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La grâce naturelle de mademoiselle Obel

Publié le 13/09/2011 à 00h00

Impossible de ne pas succomber à sa voix gracile et au spleen superbe des chansons de « Philharmonics », son premier album. Agnes Obel, ce jeudi au théâtre Sébastopol, raconte notamment comment elle peaufine son folk nordique et cristallin.

La grâce naturelle de mademoiselle Obel
Impossible de ne pas succomber à sa voix gracile et au spleen superbe des chansons de « Philharmonics », son premier album. Agnes Obel, ce jeudi au théâtre Sébastopol, raconte notamment comment elle peaufine son folk nordique et cristallin.


« Philharmonics », a été enregistré entre 2008 et 2010. Comment avez-vous obtenu ce son gracieux et épuré qui est la marque de cet album ?
>> Je n'ai rien changé à la façon dont je travaillais avant de penser à enregistrer cet album. J'ai toujours préféré composer de manière un peu basique : enregistrer le piano, puis poser ma voix. J'ai eu la chance de pouvoir faire les choses comme je l'entends, et j'aime conserver ce contrôle. J'ai essayé d'enregistrer des morceaux dans de gros studios, mais j'ai eu le sentiment de perdre l'essentiel des chansons dans toutes ces machines... Le son était un peu plus parfait, sans doute. Mais ce que je veux, c'est me reconnaître dans les chansons que j'enregistre.
« Philharmonics » dégage une atmosphère de solitude et de spleen, qui en fait la force. Pensez-vous pouvoir atteindre cet état aujourd'hui, alors que vous enchaînez les concerts ?
>> C'est vrai que je ne reste pas souvent à la même place. Depuis que j'ai enregistré Philharmonics, je n'ai presque pas cessé de voyager. Je me sens différente. Mais je suis dans un entre-deux. Je ne peux pas dire exactement où j'en suis, ni comment je ressens les choses. Je sais que mes perspectives évoluent... Et que je ne suis presque plus jamais chez moi !
Vous aviez prévu une pause, cet été, pour travailler à un nouvel album. Avez-vous pu le faire ?
>> J'ai eu un peu de temps. Pas beaucoup. J'ai commencé à écrire de nouveaux morceaux, mais pour l'instant, tous étaient des instrumentaux, au piano seul... En ce moment, je me sens plus encline à composer des morceaux purement instrumentaux... J'ai pas mal de matière, d'ébauches. Il va falloir que je me salisse les mains...
J'ai déjà commencé à écrire quelques textes, mais pour moi, c'est plus difficile que de composer des mélodies.
Pourquoi ?
>> La musique est le moyen le plus évident d'exprimer ce que je suis, où j'en suis. Dans la musique, il y a quelque chose d'immédiat, auquel je me sens directement lié. Tandis que les mots supposent de penser à des choses particulières, la musique est beaucoup plus spontanée. Peut-être aussi ai-je plus de mal à écrire parce que j'ai pris des cours d'anglais, et que cela me bloque ! Lorsque je compose, j'ai une idée exacte des sentiments que je veux exprimer, et j'ai toujours un peu peur qu'en mettant des mots, cela ne change le sens que je voulais donner.
J'essaie donc de considérer la voix le plus possible comme un instrument. Le fait que le chant soit fidèle à ce qu'exprime la musique est finalement plus important que ce que la voix dit par des mots.
Quand prévoyez-vous d'enregistrer le successeur de « Philharmonics » ?
>> J'espère que tout sera prêt pour commencer à y travailler en janvier et m'atteler à la tâche cet automne, chez moi, avec les musiciens qui ont pu m'accompagner au cours des concerts.
Pour le concert de ce jeudi à Lille, quelle sera la formation, sur scène ?
>> C'est la première date d'une série pour laquelle nous serons trois à partager la scène. Gillian Fleetwood sera à la harpe celtique. Il y aura également Frederique Labbow qui jouera du violoncelle. Toutes les deux chantent aussi. Vous allez voir, elles ont des voix superbes. Nous avons déjà joué à trois seulement sur scène, mais pas très souvent. Cela nous a poussés à refondre les arrangements de certains morceaux, de façon un peu bizarre quelque fois...
Vous avouez une admiration pour Erik Satie. Qu'aimez-vous chez ce compositeur ?
>> Je suis une très grande admiratrice de son travail sur les silences. J'aime aussi la manière dont il use de séquences répétitives, presque hypnotiques. Cela donne des morceaux extrêmement forts, à la fois calme et puissants.
On vous décrit souvent comme à mi-chemin entre la musique classique et le folk. Comment vous maintenez-vous sur cette crête ?
>> Ce sont deux styles de musique que j'admire profondément. Je ne suis pas une érudit dans un style ou dans l'autre, mais ce sont mes deux sources d'inspiration. Mais lorsque je compose, je sens quand je vais trop loin, dans un sens ou dans un autre, parce que ce que j'entends ne me ressemble plus. Cela peut arriver de tomber amoureux d'une musique, et de se mettre à composer des choses très proches. Mais dans ces cas-là, ça n'est que de la copie d'un style, ce n'est plus soi que l'on met dans le morceau. Et je m'y refuse.

Le jeudi 15 septembre à 20 h au théâtre Sébastopol. 33,5 et 26,9€. Rés.: Fnac et points de vente habituels.

« Philharmonics ». Disque Pias. 13€.

Nord Éclair