pour la presse écrite, Frédéric Mitterrand nous a reçus au ministère, rue de Valois.
PROPOS RECUEILLIS PAR PATRICE DEMAILLY > patrice.demailly@nordeclair.fr - PHOTOS LUDOVIC MAILLARD
Qu'est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre-bilan ?
>> Je tiens d'abord à préciser que ce livre a été écrit en grande majorité la nuit. Je n'en peux plus d'entendre dire qu'il ne se passe rien, qu'on ne fait pas assez de choses. C'est tout le contraire. On vit dans ce ministère sans doute pas comme dans les autres ministères. J'ai coutume de dire qu'on est toujours en comité de rédaction, et que j'en suis le rédacteur en chef. Je trouve que c'est bien de travailler de la sorte. Il y a une cohésion, un enthousiasme et un élan qui sont marqués dans le cabinet.
Pourquoi aimez-vous recevoir les mauvaises nouvelles ?
>> Parce que toute mon équipe a tendance à me protéger. On sait que je prends les choses particulièrement à coeur, donc il y a quelque chose de l'ordre de l'affectif. Mais je les oblige à être plus frontal et à arrêter de prétendre que tout va bien. Je leur dis toujours aussi que je ne sais pas grand-chose, mais que j'ai de bonnes intuitions.
Vous écrivez : « Être ministre, c'est essentiellement vouloir convaincre. » Estimez-vous avoir convaincu au cours de ces trente derniers mois ?
>> Pour arriver, en période de crise, à ressortir les grands chantiers qui étaient tous arrêtés, il fallait être convaincant. J'ai mouillé la chemise auprès de Bercy, des services du Premier ministre. Il ne suffit pas de dire : « Je veux ». Par contre, si on arrive à convaincre, les choses se font. Sur le plan musées, j'ai réussi à convaincre. Sur le label « Maison des Illustres », beaucoup ricanaient. Non seulement, on a convaincu, mais tout le monde veut désormais en faire partie. Sur Hadopi, c'est plus compliqué. Il y a toujours des gens qui sont très hostiles. Là, je pense que ce sont les événements qui me donneront raison.
Cette loi Hadopi a-t-elle trouvé sa vitesse de croisière ?
>> En tout cas, elle a vraiment démarré malgré l'opposition qui a été très forte. On a mis le train en marche alors que, déjà, il y avait plein de réflexes qui étaient acquis. Ce qui explique, par exemple, l'échec de la carte musique pour les jeunes. Malgré tout, la pédagogie d'Hadopi a fonctionné. Les gens ont compris que lorsqu'on faisait du téléchargement illégal, on volait les créateurs.
Et la répression ?
>> Personne n'est encore devant les tribunaux. Sur les 600 000 mails qui ont été envoyés, il me semble qu'il y a dix personnes qui sont avérées comme étant des organisateurs de véritable piratage et qui sont menacées de poursuites. Par ailleurs, tous les pays les uns après les autres adoptent le même processus, c'est-à-dire en quelque sorte une haute autorité pour la protection de la création. Aux États-Unis, où le système est privé, il y a maintenant des accords qui sont faits avec les grandes maisons des filières musicales. Certains pays comme l'Espagne en viennent à des formules semblables plus rigoureuses. J'ai conscience que ce n'est pas populaire, parce que depuis longtemps le principe liberté = gratuité avait force de loi dans les esprits.
Vous ouvrez le livre sur la rencontre en juin 2009 avec Nicolas Sarkozy alors que vous étiez encore en fonction à la Villa Medicis. Avez-vous vraiment dit « oui » à sa proposition en moins d'une minute ?
>> Il y a un train qui passe et je monte dedans.
C'est une chance. Quand je suis arrivé, j'avais 62 ans. Je savais que c'était une chose qui ne se représenterait pas. J'ai passé des années à venir au ministère pour réclamer des aides et je ne les obtenais jamais en plus...
Est-ce pour vous l'aboutissement normal de vos activités précédentes ?
>> J'ai passé ma vie à être artiste, ainsi qu'à produire et réaliser des émissions avec un souffle long. Et puis, j'ai eu mes salles de cinéma, j'ai été président de l'avance sur recette, j'ai été commissaire général de la saison tunisienne en France. Être ministre de la Culture, c'est comme si les deux choses se rejoignaient. Il y avait une logique.
Vous vous qualifiez d'homme « trop facilement émotif » et « trop affectif ». N'est-ce pas un handicap à la fonction ?
>> C'est certainement un handicap, mais aussi un avantage. On ne traite pas le monde des artistes et des créateurs comme l'organigramme de la Sécurité sociale. Et on ne fait pas des nominations comme on change des préfets. Le fait d'être affectif, d'avoir une sensibilité et une certaine empathie avec le milieu culturel est à mon avis totalement nécessaire.
Cette nomination n'était-elle pas un coup politique astucieux ?
