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ARRAGEOIS

Un Australien retrouve les « sauveurs » de son père

Mercredi, Frank et Léonie ont rencontré Philippe Dubron et sa famille à Arras. Un moment fort en émotion. Mercredi, Frank et Léonie ont rencontré Philippe Dubron et sa famille à Arras. Un moment fort en émotion.

En 1943, Stephen Dennis, un pilote australien de la Royal Air Force est secouru par une famille de Neuville-Vitasse après que son avion s'est écrasé non loin de chez elle. Soixante-dix ans plus tard, son fils a retrouvé la trace d'un descendant, présent ce fameux jour.



CÉLINE DEBETTE > celine.debette@nordeclair.fr
Le 1er novembre dernier, un coup de téléphone du Cambodge est venu bouleverser le quotidien de Philippe Dubron.
« Un monsieur m'a dit qu'il cherchait des descendants de Guislain Plomb, le maire de Neuville-Vitasse durant la Seconde Guerre mondiale », raconte le retraité arrageois qui se trouve justement être le petit-fils de l'ancien élu. À l'autre bout du fil, l'interlocuteur, un jeune homme de 25 ans originaire de Berck-sur-Mer, explique alors être professeur de français en Asie et avoir eu pour élèves un couple d'Australiens, Frank et Léonie. Et surtout que ces derniers sont à la recherche d'une famille du Pas-de-Calais qui, le 16 juin 1943, a sauvé la vie à un pilote de la Royal Air Force.


Immédiatement, le passé de Philippe Dubron refait surface. « Je m'en souviens parfaitement, j'étais là quand ça s'est passé. J'avais 7 ans à l'époque et j'habitais dans la ferme de mes grands-parents avec ma mère. Ce matin-là, j'ai été réveillé par un ramdam pas possible. Quand je suis descendu, mon grand-père venait de ramener, avec son cheval et sa charrette, un soldat dont l'avion s'était écrasé à 500 m de chez nous. » Au rez-de-chaussée de l'habitation, tout le monde s'active pour apporter les premiers soins au jeune blessé, retrouvé inconscient à une cinquantaine de mètres de son appareil.
« On avait mis un matelas dans la cuisine, se rappelle l'Arrageois. Il était bien amoché, il saignait beaucoup. » Mais rapidement, des Allemands débarquent, mitraillettes à la main. « Pour eux, on avait sauvé un ennemi. Ils ont emmené le pilote avec eux. Par chance, on n'a subi aucunes représailles. » Les nouvelles pièces du puzzle Frank Dennis boit chacune des paroles de Philippe Dubron. Le pilote dont il est question n'est autre que son père : Stephen. Il n'a que 22 ans quand, ce fameux été 1943, son avion, un Hawker Typhoon, est pris en chasse par cinq Messerschmitt alors qu'il vient de bombarder des trains allemands en gare d'Arras. « Ça s'est passé à 5 h du matin. Il a été touché puis s'est crashé dans un champ entre Beaurains et Neuville-Vitasse, complète l'Australien qui, grâce à des documents d'archives, connaît la suite de l'histoire. Son père a ensuite été transféré à l'hôpital d'Arras où il a été « très bien soigné ». Puis, il a été envoyé dans un camp de prisonniers en Silésie avant de rentrer dans son pays à la fin du conflit mondial. « Sans l'aide de la famille de M. Dubron, notre famille n'existerait pas aujourd'hui », lâche Frank, le regard embué.
Aujourd'hui, il est heureux et très ému de pouvoir remettre les pièces du puzzle dans l'ordre. Car son père, décédé en 1988 à l'âge de 67 ans, ne parlait guère de cette période de sa vie avec les siens. « Il a beaucoup souffert de la guerre, c'était un traumatisme. » Pourtant, l'ancien pilote a toujours gardé une profonde reconnaissance envers la famille de Philippe Dubron. « J'ai appris qu'à la fin de la guerre, mon grand-père avait retrouvé sa trace grâce au numéro de matricule qu'il avait relevé sur le col de sa chemise. Et que tous deux avaient correspondu ensuite. » Et se téléphonaient une fois par an, à la même date... le 13 juin.
Ce lien, les Dennis et les Dubron se sont promis de l'entretenir à leur tour. Mais par courriels, eux. « Cette rencontre m'a permis de mieux comprendre ce qui s'est passé. D'autant que j'ai 7 petits-enfants, et beaucoup sont en âge de poser des questions. Ils ont envie, eux aussi, de connaître cette histoire qui fait partie de leur histoire. Par ailleurs, la soeur de mon père, qui a 86 ans, attend aussi avec beaucoup d'impatience que je lui en dise plus », raconte Frank, qui a profité de ces trois petits jours dans le Pas-de-Calais pour visiter cette terre de mémoire. Sans oublier de passer par la fameuse ferme de l'aïeul de Philippe Dubron. « Quand nous y sommes entrés, il a fondu en larmes. Ce qui lui arrive est très fort pour lui.
Et pour nous aussi », lâche ce dernier. w


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