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Malheur d'un enfant et double drame pour ses grands-parents

Publié le 05/01/2011 à 00h00

À Loison-sous-Lens, un garçonnet de 3 ans a passé plusieurs jours auprès du corps sans vie de sa mère. Après un tel drame, une seule question : comment l'enfant peut-il se construire ? GAËLLE CARON > gaelle.

Malheur d'un enfant et double drame pour ses grands-parents
À Loison-sous-Lens, un garçonnet de 3 ans a passé plusieurs jours auprès du corps sans vie de sa mère. Après un tel drame, une seule question : comment l'enfant peut-il se construire ? GAËLLE CARON > gaelle.


caron@hotmail.fr
La police de Lens a classé l'affaire. Selon le médecin légiste, Émilie Decroix, une mère célibataire de 28 ans, est décédée d'une rupture d'anévrisme, vraisemblablement le lendemain de Noël. Son corps n'a été découvert que le 31 décembre, en fin d'après-midi, par son propre père. Inquiet de ne pas avoir de ses nouvelles, il lui a téléphoné. Et c'est un petit garçon de 3 ans qui a décroché le combiné et expliqué à son grand-père, domicilié dans l'Audomarois, que maman dormait.
Parce qu'elle confronte un enfant à la mort dans des conditions sordides, cette affaire bouleverse et suscite toujours la même interrogation : comment vivre après ? Pour le Dr Françoise Hochart, pédiatre au CHRU de Lille et spécialiste de l'enfance en danger, l'avenir du petit garçon, contrairement aux idées reçues sur les souffrances psychologiques post-traumatiques, n'est pas écrit d'avance. « Rien n'est joué. Tout dépend de la prise en charge dont il va bénéficier, du soutien qu'il va recevoir de ses proches, de la façon dont ils vont l'entourer. Il est souvent sous-estimé, mais le potentiel de résilience d'un enfant est extraordinaire, il dépasse même certainement celui d'un adulte. Il peut s'en sortir », commente la praticienne.


Pour elle, la meilleure aide que les « grands » peuvent maintenant apporter au garçonnet de Loison-sous-Lens est de ne pas l'enfermer dans un statut de victime. Sans pour autant faire abstraction des circonstances particulières du drame - celles du huis clos terrible d'un enfant avec la mort, pendant plusieurs jours, dans la maison familiale - la spécialiste insiste : « Ces faits nous font horreur, ils nous font froid dans le dos, mais s'il avait vu et entendu sa maman partir avec le Samu, le traumatisme n'aurait pas forcément été moindre. Je pense que de toute façon, le pire, pour ce petit bout, sera l'absence de sa maman, le manque de l'être cher. » Si le malheur qui frappe un enfant de 3 ans a évidemment tendance à focaliser toute l'attention dans cette tragique histoire, il convient de ne pas éclipser la douleur de ses grands-parents. Selon le Dr Hochart, eux sont « confrontés à un double drame, la perte de leur fille et le deuil de leur petit-fils. Peut-être plus que lui encore ils auront besoin de soutien ». Sans compter qu'au chagrin pourrait s'ajouter le sentiment de culpabilité, celui-là même que ressentent certainement déjà les voisins, les amis et les collègues de bureau d'Émilie Decroix.w

Nord Éclair