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Assistants familiaux pour enfants « placés »

Publié le 08/07/2011 à 00h00

5 564 enfants sont confiés par la justice à 2 677 assistants familiaux, en majorité des femmes, dans le Nord, qui s'est doté d'unités d'accueil spécialisées. Témoignage.

Assistants familiaux pour enfants « placés »
5 564 enfants sont confiés par la justice à 2 677 assistants familiaux, en majorité des femmes, dans le Nord, qui s'est doté d'unités d'accueil spécialisées. Témoignage.



Vingt-cinq. C'est le nombre, en 22 ans de carrière, d'enfants accueillis par Christiane. Métier de la Tourquennoise de 54 ans : assistante familiale. Comme 2 676 collègues dans le département du Nord, Christiane s'occupe de bébés, pré-ados et moins de 18 ans placés par la justice dans le cadre de la protection à l'enfance. De jeunes vies « abîmées » par une histoire familiale souvent « catastrophique » . « Les trois quarts des placements sont dus à l'alcoolisme des parents ou à des maltraitances comme les sévices sexuels », explique la professionnelle. « Avant, on recueillait des enfants parce que leurs parents étaient expulsés. Les cas sont de plus en plus lourds. » Et le métier, de « plus en plus difficile à exercer ».
Christiane a été agréée en 1990. À cette époque, pas de formation. « J'étais assistante maternelle et un jour, le tuteur d'une fille que je gardais m'a demandé de devenir son assistante familiale. Sa mère était internée et son père oubliait toujours de venir la chercher. » Douze mois et une enquête sociale plus tard, Christiane prend en charge un second enfant. Puis les placements, plus ou moins longs (de 3 jours à 18 ans), s'enchaînent.


Son mari, routier à la retraite, et ses quatre filles s'impliquent dans son projet, « sinon c'est pas possible ». Leur quotidien : des cris, un canapé lacéré au cutter, des automutilations, des vêtements déchirés... la faute à « la colère et la révolte ». Mais surtout, il y a « beaucoup d'amour ». Pour l'assistante familiale, passionnée, « un enfant placé, c'est au jour le jour. Tant qu'il a peur d'être abandonné à nouveau, il ne peut pas se poser ». Sa priorité : « la communication avec l'enfant, et qu'il trouve sa place chez nous. » Aujourd'hui, « Nanou » Christiane garde quatre enfants. Et pour que ça tourne dans sa grande maison, « il y a des règles à respecter » : on participe aux taches quotidiennes, on est poli, on mange aux horaires fixés, et pour les sorties des plus grands, on sollicite l'autorisation du référent au service Famille Enfance du conseil général. À gérer aussi, les rendez-vous réguliers des enfants chez les médecins, les psychologues et les « angoisses » des enfants lors de la préparation aux audiences chez les juges, qui décident au fur et à mesure de la réintégration ou non de l'enfant dans sa famille. Certains n'y retourneront jamais.
Exigences
Alors, « parce que notre métier ne s'invente pas, qu'on ne peut pas le faire juste pour le salaire », Christiane approuve la création des « unités d'assistants familiaux ». Elles sont instaurées par le conseil général du Nord, son employeur, pour « encadrer » le réseau de professionnels dans le département (lire ci-contre). Par contre, elle craint qu'une fois de plus, « seules les nouvelles assistantes, qui sont plus exigeantes et veulent par exemple leurs vacances sans les enfants, soient écoutées. Les anciennes, parce qu'elles ont de l'expérience, on estime qu'elles sont surhumaines. Sauf qu'à un certain âge, il y des choses qu'on ne supporte plus ».
Plus qu'un soutien psychologique et une aide professionnelle, Christiane aimerait être « reconnue ». Parce qu'à un moment, il faut savoir dire stop. « Un bébé chez une assistante de 61 ans, c'est aberrant, tant pour l'enfant que pour l'assistante. Je pense qu'à partir de 59 ans, il ne faut plus accepter de nouveaux placements. » Elle, tout de même, a décidé de ne pas prendre sa retraite dès 62 ans. « Je ne pourrais pas faire sans. » Car, malgré tout, « il y a des jours difficiles où, au final, je me dis : c'était une bonne journée ».
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Nord Éclair