Actualités de la région

Au coeur de l'usine à rêves d'Ankama, à Roubaix

Publié le 06/03/2011 à 00h00

De la ruche d'entreprises de Tourcoing, où ils sont passés avant d'investir les 9.000 m² de l'ancienne filature Vanoutryve, à Roubaix, les « Ankamiens » ont gardé l'esprit.

Au coeur de l'usine à rêves d'Ankama, à Roubaix
De la ruche d'entreprises de Tourcoing, où ils sont passés avant d'investir les 9.000 m² de l'ancienne filature Vanoutryve, à Roubaix, les « Ankamiens » ont gardé l'esprit.


Celui des abeilles laborieuses, chacune porteuse de sa mission, mais avec, toutes, l'objectif de contribuer à l'oeuvre collective. Il suffit de pousser la lourde porte de bois de l'entreprise pour saisir cette atmosphère industrieuse. Plus de 400 personnes s'échinent ici à rendre réels les univers virtuels nés des esprits alambiqués des fondateurs. Dans des « open spaces » séparés par de larges baies vitrées, des centaines de mines concentrées se penchent sur d'innombrables écrans. Ce qui fut une vaste cathédrale industrielle remplie des claquements métalliques de métiers à tisser résonne du cliquetis des claviers. Dans les couloirs, il n'est pas rare de voir un jeune homme en sweat coloré passer sur sa trottinette, écouteurs sur les oreilles et dossiers sous le bras.
Dans l'atelier des dessinateurs, toutes les surfaces sont couvertes de fétiches. Des statuettes de Dofus et de Wakfu s'amoncellent partout. Les murs sont recouverts d'affiches. Dans une salle, une dizaine de personnes tablent sur le prochain événement « transmedia », ou évoquent les mises à jour futures d'un jeu vidéo. À l'étage, dans son antre, l'équipe des historiens et géographes d'Ankama dessine des cartes, compulse les archives et invent de nouveaux alphabets. Aux machines à café, dans des fauteuils larges et profonds, un trio de trentenaires échange des blagues en comparant leurs carnets de croquis...
L'atmosphère ressemble à l'idée que l'on peut se faire d'une entreprise « à l'américaine ». Anthony Roux, directeur artistique, l'un des trois fondateurs d'Ankama, affirme que ce n'est pas le cas. « Je ne suis pas allé souvent aux États-Unis, et je ne connais pas le fonctionnement là-bas. Ici, on a juste voulu créer un lieu qui nous ressemble, où on aime travailler. » Le mot important est « travail ». La procrastination n'est pas à l'ordre du jour dans cette usine à rêves. Les salariés, souvent jeunes, et tous, ou presque, en CDI - c'est la politique de la maison - se répartissent les tâches.


La moitié d'un étage est occupée par les équipes en charge de Wakfu, le dessin animé. Les équipes des jeux en ligne Dofus et Wakfu ont leurs propres espaces, gigantesques. Le succès du premier est la pierre fondatrice de l'entreprise. Le jeu a d'ailleurs pulvérisé un record d'audience, dimanche dernier, en atteignant 216.000 connexions simultanées, pour pas moins de 40 millions de comptes créés depuis sa naissance... Mais loin de se reposer sur ses lauriers, c'est en multipliant les projets que la société roubaisienne gagne chaque jour ses galons.
En furetant dans le gigantesque paquebot, on trouve de multiples équipes dédiées à des projets parallèles, tout sauf « annexes ». Outre les équipes des jeux X-Box et PC, il y a les équipes des labels de musique, dans leur petit bureau. Et, dans un recoin proche de la salle de repos, on peut même entendre le bruit des perceuses et autres scies électriques. C'est l'équipe des décorateurs de la série Debil Starz qui sont à pied d'oeuvre. Cette série de courts métrages en « stop motion » (la technique utilisée sur Wallace et Gromit) convoque les grandes stars des films de série Z pour les faire se rencontrer dans un univers absurde. Tout à fait « l'esprit Ankama », en somme... Lorsque l'on ressort, il faut un temps de réadaptation. Le délai nécessaire à assimiler ce foisonnement créatif tous azimuts. w
TEXTE MATTHIEU MILLECAMPS - PHOTOS LUDOVIC MAILLARD

Nord Éclair