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« Jade » : sa version de l'affaire du Carlton

Publié le 03/11/2011 à 00h00

Escort citée comme ayant participé avec DSK à un après-midi coquin à l'hôtel Murano de Paris, Jade a accepté de raconter son histoire.

« Jade » : sa version de l'affaire du Carlton
Escort citée comme ayant participé avec DSK à un après-midi coquin à l'hôtel Murano de Paris, Jade a accepté de raconter son histoire.


Outre le Murano, elle dit avoir participé à des virées à Lille, en Belgique ainsi qu'à Washington.
BRUNO RENOUL > bruno.renoul@nordeclair.fr
Elle n'a accepté de parler que parce qu'elle n'en pouvait plus de garder pour elle, depuis près d'un mois, ce qu'elle sait de ce qui est devenu peu à peu « l'affaire du Carlton ». Alors qu'elle affirme ne pas encore avoir été interrogée par la police, Jade se dit « anxieuse » , « angoissée ». Elle s'attend à tout moment à être convoquée par les enquêteurs. « Et comme c'est arrivé à Mounia (une autre escort dont des extraits d'audition par la police ont fuité dans la presse, NDLR), j'ai peur que des morceaux choisis sortent, qu'on les déforme, que je sois harcelée par les journalistes », confie-t-elle.


Nous avons donc rencontré cette femme de nationalité belge, âgée d'une trentaine d'années, dans une station-service entre Tournai et Bruxelles. Une femme qui a commencé à travailler en 2007 dans un bar à hôtesses de « Dodo La Saumure », situé à Renaix près de Tournai, à cause de « gros problèmes d'argent ». « Quand vous mettez le doigt dans l'engrenage, difficile d'en sortir, car vous récoltez parfois en une journée ce que d'autres gagnent en un mois... », murmure-t-elle.
« DSK courtois et délicat »
Elle dit avoir rencontré René Kojfer, le chargé des relations publiques de l'hôtel Carlton, en 2007. « C'était un bon copain de Dodo, il venait souvent nous voir au bar », précise-t-elle. Elle ne dit donc pas non lorsque la responsable de son « bar » l'envoie à Lille avec d'autres filles, à trois reprises, pour participer à des après-midi coquins en compagnie de Kojfer, mais également Francis Henrion, le gérant du Carlton, et Hervé Franchois, son propriétaire. Ainsi que d'autres personnes qu'elle dit ne pas connaître. « Tout ce que je sais, c'est qu'à aucun moment nous ne sommes allés au Carlton, assure-t-elle. Nous étions dans un appartement situé à proximité de l'hôtel. On est aussi allé une fois dans un resto privatisé. Pour nous, c'était agréable de sortir de notre club, et puis il y avait aussi des discussions conviviales. » Qui a payé pour ces rendez-vous ? « Ma responsable nous rémunérait au retour », se souvient-elle. « Si c'est dans un appartement, c'est un après-midi entre adultes consentants et pas du proxénétisme hôtelier », remarque Christophe Snyckerte, l'avocat du chargé des relations publiques du Carlton.
C'est après que selon elle, René Kojfer l'aurait mise en relation avec deux autres protagonistes de l'affaire, les entrepreneurs David Roquet et Fabrice Paszkowski, également rencontrés dans son club. « David m'a demandé mon numéro, il disait vouloir me "sortir de ce cadre un peu glauque". Je le lui ai donné. » Et David l'aurait recontactée pour un déplacement le 16 mars 2009 à l'hôtel Murano, à Paris. Jade dit être partie en train, de Lille, avec David, Fabrice et le commissaire Lagarde, qui lui avait été présenté comme un « haut gradé de la police », et qui « restait toujours à l'arrière du groupe quand nous étions en public ». Le quatuor aurait rejoint Mounia à Paris, avant de rallier le Murano. « Nous étions 10 à 15 personnes. Il y avait une effervescence. Tout le monde répétait sans cesse : "il va arriver". » « Il », c'est Dominique Strauss-Kahn, dont Jade affirme qu'à ce stade, elle ignorait qui il était. « Je ne m'intéressais pas trop à l'actualité... », argue-t-elle. Après un après-midi libertin, pendant lequel « Fabrice et Virginie (Virginie Dufour, également mise en examen dans cette affaire, NDLR) sont restés habillés », Jade dit avoir été payée par Fabrice, en liquide, et être revenue en train « avec Mounia et une autre escort que je ne connaissais pas ».
L'escort, qui affirme avoir cessé de travailler pour « Dodo » à l'été 2009, dit ensuite avoir été recontactée par David à l'automne 2009, cette fois pour une virée dans un club échangiste belge. Toujours avec DSK. « Je crois que je lui plaisais. Il a toujours été courtois et délicat. Cette fois, il y avait David et Fabrice, mais pas Jean-Christophe », ajoute-t-elle. Là encore, c'est Fabrice qui l'aurait rémunérée en liquide.
Puis elle évoque une troisième virée, cette fois à Washington, du 25 au 27 janvier 2010 - jusqu'à présent, on parlait de trois voyages outre-Atlantique, en décembre 2010, février et mai 2011. « David n'a pas pu partir parce que son passeport n'était pas valide, mais j'y suis allée avec Jean-Christophe et Fabrice, qui m'avait demandé de me présenter comme une de ses collaboratrices », raconte Jade, qui dit avoir accepté le voyage parce qu'elle était « enchantée d'aller aux USA », et qu'elle avait « besoin d'argent ». Sur place, elle dit s'être baladée dans la capitale américaine, puis avoir passé la soirée à l'hôtel W, dans lequel des relations sexuelles ont eu lieu. Le lendemain, elle dit avoir visité le siège du FMI en compagnie de DSK - nous avons pu consulter une photographie sur laquelle Jade apparaît aux côtés de l'ancien patron du FMI, dans son bureau.
Là encore elle dit avoir été rémunérée en liquide, cette fois par David à son retour en France.
Et depuis ? « David Roquet m'a recontactée pour un autre voyage à Washington, mais je n'étais pas libre. Ensuite, on ne m'a pas rappelée... » Et surtout, elle dit avoir cessé toute activité prostitutionnelle depuis début 2010. Et essaie désormais de se reconstruire. « Au-delà de ces soirées, qui ont été agréables, la prostitution, ça vous marque à vie, je ne pourrai jamais oublier, confie-t-elle. On est seule face à cela, on ne peut jamais en parler. Bien sûr, j'ai toujours été libre. Mais on ne peut pas dire que ce soit une vocation. C'est toujours un choix par défaut. »w

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