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Les Toits de l'Espoir menacés par l'État

Publié le 05/11/2010 à 00h00

Tel un alchimiste, Marc Mordacq, à la tête des Toits de l'Espoir depuis 14 ans, transforme des taudis en logements sains et décents au profit des plus défavorisés. Une formule presque « magique » qu'une réforme de l'État pourrait pourtant faire disparaître à l'horizon 2011.

Les Toits de l'Espoir menacés par l'État
Tel un alchimiste, Marc Mordacq, à la tête des Toits de l'Espoir depuis 14 ans, transforme des taudis en logements sains et décents au profit des plus défavorisés. Une formule presque « magique » qu'une réforme de l'État pourrait pourtant faire disparaître à l'horizon 2011.


CÉLINE DEBETTE > celine.debette@nordeclair.fr
La première fois qu'elle a poussé la porte de sa nouvelle maison à Montigny-en-Gohelle, Marylise a laissé tous ses problèmes derrière elle.
C'était le 28 décembre 2009. « Un cadeau de Noël inespéré », sourit la jeune femme qui a vécu pendant 3 ans dans un logement insalubre.


« Les murs étaient fissurés et humides. Des étincelles sortaient des prises électriques dès qu'on branchait quelque chose. En plus de ça, il n'y avait ni chauffage, ni eau chaude. » Crises d'asthme aiguës, hospitalisation, dépression, c'est le cercle infernal. « Mon fils de 16 ans a manqué plusieurs fois l'école parce qu'il était malade. Dès le début des problèmes, personne ne nous a aidés. Tout à coup, on n'avait plus d'amis et plus de famille. » La jeune maman de 36 ans décide alors de prendre le taureau par les cornes et fait le tour des quartiers de la commune. C'est comme ça qu'elle découvre Les Toits de l'Espoir. « En passant dans cette impasse, j'ai vu des ouvriers en plein travaux. J'ai demandé si la maison était à vendre ou à louer, ils m'ont dit de me renseigner auprès de cette association que je ne connaissais pas. » Dès le lendemain, elle constitue son dossier et, deux mois plus tard, emménage dans ces 53 m² entièrement remis à neuf. « C'est un nouveau départ. Une fois que j'aurai réglé mes problèmes de santé, je pourrai chercher un boulot », s'enthousiasme cette ex-vendeuse aujourd'hui au RSA.
Des histoires comme celles-là, Marc Mordacq en compte par centaines. « Quand la greffe prend, comme pour Marylise, ça met du baume au coeur », confie le fondateur des Toits de l'Espoir. Depuis 1996, ce bureau d'études créé dans le sillon du Relais Emmaüs a permis la réhabilitation de 1 700 habitations au bénéfice de familles aux revenus très modestes. « Nous offrons un logement que plus personne ne veut à des gens auxquels la société ne fait plus confiance », résume ce drôle d'expert immobilier.

Du neuf pour les mal-logés
Plus altruiste que businessman, il a pour mission de trouver des taudis pour les rénover entièrement en sollicitant des investisseurs privés et des fonds publics. « S'il s'engage à louer pendant 10 ans à un public défavorisé et pour un loyer de 5,54 E /m², le propriétaire bénéficie de subventions de l'Agence nationale de l'habitat (Anah) à hauteur de 350 E/m² pour réaliser les travaux. Chacun y trouve son compte. » Du moins jusqu'à maintenant, car une réforme de l'Anah, organisme public, devrait entrer en vigueur en janvier prochain. « En plus d'enlever des sous à l'enveloppe générale et de donner moins d'argent aux propriétaires bailleurs qu'aux propriétaires occupants, l'État a décidé d'aligner les subventions pour tous les logements, qu'ils soient intermédiaires, sociaux ou très sociaux. » Depuis l'annonce de la nouvelle en août dernier, Marc Mordacq ne décolère pas. « Comment convaincre un propriétaire de mobiliser son logement pour un public plus compliqué et un loyer moins cher s'il n'en tire pas d'avantages ? Si une autoroute est gratuite personne ne s'embête à prendre les chemins vicinaux. » Pour cet ardent défenseur des plus défavorisés, la sentence est irrémédiable : les 150 logements très sociaux dans le Pas-de-Calais et les 200 dans le Nord sont condamnés à disparaître. « On tue des solutions de logement pérennes et les emplois qui vont avec, s'insurge-t-il.
Car pour les chantiers, nous faisons appel à des petits artisans du coin. » L'homme, qui depuis 14 ans sillonne la région pour trouver un toit à ceux qui écument les chambres d'hôtel et les foyers, se sent impuissant. « Bien sûr, avoir un logement ne résout pas tous les problèmes. Mais c'est donner une chance à ces personnes de repartir dans la vie du bon pied. C'est un pari fantastique. »w

Nord Éclair