Pour la police lilloise, « il est temps que la page se tourne »
Publié le samedi 26 novembre 2011 à 06h00
La situation est plus que tendue au sein de l'hôtel de police de Lille-Sud. Un commissaire parle d'un «contexte délétère». Photo archives Nord éclair
Ébranlée par l'affaire du Carlton, la police lilloise vit dans une ambiance pesante et le fossé se creuse entre les fonctionnaires et leur hiérarchie.
L'arrivée du nouveau « patron », lundi, est attendue pour apaiser les tensions.
BRUNO RENOUL ET MORAD BELKADI > morad.belkadi@nordeclair.fr
En arrivant lundi aux manettes de la police du Nord, durement touchée par l'affaire du Carlton, son nouveau directeur, Didier Perroudon, aura fort à faire. Avant même de se pencher sur la délinquance, il devra apaiser les tensions qui règnent dans le paquebot de Lille-sud. Y compris au plus haut niveau. « Il vaut mieux aujourd'hui que les commissaires ne soient pas armés dans les couloirs » ironise l'un d'entre eux, qui se dit « écoeuré » par ce qu'il voit. « Les portes se ferment, les collègues discutent à voix basse, se regardent en chiens de faïence, poursuit-il. Le problème, c'est qu'il y a des gens qui très clairement, ont joué une carte politique et se sont trompés de cheval. » Un autre commissaire décrit un « phénomène de cour » autour de l'ancien patron de la police, Jean-Claude Menault, et de l'ancien chef de la Sûreté départementale mis en examen dans l'affaire du Carlton, son ami Jean-Christophe Lagarde.
C'est ce dernier qui avait présenté M. Menault à Dominique Strauss-Kahn. Ce « clan » entourant les deux policiers aurait eu un objectif partagé : tout miser sur la victoire de DSK en 2012. « La police a toujours été très politisée, et encore plus depuis que la sécurité est un enjeu électoral majeur. Et il faut avouer que ces calculs n'existent pas qu'à gauche, confie ce commissaire. Bien sûr, chacun peut être tenté, mais on a eu ici affaire à un système clanique qui a faussé le jeu car ces commissaires ont bâti leur plan de carrière en fonction de DSK, et se sont aidés entre eux. » Ils n'imaginaient pas que le scénario du pire allait se jouer quelques mois plus tard : leur poulain mis K.-O. dans l'affaire du Sofitel, et ses deux soutiens policiers qui chutent... rattrapés par l'affaire Carlton. Les révélations qui ont suivi ont fini d'achever le moral des troupes de l'hôtel de police.
« Officiers écoeurés »
Dernière en date, publiée la semaine dernière par Le Monde, une soirée organisée fin 2009 à La Fabrik, la discothèque villeneuvoise branchée. Jean-Claude Menault y a invité une trentaine de commissaires et officiers de la direction départementale de la sécurité publique du Nord, pour célébrer son avancement au grade d'inspecteur général. « Je leur ai offert la location de la salle ainsi que les boissons, bière et jus de fruit. Question de bonnes relations », confirme Franck Duquesne, le patron de La Fabrik. Pour la partie traiteur, c'est la société de Virginie Dufour, l'ex-compagne de Fabrice Paszkowski - tous deux sont mis en examen dans l'affaire du Carlton - qui s'en est chargée. Et pour régler l'addition (environ 2 000 E), la DDSP aurait puisé dans l'enveloppe servant à gratifier en liquide les fonctionnaires lorsqu'ils réalisent de belles affaires. Ce détail a creusé un peu plus le fossé entre les policiers et leur hiérarchie. « Beaucoup de policiers sont écoeurés, ont le sentiment d'avoir été trahis, ce n'est pas la peine d'exiger beaucoup des autres quand on ne s'applique pas ses exigences à soi-même », regrette un officier. Surtout dans un contexte budgétaire tendu. « On répète aux policiers de terrain qu'il n'y a plus d'argent pour le matériel ou les voitures, ils ont donc aujourd'hui un gros sentiment d'injustice », lâche un policier.
« On comprend mieux pourquoi les gratifications étaient plafonnées à 30 E », gronde un autre. Franck Duquesne confie avoir été entendu durant 15 minutes par les agents de l'IGPN, la police des polices, il y a trois semaines. Les « boeufs-carottes » voulaient surtout savoir comment avait été réglé le traiteur. « Ils voulaient la facture, mais je ne l'ai pas. Ça s'est passé entre le traiteur et la police » , explique-t-il. Selon nos sources, l'IGPN a procédé à un audit des finances de la DDSP début novembre.
Le climat semble en tout cas devenu trop lourd à l'hôtel de police. « C'est dur, car on est tous sous pression, et de cette affaire, on ne sait que ce qu'en rapportent les médias », souffle un agent. Pour pacifier l'atmosphère, il n'est pas impossible qu'un certain nombre de dirigeants de la police nordiste soient mutés dans les mois qui viennent. « Il est temps que la page se tourne et qu'on passe à autre chose car ça devient invivable », constate un officier lillois. Oui, Didier Perroudon a une lourde tâche qui l'attend. w


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Max : y-a-t-il un rapport avec...TIR(Slimane)...?
Odeladeule : Il va bien falloir qu'un jour un journaliste pose la question...
QUID : Après tout si MELANCHON bat le FN ... la défaite...
0avoir0 : Tant mieux, ça donne de l'espoir Le Pen représente...