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« Loger les Roms serait mal accepté par l'opinion publique »

Publié le 28/10/2011 à 00h00

Nommé par Nicolas Sarkozy président de l'office français des migrations et de l'intégration, Arno Klarsfeld assume la polémique qu'il a lancée à propos des RomsVous avez choqué par vos déclarations sur le trop grand nombre d'enfants dans les familles Roms.

« Loger les Roms serait mal accepté par l'opinion publique »
Nommé par Nicolas Sarkozy président de l'office français des migrations et de l'intégration, Arno Klarsfeld assume la polémique qu'il a lancée à propos des RomsVous avez choqué par vos déclarations sur le trop grand nombre d'enfants dans les familles Roms.

Maintenez-vous ces propos ?
>> Oui, je les maintiens, c'est évident ! On a plus de difficultés à s'insérer quand on a huit enfants et pas les moyens ni le temps de s'en occuper. J'ai prononcé ces paroles au sortir de la visite du quartier rom de Ferentari, en Roumanie, où de nombreuses filles roms sont sur le trottoir. Quand on a autant d'enfants, ils peuvent se retrouver exploités par les mafias qui organisent la mendicité infantile.
Vous dites que les Roms sont doublement victimes ?
>> Oui, ils sont victimes d'un ostracisme général et victimes de l'exploitation des mafias qui se sont organisées pour les asservir. En Roumanie, j'ai eu l'occasion de voir les maisons somptueuses que certains se font construire au centre des grandes villes comme Timisoara. C'est édifiant.
On a l'impression d'une grande impuissance à attaquer ce problème des mafias à la racine ?
>> On n'est pas dans un pays où on met les enfants en prison et il faut s'en réjouir mais constater aussi qu'une fois que les enfants ressortent des commissariats, une fois qu'ils ont été formés à voler, ils sont un capital vendu d'une mafia à l'autre car ils rapporteront de l'argent. Ils ont une « compétence » qui peut être utilisée sur les Champs-Élysées, dans les rues de Genève, d'Amsterdam ou de Berlin. Ces enfants vifs et brillants devraient être promis à un autre avenir que celui auquel les destinent les mafieux.
Pourquoi n'arrive-t-on pas à lutter contre ces mafias ?
>> Il y a une coopération bien plus accrue que par le passé entre polices roumaine et française. Claude Guéant est allé en Roumanie mettre en place une structure avec des policiers français là-bas et des policiers roumains en France. Il faut s'attaquer à ces mafias avec toute la violence que la légalité permet mais on est dans une société de droit où il faut prouver, trouver les traces des comptes. Il n'y a pas d'équipes de James Bond autorisées à tuer les chefs mafieux...
Personne ne demande de les tuer ! On peut aussi les mettre hors d'état de nuire...
>> Oui, je sais, mais il faut prouver...
L'hiver arrive. On sait que les bidonvilles sont là et quelle est la tension sur l'hébergement d'urgence. Que fait-on à court terme ?

>> Vous voulez les loger alors que la France est en crise, alors que les étrangers en situation régulière ne trouvent pas de logement ? Ce serait mal accepté par l'opinion publique, difficile budgétairement et cela susciterait un appel d'air. Si des Roms sont en France en situation irrégulière, sauf cas où leurs enfants ont toutes leurs attaches ici, ils doivent être renvoyés dans leur pays. Ça me paraît, pour l'instant, être la seule solution à court terme. En attendant qu'il y ait une prise de conscience de l'Europe et qu'elle prenne ses responsabilités.
Dans la métropole lilloise, des municipalités ont accepté l'installation, dans des mobile-homes, de familles suivies par une association qui travaille à leur insertion. N'y voyez-vous pas une expérience à démultiplier ?
>> C'est une initiative de Martine Aubry qui se fait en accord avec l'État. Je la salue si elle a des résultats positifs. Elle parie sur le fait que ces Roms s'intégreront à la société française. Une initiative généreuse mais j'attends d'en voir les résultats.
Seulement 2 % des Roms qui rentrent en Roumanie bénéficient d'une aide, sur place, pour créer leur propre activité. C'est très peu 2 % ?
>> Parce qu'il faut présenter un projet viable et cela suppose un accompagnement sur place. Ça coûte cher et on est quand même dans un temps de crise où tout le monde fait les fonds de tiroir pour boucler les budgets. C'est un contexte difficile et l'État n'a pas les moyens de dépenser de l'argent sans résultats.
Vous dites que c'est à l'Union européenne d'agir pour aider ces populations roms mais dans le contexte actuel, vous croyez vraiment que c'est réaliste. Quelle volonté politique européenne pour ça ?
>> On est en période de crise, donc c'est évident que la question des Roms n'est pas une priorité au niveau européen mais elle le deviendra. Elle le deviendra aussi pour la Roumanie. Les Roms ont une natalité très importante, les Roumains une natalité relativement faible. Et les Roumains n'aiment pas les Roms. Pour qu'ils fassent moins d'enfants, il leur faudra les intégrer afin qu'ils aient une vie plus en rapport avec la société européenne.
Qui, en Europe, portera une politique pour les Roms ?
>> La France et l'Allemagne doivent être le fer de lance.
L'Allemagne, sous le régime nazi, les a exterminés et ne leur a pas payé toutes les réparations qu'elle aurait dû. La France est le pays des droits de l'Homme et a une responsabilité parce qu'elle les a internés dans des conditions indignes pendant la guerre. Quelques centaines de Roms de France ont été déportées à Auschwitz. Pousser l'Europe à trouver des solutions originales peut être aussi une forme de réparation morale. Mais les Roms portent, eux aussi, la responsabilité de faire émerger leurs propres leaders, leur élite. Ce qu'ils n'ont jamais réussi à faire. Et ça, c'est de leur responsabilité.


PROPOS RECUEILLIS PAR FLORENCE TRAULLÉ > florence.traulle@nordeclair.fr

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