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« Sur le concept du visage du fils de Dieu », énigme fascinante et dérangeante

Publié le 30/11/2011 à 00h00

La polémique aurait presque fini par occulter le propos. « Sur le concept du visage du fils de Dieu » est une interrogation puissante sur notre condition de mortel, notre identification à Dieu et la sienne à nous.

« Sur le concept du visage du fils de Dieu », énigme fascinante et dérangeante
La polémique aurait presque fini par occulter le propos. « Sur le concept du visage du fils de Dieu » est une interrogation puissante sur notre condition de mortel, notre identification à Dieu et la sienne à nous.



La scène s'ouvre sur un intérieur blanc. Canapé blanc, sol blanc, lit blanc... En bande-son, des voix graves, incompréhensibles et en fond de scène, un immense portrait du Christ, tiré du Salvator mundi d'Antonella Messina. Un portrait qui semble scruter, avec un mélange de bienveillance et d'indifférence, chaque spectateur. Arrive un vieillard cachochyme, en peignoir blanc, qu'on vient installer sur le canapé. Le vieillard semble absorbé par un documentaire à la télé, ignorant son fils plein de sollicitude. La pièce est jouée en italien, mais le propos est tellement universel que nul besoin de traduction. À l'extérieur du théâtre, les chants religieux et les prières des chrétiens intégristes donneraient presque l'impression de faire partie de la pièce et confèrent à l'ensemble un air quelque peu surréaliste. Le fils vaque à ses occupations quotidiennes, le temps s'étire, le calme s'installe... avant la tempête. Une terrible crise de diarrhée, un long plan séquence qui dure près de 30 minutes sur les 40 que compte la pièce. Évidemment, la scène est terriblement crue et absorbe le spectateur jusqu'à la nausée. Chacun y mettra de sa propre histoire, y verra un aïeul, un parent ou une projection de la déchéance qui nous attend tous, le tout sous l'oeil impassible du Christ. Le fils nettoie sans se plaindre au début, réconfortant, puis perd patience au fur et à mesure de la crise qui enfle jusqu'à l'absurde avec un père déversant des litres d'excréments avec un bidon. Castellucci, avec son génie habituel, remet en perspective ce fils aimant qui se sacrifie pour son père avec cette figure christique en fond de scène qui s'est sacrifiée pour les hommes. Et rappelle qu'en s'incarnant, Dieu a partagé notre absurde condition d'humain. Castellucci met aussi en scène la révolte qui anime chaque être humain, le doute. Des silhouettes derrière la toile se mettent à la déchirer tandis que la figure du fils de Dieu disparaît derrière des litres d'un liquide : sang ? Encre ?... Chacun y mettra ce qu'il veut, là n'est pas l'important. Puis apparaît en lettres lumineuses cette phrase « you are my shepherd » (tu es mon berger), et un « not » en lettres blanches que Castellucci choisit cette fois de ne pas allumer. À Avignon, il l'avait fait et avait ajouté cette scène obsédante d'une dizaine d'enfants jetant des grenades sur le fameux portrait. Rejouée à Rennes, cette scène a été retirée pour des raisons pratiques, le travail des enfants en soirée étant très réglementé. Le spectacle y perd sans doute en images fortes, mais pas en sens. Un sens auquel les spectateurs penseront sans doute longtemps.w
ISABELLE DUPONT


Nord Éclair