>> Évidemment que c'en était un. Un bon sans doute. En vérité, le bon coup ne s'est pas révélé être ce qui était attendu. On pensait paillettes, champagne... Et on est tombé sur quelqu'un qui travaillait beaucoup, qui ne communiquait pas tellement. Un personnage très important de la scène parisienne avait dit à Nicolas Sarkozy : « Il ne fera pas cinq minutes au Parlement, il n'y arrivera pas. » Sauf que dès le début ça a marché. Et à l'arrivée, j'espère que ce n'est pas trop un mauvais coup.
« Le désir et la chance ».
Éditions Robert Laffont. 358 pages. 21 E.
Vous attendiez-vous au missile envoyé par Marine Le Pen concernant votre livre « La mauvaise vie » ? >> Pas par elle. Je pensais qu'un jour il y en aurait forcément un. Mais je n'ai pas vu qui allait le tirer. À partir du moment où on traverse une épreuve comme ça, on acquiert en général une certaine légitimité auprès du personnel politique. Parce que chacun a eu, un jour ou l'autre, quelque chose qui lui a sauté à la figure. Il juge sur la capacité à la traverser.Avez-vous pensé à démissionner ? >> Jamais. Je me braque quand on m'oblige à faire quelque chose. Je n'avais rien fait de mal, je n'ai pas supporté qu'on me tape dessus.N'est-ce finalement pas Montebourg, Valls et Hamon réclamant votre tête qui a été le plus difficile à avaler dans cette affaire ? >> Marine Le Pen était dans son rôle. Mais eux, franchement, c'était la douche froide.Souffrez-vous d'être considéré comme un « traître » par les socialistes ? >> Talleyrand disait : « La trahison, c'est une affaire de date. » Je me sentirais maintenant comme un traître si j'écrivais un livre qui critique le gouvernement m'ayant fait confiance. Vis-à-vis des socialistes, je n'avais pas d'engagement. Et eux n'en avaient pas vis-à-vis de moi.Vous écrivez : « Ils me voulaient avec eux, mais à la porte de la cuisine »... >> C'est la vérité. À chaque fois que j'allais voir, dans ma vie précédente, un responsable politique, celui-ci n'avait qu'une envie : me voir sortir de son bureau. Il ne fallait surtout pas qu'on dise qu'il aidait Frédéric Mitterrand. Par contre, la plupart étaient très contents de passer dans mes émissions de télévision.Là, j'étais leur frère.Par contre, vous n'avez voté qu'une fois à droite par le passé : Jacques Chirac contre Lionel Jospin. >> François Mitterrand avait très bien compris. De toute façon, il pensait que Chirac serait élu.Sur votre bureau, il y a la photo de Nicolas Sarkozy et celle de François Mitterrand. Compatible ? >> Sur les valeurs fondamentales qui concernent la culture, je suis en plein accord avec François Mitterrand. Et puis, cela fait partie d'une histoire personnelle.À votre avis, quelle aurait-elle sa réaction à votre nomination ? >> Cela l'aurait amusé, je pense.Danielle a même dit à ma mère qu'elle était très contente pour moi.Le parti socialiste parle de « dépression culturelle ». Estimez-vous qu'il pense avoir le monopole de la culture ? >> C'est ce qu'il renvoie par ses déclarations. Personne n'a le monopole de la culture. C'est le public et les créateurs qui en ont la légitimité. Bernanos est un grand écrivain, Claudel un grand poète, Aragon aussi. On ne va pas exclure l'un parce qu'on aime l'autre. Dans ce gouvernement dit de droite, je constate que le désir que la majorité de Français accède à la culture, c'est-à-dire à toutes ses pratiques, est le même que celui appliqué par la gauche. C'est un point de ralliement général. Après, cela se dogmatise. Évidemment, les gens du spectacle vivant disent que même si le budget est maintenu ce n'est pas assez parce que les charges qui pèsent sur leurs salariés sont devenues plus importantes.Vous comparez le ministre de la Culture et les acteurs du spectacle vivant à un « couple infernal ». N'est-ce pas plutôt un couple constamment en procédure de divorce ? >> Les acteurs culturels sont majoritairement de gauche. Ils sont donc méfiants et revendicatifs à l'égard de l'État et doublement à celui du gouvernement actuel. En même temps, il faut bien vivre ensemble. Non seulement je ne leur fais jamais sentir, et à la longue ils voient bien que je ne leur suis pas hostile. Ma contrainte principale, c'est le temps. Jack Lang, qui a été indéniablement un très grand ministre, a eu dix ans. Et il avait une relation avec François Mitterrand très intense.Vous êtes dithyrambique sur Nicolas Sarkozy... >> Il m'a fait confiance, je suis reconnaissant. Et puis, je le vois à l'oeuvre. Il est très courageux, il s'accroche. Je suis bien conscient de ce que beaucoup de gens lui reprochent. Je pense qu'il a fait beaucoup de progrès. Cet homme que certains disent méchant est très gentil.w



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Max : y-a-t-il un rapport avec...TIR(Slimane)...?
Odeladeule : Il va bien falloir qu'un jour un journaliste pose la question...
QUID : Après tout si MELANCHON bat le FN ... la défaite...
0avoir0 : Tant mieux, ça donne de l'espoir Le Pen représente...