Un gendarme villeneuvois au coeur de l'affaire d'Ouvéa
Publié le mardi 15 novembre 2011 à 06h00 - JUSTINE FAIDERBE > justine.faiderbe@nordeclair.fr
Demain sort en salles « L'Ordre et la morale », film sur la prise d'otages de gendarmes en Nouvelle-Calédonie, en 1988. Alberto Addari était l'un d'eux. Il nous livre sa version.
« J'étais assis face à six Kanaks. Ils me tenaient à bout portant. Derrière moi, il y avait le GIGN.
Ça a duré trois heures, ma vie a défilé pendant tout ce temps. » Alberto Addari, les yeux fermés pour mieux se souvenir, raconte. Le 5 mai 1988. Fin de la prise d'otages de 16 gendarmes en Nouvelle-Calédonie par des indépendantistes kanaks. Durant l'assaut libérateur, le gendarme mobile, Valenciennois affecté à la caserne de Villeneuve d'Ascq, se retrouve porte-parole des preneurs d'otages. Il est le seul militaire qui ressort blessé de l'attaque : « Une balle m'a traversé le genou. Je sais que le GIGN voulait tirer à travers ma poitrine pour toucher un chef kanak. Il l'a reçue entre les yeux. Si on m'avait dit que je ressortirais vivant de cette affaire, j'aurais donné mes deux jambes. » Douze jours plus tôt. Alberto Addari vient d'arriver avec onze collègues en Nouvelle-Calédonie, à la gendarmerie de Fayaoué, sur l'île d'Ouvéa, « pour une rotation normale d'outre-mer ». Sans consigne « particulière » de sécurité : « On venait renforcer une autre unité sur place pour l'élection présidentielle. » L'escadron doit y rester trois mois. Mais ce matin du 22 avril, le séjour tourne court. Il est 6 heures et « je venais de me coucher parce que j'avais été de garde la nuit, explique Alberto. J'ai été réveillé par les armes. » Une « centaine » de Kanaks, indépendantistes de Nouvelle-Calédonie, encerclent la brigade de Fayaoué et « neutralisent des gendarmes, couchés sur le sol de la cour ». Sans armes. Alberto tente de rejoindre le bâtiment abritant l'armurerie. « Elle était surveillée par Jean Zawadski (un gendarme mobile originaire de Roubaix, ndlr). Il était mort. »
« Trois gendarmes exécutés »
Il « plonge » dans les cuisines avec d'autres gendarmes. « Les Kanaks nous ont demandé de nous rendre, sinon, c'était le "carnage". » Trois gendarmes ont déjà été « exécutés » par les indépendantistes, « qui n'avaient pas de revendication jusque-là. Les Kanaks disent maintenant qu'ils voulaient une "occupation pacifique". Dans ce cas-là, est-ce qu'on attaque une gendarmerie ? » Enchaînés « deux par deux », les 27 gendarmes sont emmenés dans leurs propres camions. « L'un est parti vers le Sud, les deux autres, dont le mien, vers le Nord », souligne le Valenciennois. « Ils nous ont trimballés six jours dans la brousse. On se déplaçait la nuit, on se cachait le jour. » Pour seul ravitaillement, « une dizaine de paquets de biscuits ». Le sixième jour, alors que le groupe parti vers le Sud est libéré, les 16 otages arrivent à Gossana : une grotte « sur trois niveaux, avec des dénivelés allant de 1 m à 4 m, où on dormait, et de 15 m, où on faisait nos besoins », se remémore Alberto.
C'est le lendemain que le GIGN, avec à sa tête Philippe Legorjus, arrive avec le substitut du procureur de Nouméa, Bianconi. Alberto Addari se désigne pour être l'intermédiaire entre le chef du groupe kanak, Alphonse Dianou et le groupe d'intervention. « Je voulais maîtriser mon destin », explique-t-il avec le recul. Il est autorisé à rester à l'extérieur de la grotte et assiste à la « capture » de six membres du GIGN, qui se font prendre, tapis dans la brousse. Les négociations débutent cependant. Elles dureront plusieurs jours. Les Kanaks précisent leurs revendications (notamment l'abrogation de la loi Pons, qui selon eux diminue l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie), et chargent Bianconi et Legorjus de « prendre contact avec le FLNKS » (le Front de libération nationale kanak socialiste, de Jean-Marie Tjibaou). « Pour moi, ce sont eux les instigateurs de l'attaque, dit Alberto. Mais quand ils ont vu qu'il y avait des gendarmes morts, ils se sont désolidarisés. » Bianconi obtient le droit de ravitailler les otages contre le départ des militaires dans la tribu voisine. Les Kanaks demandent qu'une équipe de télé vienne les filmer.
Aucune « reconnaissance »
« Le matin de la libération, on a vu arriver le porteur de thé, comme chaque jour. » Quelques instants plus tard, l'hélico des « journalistes » se place « en pendulaire au-dessus de la grotte ». « J'étais au pied d'un arbre, abrité sous une bâche. » Alberto Addari s'aperçoit alors, en même temps que les Kanaks, que les journalistes ne sont autres que... des soldats. « Là, ça a flingué de partout. » Ce premier assaut dure « environ une heure. Puis il y a eu des tentatives de discussion ». En vain.
Deuxième échange de tirs. Alberto Addari est blessé. Il s'endort à l'hôpital de brousse installé à côté de la grotte et se réveille « le lendemain, à l'aéroport, prêt à repartir ».
Aujourd'hui, le gendarme, retraité depuis 2007, va « mieux ». Après un arrêt pour longue maladie, une « opération de 14 heures sous hypothermie » l'a sauvé en 2001 de quatre embolies pulmonaires, « engendrées par une phlébite et une embolie durant mon rapatriement ». Mais au-delà des séquelles physiques, c'est de l'épreuve psychologique qu'Alberto tente aujourd'hui de se relever. « Très peu de personnes se sont intéressées à notre histoire. » Encore moins l'État, d'après lui. « Des collègues sont morts en service mais on n'a jamais été reconnus ni défendus. On nous a mis à l'écart. » Alberto Addari, qui s'est « isolé » après l'affaire, fait « les démarches » lui-même pour être suivi psychologiquement.
L'homme « brûle », il est en colère. Mais sans rancoeur. Simplement, il ne croit « plus en la loi et la justice ». Valeurs pour lesquelles il s'était engagé, en 1980, en gendarmerie.



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Max : y-a-t-il un rapport avec...TIR(Slimane)...?
Odeladeule : Il va bien falloir qu'un jour un journaliste pose la question...
QUID : Après tout si MELANCHON bat le FN ... la défaite...
0avoir0 : Tant mieux, ça donne de l'espoir Le Pen représente...