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JUSTICE

Un bébé meurt après que sa mère soit libérée du centre de rétention pour « traitements inhumains »

La jeune femme avait été enfermée au centre de rétention de Lesquin. La jeune femme avait été enfermée au centre de rétention de Lesquin.

Interpellée à Clermont-Ferrand, elle avait été envoyée au centre de rétention de Lesquin. Libérée pour cause de « traitements inhumains », elle a été hospitalisée dès son retour. Le 21 septembre, l'enfant dont elle a accouché est mort.




Le 21 août, la décision du juge des libertés et de la détention de Lille de faire sortir du centre de rétention de Lesquin une famille de Serbes du Kosovo qui y avait été envoyée par la préfecture du Puy-de-Dôme avait fait grand bruit. Le juge avait en effet libéré la famille rom en invoquant les « traitements inhumains et dégradants » que le couple Bejzaku et ses trois jeunes enfants ont subis au cours de la procédure, de l'interpellation au petit matin à Clermont-Ferrand aux douze heures de voyage imposées jusqu'à l'autre bout de la France.
À son retour à Clermont-Ferrand, le 24 août, la jeune maman, âgée de 30 ans et enceinte de cinq mois, est admise d'urgence au service des grossesses à risques. Elle souffre d'un décollement du placenta. Mercredi 21 septembre, au CHU de Clermont-Ferrand, elle donne naissance à une petite fille. Mais El Medina, c'était son prénom, n'a pas survécu.


Un haut responsable de la préfecture du Puy de Dôme - qui requiert l'anonymat « pour ne plus recevoir de mails désagréables » - affirme que « la situation a été traitée en respectant les règles ». « Nous ne savions pas qu'elle était enceinte » , insiste-t-il, précisant que, puisqu'« il y avait un interprète lors de l'interpellation, elle aurait pu le dire ».
Me Norbert Clément, l'avocat lillois qui a obtenu la remise en liberté de la famille le 21 août, ne décolère pas : « La préfecture du Puy-de-Dôme savait : des pièces dans le dossier le confirment. » Sa grossesse était d'autant plus à risques qu'elle avait fait une fausse couche en février. Malgré tout, « la préfecture a fait descendre un avocat de Paris et lui a demandé d'aller jusqu'à mettre en doute la maternité de ma cliente, alors qu'elle était dans la salle ! », vitupère l'avocat.
« Que la préfecture dise qu'elle ne savait pas, ce n'est pas plausible », juge Alain Turri, médecin clermontois qui a ausculté la parturiente après sa sortie du CHU de Clermont-Ferrand. « C'est une toute petite dame, toute menue. Sa grossesse, elle se voit comme le nez au milieu de la figure », martèle-t-il. Le porte-parole de la préfecture du Puy-de-Dôme affirme le contraire. « Dire qu'une grossesse est visible ou non à ce stade, c'est un domaine sur lequel je ne m'engagerai pas : ce n'est pas une situation objective », estime le fonctionnaire.
Alain de Tonquede, secrétaire général de l'Ordre de Malte, association qui a assisté la famille lors de son passage au CRA de Lesquin, ne croit pas à l'ignorance de la situation par la préfecture. « La politique du chiffre ne justifie pas tout », accuse-t-il, jugeant « choquant qu'à aucun moment de la procédure l'approche humaine n'ait été abordée ». « Ils ont été traités comme des m... », tonne Cécile Buisson, Clermontoise devenue amie intime et principal soutien de la famille Bejzaku. Les documents médicaux attestant de la grossesse de la jeune femme, c'est elle qui les avait rangés « dans un petit porte-document que je lui avais donné : il y en avait un pour l'administratif, l'autre pour sa grossesse ». À force de batailler, Cécile Buisson a obtenu un prolongement jusqu'au 30 septembre de l'hébergement de la famille dans un hôtel, sur des financements du conseil général. Mais pour le porte-parole de la préfecture du Puy-de-Dôme, le couple et ses enfants « sont toujours en situation irrégulière » et « ont vocation à quitter le territoire français ».


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