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Un troisième policier lillois en garde à vue

Publié le 24/11/2011 à 00h00

Un capitaine de police a été placé en garde à vue hier à Lille par la « police des polices » dans le cadre de l'affaire du Carlton. Denis Gumez a longtemps dirigé la brigade de lutte contre le proxénétisme et était un familier de René Kojfer.

Un troisième policier lillois en garde à vue
Un capitaine de police a été placé en garde à vue hier à Lille par la « police des polices » dans le cadre de l'affaire du Carlton. Denis Gumez a longtemps dirigé la brigade de lutte contre le proxénétisme et était un familier de René Kojfer.



Joint il y a quelques jours par téléphone, Denis Gumez confiait son « ras-le-bol » de se voir cité dans l'affaire du Carlton avec laquelle il affirmait n'avoir « aucun lien ». C'est pourtant dans le cadre de cette affaire que ce capitaine de police, qui a longtemps dirigé la brigade des moeurs puis la brigade de lutte contre le proxénétisme de la Sûreté urbaine de Lille, a été arrêté hier par l'Inspection générale de la police nationale (IGPN).
Les « boeufs-carottes », ainsi surnommés pour leur capacité à faire mijoter leurs « clients », l'ont interpellé à son domicile de Waziers, hier matin, et l'ont placé en garde à vue dans les locaux lillois de la gendarmerie. Une perquisition a été menée chez lui, ainsi que dans son bureau à la Sûreté départementale où Denis Gumez a été muté en septembre dernier, à la tête de la brigade de répression des actes violents.


Parrainage au Grand Orient
Le nom de ce policier aguerri circulait depuis le premier jour de l'affaire, en raison de ses liens d'amitié avec René Kojfer, le chargé des relations publiques de l'hôtel de luxe, interpellé le 4 octobre. Gumez le connaît depuis longtemps et Kojfer l'aurait « parrainé » pour entrer au Grand Orient de France. Le policier connaissait aussi Dodo la Saumure, soupçonné d'avoir été le pourvoyeur en prostituées dans cette affaire.
D'après son avocat, Kojfer était en quelque sorte « l'officier traitant » de Gumez et l'aurait aidé à résoudre des affaires de proxénétisme. Le capitaine avait déjà été entendu par l'IGPN, le 18 octobre. Cette fois en tant que témoin.
Visiblement, cette audition n'a pas suffi. D'après les écoutes judiciaires ordonnées dans le cadre de l'instruction et dont des extraits ont été publiés par divers médias, il semble que les liens entre Gumez et Kojfer aient outrepassé le cadre normal d'une relation entre un policier et son informateur. À la demande de Kojfer, le policier lui aurait fourni des renseignements sur le passé judiciaire de « filles » qu'il souhaitait recruter comme prostituées.
Histoire de savoir si elles étaient « clean » ou pas. Pour l'IGPN, la vérification est simple puisqu'il existe une traçabilité de chaque consultation des fichiers de police. Si ces informations sont avérées, Gumez pourrait être poursuivi pour consultation illégale de fichier.
Pour le reste, était-il au courant de ce qui se passait autour du Carlton de Lille et, s'il l'était, a-t-il averti sa hiérarchie ? Interrogé lorsque l'affaire a éclaté, Denis Gumez assurait qu'il n'avait « rien su de tout ce dont on parle, sinon on serait évidemment intervenu tout de suite » . Ce dernier point n'est pas si évident. « S'il l'a su, ce n'était pas si facile pour lui de le dire dans la mesure où, dans ce cas, il savait que certains de ses supérieurs étaient impliqués », indique une source policière. Difficile d'avertir sa hiérarchie quand le numéro trois de la police du Nord, le commissaire Jean-Christophe Lagarde (mis en examen dans cette affaire) fréquente le Carlton avec assiduité.
Quelle que soit en tout cas l'issue de la garde à vue, et qu'elle débouche ou non sur des poursuites, c'est, comme dans l'affaire Neyret, la question du rapport entre un flic et ses indics qui pose question. « René Kojfer lui donnait plein d'informations, explique un policier.
Quand tu apprends quelque chose sur ton indic, c'est compliqué car tu dois mettre en balance ce que tu sais et ce que tu risques de perdre en brûlant ton informateur... » Après la mise en examen du commissaire Lagarde, suivie de la garde à vue et de l'éviction de Jean-Claude Menault, ex-numéro 1 de la police du Nord, une chose est sûre : la garde à vue de Denis Gumez contribue un peu plus à plomber l'ambiance à l'hôtel de police de Lille. Où le climat est qualifié de « délétère ».w

Nord Éclair